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Archives quotidiennes : 28 janvier 2009

Il le savait, nous le savions tous: quoi qu’il fasse, Barack Obama allait plaire aux uns et décevoir les autres.
En bonne logique, les premières décisions prises ont donc contribué à faire chuter sa cote de popularité, passée de 83 à 68 %, selon l’Institut Gallup.

Agaçant…

Mais ce résultat prouve une chose: il travaille!
Révoquer une clause-anti-avortement et imposer des normes moins polluantes pour les voitures ne pouvait que mécontenter les partisans anti-avortement et les constructeurs automobiles. Les enjeux économiques, pour ces derniers, sont importants. La colère est donc présente, même si chacun sait que les Etats-Unis sont d’énormes pollueurs qui doivent impérativement améliorer leur façon de fonctionner au quotidien.
Le plan de relance de 800 milliards de dollars ne pouvait, lui, que rebuter sérieusement les Républicains.
Normal donc de voir les chiffres des sondages plonger.

La lune de miel s’achève déjà, et c’est tant mieux.
Ce n’est pas seulement un symbole, mais un homme, une équipe, qui ont fait leur entrée à la Maison-Blanche.
Obama va appliquer les idées qu’il a développées durant la campagne présidentielle, et pour lesquelles il a été élu.
Du moins j’espère qu’il a été élu pour cela…

Cette situation ressemble curieusement à celle d’un certain président français.
On peut l’aimer ou pas, adhérer ou non à sa politique.
Mais quoi qu’il fasse, même si la décision prise est, si pas la bonne, du moins la moins mauvaise possible, il est critiqué presque avec hargne.
Sa personnalité est ce qu’elle est, on l’apprécie ou pas.
Mais je suis intimement convaincue que, quel que soit celui ou celle qui se serait trouvé à sa place, venu(e) de n’importe quel horizon politique, il ou elle aurait été critiqué(e) tout autant.

Et le problème profond de la politique est sans doute celui-là.

Il me semble ne jamais avoir assisté à des débats vraiment sereins.
Très vite, les esprits s’échauffent.
Comme s’il fallait crier et taper du pied pour se faire entendre.
Comme s’il fallait absolument jouer la carte de l’agression théâtrale pour avancer.
Mais avancer où?
Faut-il absolument être pour ou contre un homme politique?
N’est-il pas possible de reconnaître que les bonnes idées ne sont pas l’apanage d’un seul Parti, d’un seul groupe de personnes, d’un seul homme, mais que chacun peut avoir des idées intéressantes et applicables?

Dans un monde idéal, les esprits et les énergies de tous bords politiques devraient travailler dans la même optique d’amélioration de la nation.
Débattre, oui, mais apporter des critiques constructives, avancer, sans détruire, tenir compte des avis de chacun autant que faire ce peut.

Oui.. dans un monde idéal.
Le problème étant que notre société ne ressemble pas forcément au Pays de Candy.
Et Barack Obama en fait déjà l’expérience.
Il va lui falloir beaucoup de courage.
Mon intuition me dit qu’il n’en manque pas.
Et, comme le disait une Américaine interviewée lors d’un micro-trottoir: « Au moins, il bouge! »

Martine Bernier

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Vigneron militant et engagé, le français Nicolas Joly parcourt le monde pour défendre les bienfaits de la biodynamie. Considérée par la presse spécialisée comme étant un producteur exceptionnel, son grand cru « La Coulée de Serrant » figure au firmament des grands vins blancs de France. Visite dans son domaine de la Roche aux Moines.

