Bonnes Adresses

Hôtel de ville de Rossinière

Il existe en Suisse romande une région qui me touche particulièrement: le Pays-d’Enhaut.
Elle regroupe les communes de Château-d’Oex, Rougement et… Rossinière.
C’est dans ce dernier village que je me trouvais hier, et plus précisément à l’Hôtel de Ville.
Cet hôtel restaurant a été construit en 1645 et, depuis, a toujours proposé le gîte et le couvert aux voyageurs de passage.

Rossinière

Au fil des siècles, il a été plusieurs fois rénové, de manière plus ou moins heureuse.
Jusqu’en 2009 où, grâce à un héritage reçu par la Commune, propriétaire de l’établissement, celle-ci a pu redonner à l’endroit son lustre d’antan.
Entièrement construit en bois, l’Hôtel de Ville se trouve au coeur du village.
En arrivant, on ne voit que lui: superbe, clair, très fleuri, surmonté d’un petit clocher.

J’ai eu la surprise de  retrouver, aux commandes des lieux avec son époux, une personne que j’avais déjà rencontrée par le passé: Cosette Haemerli.
Ce qui ne devait être qu’un travail s’est une fois encore transformé en un moment passionnant.
Cette femme née au Pays-d’Enhaut, est très attachée à sa région, et consacre une bonne partie de son existence à la soutenir et promouvoir les produits locaux.
C’est ainsi que, parmi les mets que l’on retrouve à la carte du restaurant, le délicieux  fromage de l’Etivaz, premier fromage suisse à avoir obtenu une AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) est en bonne place.

On ne peut parler de l’Hôtel de Ville sans inclure ce qui l’entoure.
Les amoureux du Pays-d’Enhaut s’y rendent pour cette douceur de vivre qui y règne, cette authenticité qui est l’une de ses cartes maîtresses.
Pour sa nature très préservée, également.
A Rossinière, le village tout entier est une merveille architecturale.
Les chalets, le temple, la chapelle, l’Hôtel de Ville, l’ancienne cure: tout est resté beau, aucune verrue architecturale ne vient troubler la paix de l’endroit.
Cerise sur le gâteau, c’est sur le territoire de la commune que se trouve le très célèbre Grand Chalet, qui fut la dernière demeure du peintre Balhus, et qui est toujours occupé aujourd’hui par son épouse.
L’endroit est privé, mais il est visible, avec son toit hors du commun, ses inscriptions anciennes sur la façade, et son nombre impressionnant de fenêtre.
Lui qui a la réputation d’être le plus grand chalet en bois de Suisse, est un bâtiment d’une beauté parfaite, fondu dans un décor alpestre.

Cosette Haemerli parle de sa région, de l’offre touristique subtile et des atouts du Pays-d’Enhaut avec une intelligence que j’ai plusieurs fois retrouvée chez mes interlocuteurs de là-haut.
Ils ne « vendent » pas leur région.
Ils en parlent avec amour, ne  créent pas d’infrastructures touristiques défigurantes, évitent le tourisme de masse événementiel,  préférant faire partager un art de vivre paisible.

Le Grand Chalet de Balthus

Je garde des souvenirs enchantés des expositions estivales de la vieille maison de l’Etambeau, où une femme épatante, Françoise Ostermann, proposait de découvrir l’intimité d’un personnage d’autrefois, ou  une tradition locale.
J’ai passé des heures sublimes à voler en montgolfière au-dessus de Château-d’Oex, puis, plus tard, au-dessus des châteaux de la Loire, grâce aux pilotes rencontrés à Château-d’Oex.
J’aime profondément l’art tout en finesse des découpages, toujours pratiqué là haut, et présenté au Musée du Vieux Pays-d’Enhaut, à Château-d’Oex.
J’ai vécu des moments plus que conviviaux chez les agriculteurs éleveurs de brebis ou de vaches, confectionnant des fromages qui sont de véritables délices.
J’ai adoré écouter les découpeuses me parler de leur amour pour leur art, découvrir un excellent luthier fou de son métier à l’occasion du « Bois qui chante », festival de musique classique.
Certaines expositions organisées  pour parler de la région m’ont captivée…

A chaque fois que nous passons le Col des Mosses et que nous nous rendons dans cette vallée, j’ai le même sentiment.
L’impression d’entrer dans un autre univers, loin des fureurs  du monde.
Un lieu authentique, même si ces villages vivent bien dans notre époque et n’ont rien de rétrograde.

