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Archives quotidiennes : 24 janvier 2009

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Nous le connaissons tous, au moins de nom ou de visage. Il fait partie de ces acteurs qui « marquent ». Qui peuvent même impressionner tant leurs prestations ont pu nous faire frissonner. Ce fut son cas, notamment dans le rôle du boucher du film « Delicatessen », ou dans la pièce « L’hygiène de l’assassin », d’Amélie Nothomb.
Dans la réalité, Jean-Claude Dreyfus est un homme délicieux. Taillé en armoire à glace, il joue de son physique, de sa voix, de son regard et semble perpétuellement s’amuser.
Dans son pied-à-terre parisien, il fait preuve d’une gentillesse et d’une… délicatesse infinies. Mieux encore: cet étonnant personnage au sourire moqueur et au regard énigmatique fait partie de ceux qui se donnent la peine de vous rappeler après la sortie d’un article, pour vous remercier. Ecrivant un petit mot ensuite pour vous envoyer ses voeux de bonne année… « amitieusement », comme il le dit si bien!
Ciel, un merveilleux OVNI!

– Le public vous connaît comme acteur, mais vous ne vous contentez pas de cette unique activité… Vous êtes en fait quelqu’un de très atypique.
C’est vrai, on peut dire cela. J’ai commencé comme illusionniste. Mon père avait une revue « Art et Sana », pour les personnes tuberculeuses. J’ai commencé là.
Puis je me suis produit au cabaret de la Grande Eugène pendant sept ans. J’ai fait l’Ecole du Spectacle, puis du théâtre, en Provence. Nous donnions même la parade dans les petits villages! En fait, j’ai tout fait de A à Z!

– Aujourd’hui, vous êtes acteur, mais vous chantez également.
Oui. J’ai beaucoup travaillé avec Armande Altaï, que le public a redécouverte grâce à la Staracademy. Mon ancien tour de chant s’appelait « De porc en port ». Un petit clin d’oeil à l’amour que je porte aux cochons. Le suivant s’intitulait: « Jean-Claude Dreyfus chante, en toute sobriété ». Mon dada, c’est la diversité. J’aime tourner, chanter, écrire, jouer au théâtre. J’aime bien la liberté…

– Une liberté qui vous a, jusqu’ici, découragé d’appartenir à une compagnie théâtrale. Vous avez même été jusqu’à refuser une place à la Comédie Française?
Parce que, là encore, j’aime pouvoir changer de théâtre, travailler avec d’autres personnes, garder ma liberté de choix. Mais, notez, il n’est pas exclu que j’accepte leur proposition à l’avenir. Simplement, pour le moment, je ne suis pas prêt.

– Vous êtes un homme abordable, généreux de votre temps. Quel regard portez-vous sur votre métier?
D’un côté, je pense que les acteurs sont tous un peu exhibitionnistes. L’exhibitionnisme des sentiments, de soi-même, le plaisir de ne pas être dans la vie de tout le monde. C’est un des côtés fascinants de cette profession. Je peux, au gré des rôles, être avocat, boucher… Je vis des bribes de vie par procuration…
D’un autre côté, on est au théâtre pour offrir des histoires qui vont vous faire rêver, qui vous apporteront des émotions.
Je joue pour le public. Mais pas n’importe comment. On ne doit pas lui proposer ce que nous pensons qu’il peut avoir besoin. Ce serait une énorme erreur.
Certaines chaînes de télévision vont au-devant d’un audimat. Le théâtre pas. Il propose un amalgame de plusieurs éléments: un auteur, des partenaires de scène, un texte…
Et les spectateurs choisissent de venir ou pas. J’aime les gens. Ils me servent dans tout ce que je fais. Leurs réactions doivent juste être un peu canalisées lorsque certains dépassent les limites.

– Comment ressentez-vous la critique?
Mal! Plus qu’être douloureux, c’est horriblement ennuyeux, car cela nous empêche d’avoir un très bon dossier de presse et, donc, de pouvoir assurer une bonne tournée avec une pièce si celle-ci a été éreintée par la critique.