Martine Bernier

Hôtel de Ville de Rossinière: www.hotel-rossiniere.ch

 

Le Relais des Chasseurs (Photo Eric Bernier)

Samedi matin, c’est au-dessus de Fully, près de Martigny (Valais, Suisse), que nous nous sommes rendus pour un rendez-vous professionnel.

Et, une fois encore, la matinée me réservait une surprise.
Je crois depuis toujours qu’à partir du moment où  un journaliste part sur un sujet avec l’intention de s’y intéresser, d’écouter vraiment les personnes qu’il découvre, il a de fortes chances de ressortir enrichi de la rencontre.
Ca a été le cas ce jour-là.
Nous nous rendions à Chiboz, au-dessus de Martigny (Valais), dans la région de Fully.
Le hameau est niché dans la montagne appelée le « Grand  Chavalard ».
En hiver, les avalanches rendent l’accès au village plus que compliqué

Là-haut se trouve une excellente adresse gastronomique: le Relais des Chasseurs.
En y entrant,  l’ambiance le confirme: les trophées accrochés aux murs confirment bien que nous sommes dans un lieu où la chasse a son importance.

La chasse… une activité qui me met mal à l’aise.
La beauté et la grâce des animaux sauvages me touchent.
Même si je connais les impératifs qui rendent la chasse nécessaire, je n’avais jamais vraiment approfondi le sujet.

J’ai fait l’interview d’Emilie, la jeune et chaleureuse patronne du lieu, qui  partage cette responsabilité avec l’une de ses soeurs, Florine,  et, en l’écoutant, j’ai découvert un univers…
Le restaurant n’est de loin pas qu’une bonne adresse.
C’est également et surtout une histoire de famille, celle de la famille Ançay.
En 1945, Rachel, la grand-mère d’Emilie,  été la première femme à « racler », proposant une raclette à un groupe de personnalités venues pour la promotion des élèves et la remise du bulletin scolaire.
Sa maison n’était pas un restaurant mais une ferme à l’époque: elle cuisinait au premier étage, dans l’âtre.
Au fil du temps, les générations se sont succédées.
La ferme a été agrandie pour devenir le joli établissement qui existe aujourd’hui.
Michel, le père d’Emilie et Florine, a tenu le restaurant avec son épouse Yolande pendant des décennies.
Aujourd’hui, tous deux continuent à soutenir activement leurs filles.
Michel entretient pas moins de huit jardins qui fournissent le relais en légumes frais.
Il produit son miel, a du raison et, comme tous les membres de la famille, chasse.

J’ai abordé le sujet de la chasse avec sa fille.
C’est elle qui m’a confirmé que si le cheptel de gibier n’était pas régulé, les chevreuils, par exemple, seraient atteints d’une certaine sorte de conjonctivite à laquelle ils sont exposés, et deviendraient aveugles.
Peu après, son père est rentré de la chasse et j’ai fait sa connaissance.
J’ai pu approfondir avec lui les questions qui m’intriguaient par rapport à la chasse, apprenant ainsi les règles très strictes imposées aux chasseurs, ne leur permettant de tirer qu’un certain nombre de bêtes, et pas n’importe lesquelles, sous peine d’être pénalisés.
J’ai demandé à voir les animaux  ramenés des dernières chasses.
Dans une chambre froide, j’ai vu un chamois, un chevreuil, une marmotte…
Je les préfère vivants et en liberté, oui…
Mais le fait que cette chasse n’a rien d’un massacre irréfléchi a contribué à nourrir ma réflexion.
J’ai écouté Michel Ançay me parler des autres aspect de cette activité: la marche dans la nature, l’observation, le nombre incalculable de fois où il sort sans tirer.