– Vous avez beaucoup écrit sur le cochon, animal que vous aimez. Vous possédez d’ailleurs une collection sur ce thème de 4000 pièces.
Oui, au départ, mes amis m’en offraient en faisant référence à mon soi-disant caractère de cochon. Depuis, je me suis assagi, mais je me suis attaché à cet animal amitieux et sensible. Sa forme me touche. J’aimerais écrire un roman autour du cochon. J’en ai déjà quelques pages. Mais mon véritable plaisir serait d’écrire une autobiographique qui ne parlerait pas de moi…

(photo: Eric Bernier)

Il y a moins d’un mois, sur une autoroute française, alors que nous nous étions arrêtés dans une station-service, nos regards s’attardaient sur le rayon librairie et revues de la boutique. Il m’a montré le « Pif Gadget », et nous avons été revisiter nos souvenirs teintés de haricots sauteurs et autres gadgets aussi amusants qu’improbables.

Aussi, hier, lorsque j’ai lu dans les journaux que Pif Gadget était mort, j’ai eu un pincement au coeur.
Il s’en va dans un barouds d’honneur final: une machine à faire des oeufs carré proposée dans le dernier numéro de novembre 2008.
Un futur collector…
Le numéro 54 ne verra donc jamais le jour: le Tribunal de Commerce de Bobigny a placé en liquidation judiciaire la société Pif Editions qui avait lancé ce magazine pour la jeunesse en 1969.

Comment peut-on être triste de la disparition d’un magazine… que l’on avait le droit de lire, en prime, pour ma part, que lorsque l’on était malade ou à l’hôpital?

C’est ainsi… il y avait le plaisir de lire les BD avec Hercule, le chat irritant, et Pif, le chien sympa. Et puis, il y avait LE gadget, que l’on gardait comme une friandise, pour la fin.
J’aimais bien savoir que, au pays de l’ipod et de la Wii, de grands enfants continuaient à proposer des jouets d’un autre âge.

Impossible de laisser partir nos vieux héros sans leur dire au-revoir.

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Depuis plus de trente ans, Alain Baraton travaille dans l’ombre royale du château de Versailles. D’apprenti qu’il était en 1976, à son arrivée, il est aujourd’hui jardinier en chef et, sans doute, le plus connu des « doigts verts » français.

Il est heureux de le faire remarquer lorsque l’on pénètre dans son bureau: Alain Baraton vit dans la maison qu’occupait Molière lorsqu’il venait à Versailles, près du Grand Trianon et de ses marbres roses. Une maison nichée au milieu du parc qu’il connaît comme sa poche et où, chaque jour, l’actuel maître des lieux se balade avec Pym, son berger allemand.
On a beau être responsable du jardin le plus prestigieux de France, avec une centaine de personnes sous ses ordres, on n’en reste pas moins jardinier. Une profession qu’Alain Baraton défend avec fougue: « Le jardinier est considéré, avec un certain dédain, comme le paysan de la ville. Ce sont ceux que l’on n’invite pas dans les salons. Nous ne devons pas accepter cela. Cet état de « valet », nous le devons à Le Nôtre, concepteur des jardins du château, sous Louis XIV. Je le soupçonne d’avoir été servile. Il était urbaniste des parcs du roi, il aménageait l’espace, il avait du talent, du génie, même, mais il n’était pas vraiment jardinier! »
Alain Baraton est sans doute l’un des jardiniers les plus connus de France. Son titre, pompeux de « jardinier en chef du Domaine National de Trianon et du Grand Parc de Versailles », ne lui monte pas à la tête: « Vous savez, tailler un rosier ici ou dans les parcs de Genève se fait exactement de la même façon! ». Aujourd’hui rendu populaire par ses livres et l’émission de radio très écoutée dans laquelle ce pourfendeur de la langue de bois intervient le week-end sur France Inter, il n’avait pourtant pas de vocation à la base, lui non plus.

« Je suis né à Versailles… »
Lorsqu’il était enfant, dans sa famille, il était surnommé « La Bouse ». Une manière maladroite, pour ses parents, de s’adresser au cinquième de leurs sept enfants. « Mes frères et sœurs suivaient tous des études intellectuelles. Moi, je n’avais pas de don particulier. Finalement, je suis devenu jardinier. Je suis véritablement né à Versailles, en 1976, lorsque j’ai commencé à y travailler. Je posais beaucoup de questions. Jusqu’alors, les professionnels travaillaient d’une certaine manière, parce que leurs prédécesseurs le faisaient ainsi avant eux. De mon côté, j’avais besoin de comprendre. »
Au fil du temps, l’apprenti a gravi les échelons, jusqu’à devenir aujourd’hui responsable de la présentation, de l’entretien, de l’amélioration et de la conservation de ce haut lieu historique et touristique. La tâche est vaste. Et a connu quelques moments dramatiques.