Au Relais des Chasseurs,  chaque automne, la période de la chasse signe l’ouverture du période de bombance.
La table accueille une carte de chasse riche et tellement savoureuse que les habitués réservent leur table un an à l’avance et qu’une liste d’attente révèle le nombre de clients en attente d’une petite place dans la salle à manger.

En haut, la Salle du Chasseur est un véritable musée où les photos des Anciens de la famille Ançay sont affichées.
Emilie m’a parlé de ses ancêtres, puis m’a montré le livre que leur a consacré sa maman, Yolande, née en Italie, élevée au Canada, et installée en Suisse depuis son mariage.
Cette femme, que j’ai eu la chance de rencontrer en fin de reportage, est d’une richesse étonnante.
Active, créative, d’une gentillesse exquise, elle fait partie de ces personnes que l’on a envie de revoir.
Comme chaque membre de la famille, d’ailleurs…
Tous ont une personnalité riche qui mérite d’être découverte.
Ce n’est pas courant…

En me parlant d’anecdotes concernant cette région qu’elle connait comme sa poche, Emilie m’a passionnée.
Je suis rentrée avec deux ouvrages consacrés au sujet, dont celui écrit par sa maman.
Et je reparlerai ici de certaines des incroyables histoires que j’ai découvertes là-haut.

Si vous avez envie de passer un moment dans un endroit ravissant, très fleuri, où vous serez reçu avec une réelle chaleur, allez à Chiboz.
Mais… téléphonez avant pour réserver!
Et attention: le restaurant ferme de mi-novembre à mai.

Martine Bernier

 

Relais des Chasseurs, Chiboz, 1926 Fully
Tél: 027 746 29 98 Site: www.chiboz.ch

 

Samedi, pas question de farniente: un nouveau petit reportage m’attend sur les sommets.
Nous partons tôt, par une journée ensoleillée…
En montant, nous nous retrouvons à slalomer en voiture pour éviter les vaches qui squattent la route montant vers l’alpage.
Et qui, se prenant pour des Vaches Sacrées, ne daignent pas bouger d’un pas, gratifiant la voiture d’un joyeux coup de queue au passage.
J’adore ce genre de situation…
Ici, les animaux sont rois, et nous ne sommes que de discrets invités sur leurs terres.

En arrivant à la Buvette de Châtel, au-dessus de l’Isle (Vaud  – Suisse), j’ai une surprise: je connais déjà la personne qui nous accueille: Bernard Favre.
Un homme chaleureux que j’avais déjà rencontré par le passé alors qu’il travaillait ailleurs.
Cette fois, je le retrouve aux commandes d’une buvette de Châtel  rénovée avec intelligence en 2010.
Et, d’entrée, je retrouve la « patte » du patron.
Tout est simple, mais confortable et sympathique, la décoration est de bon goût,  la carte est à la fois typique et parsemée de détails originaux.
Ici, par exemple, les gourmets peuvent déguster la « roestiflette » (roestis sur lesquels a été disposée une tomme fondue au four),  les croûtes  au fromage sont succulentes et les tartes maison sont de véritables délices.
Pour les amateurs, le patron, surnommé « Minon » depuis l’enfance, prépare son » Café Minon », un  café sur trois étages: le premier composé de mirabelle, le deuxième d’un café et le troisième d’une couche de chantilly.

Le site est superbe (à 10 minutes à pieds de la désormais célèbre Croix d’où le point de vue est imprenable sur  le lac de Neuchâtel, le lac Léman et le Lac de Morat ainsi que sur la chaîne des Alpes), la cuisine délicieuse et l’accueil donne envie de revenir.
Tout autour de la buvette, évoluent des génisses et trois ânes dont un ânon totalement craquant.
Le lieu est bucolique, paisible…
Si vous y passez, parlez un moment avec le patron.
Pour sa gentillesse, son humour et son goût de faire plaisir à ses clients, il vaut à lui seul le déplacement!

Martine Bernier

Buvette de Châtel, L’Isle
Accès en voiture
Il est conseillé de réserver avant de monter! (021 841 12 26)