Noël catastrophe
Le 26 décembre 1999, la tempête qui ravage l’Europe occidentale n’épargne pas le domaine royal. 18’500 arbres sont arrachés par le vent, 40’000 autres seront abattus par la suite. Un champ de bataille pathétique où, parmi les victimes végétales, figurent des sujets dont l’importance historique était indéniable. Comme l’immense tulipier de Virginie, provenant des anciennes pépinières royales. Sa taille de 30 mètres et sa circonférence de plus de trois mètres ne l’ont pas protégé: il n’a pas survécu. Ce spectacle de désolation émeut les foules, relayé par Alain Baraton qui, cette fois, sort de sa réserve pour faire appel aux médias. La survie du parc en dépend.
Huit ans plus tard, 300’000 arbres ont été replantés à Versailles. Le parc ne ressemble plus à ce qu’il était avant la tempête, mais le Roi Soleil serait content… « Les lieux ressemblent davantage à ce que le roi lui-même a connu à l’époque. Nous avons tenu compte de l’expérience de cette catastrophe naturelle pour replanter différemment. Avant la tempête, il y avait beaucoup d’ormes, dont une grande partie avait été décimée par des maladies. Aujourd’hui, nous avons multiplié les essences, pour mieux résister aux maladies. L’arbre le plus fréquent du parc est le marronnier. Ils ont été introduits au 17e siecle en Europe, et Versailles a été l’un des premiers lieux à en planter. Ils vieillissent mal, cassent facilement, mais ils apportent une atmosphère d’authenticité historique au parc. Nous avons également beaucoup de tilleuls, de hêtres. Je ne supporte pas la perfection. C’est pourquoi, au milieu des alignements de hêtres de même couleur, j’ai systématiquement planté un hêtre pourpre. Pour casser cette perfection… la signature du jardinier! J’apprécie tout particulièrement les lieux en automne. Les couleurs, l’ambiance sont magnifiques… »

Conseils à travers le monde
Alain Baraton ne se contente pas de veiller sur Versailles. Ecrivain, photographe, il a déjà publié huit livres. Disponible, lorsque quelqu’un lui demande de se déplacer, y compris à l’étranger, pour obtenir son avis sur un arbre vieux et beau, il se rend sur place, ne se faisant rembourser que ses frais de voyage. Ainsi, il est souvent en Suisse, dans la région de Genève,où il rend visite à des propriétaires en quête de bons conseils. Il distille aussi son expérience et son savoir en Chine où, sur un domaine de 300 hectares, un particulier a décidé de faire construire la réplique du château de Maison-Lafitte, entouré de jardins à la française.

« Mon jardin à moi? »

Mais, au fait, lorsque l’on est responsable d’un parc de 840 hectares, a-t-on encore envie d’avoir son propre jardin? « Oui! J’en ai deux. Ici, au sein du domaine, j’ai 1000 m2, entouré de murs très élevés, tapissés d’arbres fruitiers. Au début, c’était un jardin potager et d’agrément. À présent, c’est une grande pelouse. J’adore y lire ou y dormir. J’ai sans doute le jardin le moins bien entretenu du département, alors qu’il pourrait être, si je le voulais, le plus beau de France! J’en ai un autre, dans ma maison, sur l’île d’Oléron. À Versailles, j’aime les parcelles sur lesquelles nous avons mis des moutons, tondeuses à gazon écologiques. Je voudrais aussi réintroduire le cheval, ne fut-ce que pour le vidage des poubelles, qui deviendrait ainsi un spectacle en lui-même. Rendre le parc encore plus vivant. Ce n’est pas encore accepté, mais je ne désespère pas! »

Martine Bernier

+ D’INFOS

– « Le Jardinier de Versailles », Alain Baraton, Grasset
– « Le jardin de Versailles vu par Alain Baraton » (200 photos de A. Baraton), Ed. Hugo Image.
– Émission « Le Plantiste », samedi et dimanche de 7h45 à 8h00, France Inter.