La route est longue, pour arriver jusqu’au réputé Vignoble du Clos de la Coulée de Serrant, propriété de Nicolas Joly surnommé, à travers le monde, « le pape de la biodynamie ». Neuf bonnes heures de route séparent la Suisse romande de son domaine, à Savennières, près d’Angers. Mais le déplacement en vaut la peine. Malgré les sollicitations dont il fait l’objet pour donner des conférences à travers le monde, le maître des lieux accueille ses hôtes avec une chaleureuse disponibilité. D’emblée, ce passionné aborde le sujet de la biodynamie sans détours.
Il se définit lui-même comme anthroposophe, tout en précisant « Je suis lié à ce savoir qui est une formidable connaissance pour l’homme, mais je conserve un certain recul. » Cette philosophie issue de Rudolf Steiner aborde toutes les facettes de la Vie. Bien qu’il s’intéresse à chacune d’entre elles, celle qui occupe essentiellement Nicolas Joly est la biodynamie. Cette méthode de culture exclut toute utilisation d’engrais chimique, acaricide, pesticide, désherbant ou produit chimique de synthèse d’aucune sorte.
» Lorsque les gens retournent à la biodynamie, explique-t-il, c’est parce qu’ils ont compris que la nature est quelque chose d’organisé, de compliqué. Ils excluent alors les produits chimiques que cette nature est incapable de gérer. La biodynamie nous explique qu’il existe une matrice énergétique autour de la terre. Il s’agit de reconnecter la terre à ce monde énergétique. »
Nicolas Joly est clair: il ne faut pas confondre la biologie – déjà considérée comme un progrès important à ses yeux – et la biodynamie. La seconde utilise des préparations agissant comme catalyseurs d’énergies précises. C’est de ces processus particuliers, de calcaire, de potasse ou d’autres ingrédients, que se nourrit la terre.
Son discours est fouillé, limpide, mais parfois sévère avec l’homme: « L’homme se considère comme un être important, mais ne semble pas comprendre qu’il fait partie d’un tout, assène-t-il. L’UNESCO a affirmé que la biodynamie est l’enseignement le plus adapté pour résoudre les maux de notre époque. L’explication est simple. Une personne qui a la main verte est reliée par le cœur et par la tête à ses plantes. De la même façon, il faut expliquer à l’individu qu’il fait partie de ce monde. L’intellectuel sait, mais ne comprend rien. La biodynamie demande de comprendre le monde. »
Cultiver une vigne en biodynamie ne veut pas dire forcément qu’elle donnera un vin de qualité. En revanche, il sera imprégné des arômes et des goûts typiques à son terroir. Nicolas Joly estime qu’avant d’être bon, un vin doit être vrai, authentique. Il se réfère souvent à Goethe pour expliquer « que chaque acte agricole a un impact sur les maladies de la vigne, sa santé et le goût du raisin. Raison pour laquelle il faut redécouvrir l’immense diversité des plantes qui nous entourent, leurs particularités, leurs gestes. » Le but étant de ne jamais contrarier le travail de la vigne, mais de le soutenir.
Pour le propriétaire du Clos de la Coulée du Serrant, la lutte intégrée n’est pas vraiment un progrès. « Celui qui l’a mise en place a manifesté le désir de faire mieux, analyse-t-il. Mais cela ne marque pas d’amélioration réelle puisque, au lieu d’utiliser 100% de poison, on en utilise 80%. Ce qui est déjà beaucoup trop. Je ne suis pas non plus d’accord avec certaines exigences de Déméter qui n’encouragent pas la pratique de la biodynamie sur des parcelles trop morcelées. Le danger est de pousser trop loin une idée. La biodynamie est une force pour la terre. Il faut la pratiquer le plus possible. »

En France, selon Nicolas Joly, les écoles d’agriculture sont partagées quant au regard qu’elles portent sur la biodynamie. Mais, à l’image de nombreux grands viticulteurs, beaucoup s’ouvrent de plus en plus à cette pratique, comme à la biologie. Pour donner de bonnes bases à ses préceptes, le vigneron spécialiste et quelques-uns de ses collègues ont fondé une association pour une renaissance des Appellations Contrôlées. Ses membres garantissent que leurs produits ne sont pas traités génétiquement. Une charte de qualité permet de passer, en fonction des actes accomplis, figurant dans le document, de une à trois étoiles « vertes », auxquelles vient s’adjoindre la notation habituelle que font les guides des vins. Tous les vignerons ayant adopté cette charte promettent ainsi des vins authentiques et inimitables, le rapport sol / climat ayant partout un aspect différent.

Martine Bernier

La Coulée de Serrant d’hier et d’aujourd’hui
Planté au 12e siècle par des moines Cisterciens, le vignoble de la Coulée de Serrant, aujourd’hui propriété de la famille Joly, n’a jamais eu d’autre vocation que celle de la vigne. L’ancien monastère d’époque existe toujours. Quelques centaines de mètres plus loin, également dans le périmètre de la propriété, a été construit le Château de la Roche aux Moines. Cette forteresse qui veillait sur la Loire présente en contrebas, a connu son heure de gloire en 1214, lorsque le Prince Louis, fils de Philippe Auguste, mis en déroute Jean Sans Terre, roi d’Angleterre. Au 16e siècle, sur ordre du roi, la forteresse a été démantelée lors des guerres de religion pour qu’elle ne devienne pas un bastion protestant. Aujourd’hui, les ruines sont toujours visibles et sont classées, tout comme le monastère. Des souterrains servent encore de chais à l’habitation actuelle, reconstruite deux siècles après la destruction du château. Elle est le siège actuel du prestigieux vignoble, installé, comme le précise son propriétaire, sur un ancien lieu celtique.
Les sept hectares de la Coulée de Serrant, qui figure parmi les meilleurs vins blancs de France, sont cultivés en partie à la main et au cheval, en raison de la raideur des pentes surplombant le fleuve. Louis XI et Louis XIV célébraient déjà ce vin comme un produit rare et unique. Depuis 1985, le vignoble est entièrement cultivé en biodynamie.

Biodynamie: les préceptes fondamentaux

Il est difficile, voire impossible de résumer la biodynamie en quelques lignes. Nicolas Joly estime que seul un sol vivant doté des micro-organismes qui lui sont propres peut donner un vignoble sain et de valeur. Pour lui, quatre associations sont vitales entre la terre et la plante: le minéral et la racine, le liquide et la feuille, la lumière et la fleur, la chaleur et le fruit.
Il faut également tenir compte de l’existence d’une polarité entre la gravité (qui tire vers le bas, par les racines), et la force ascensionnelle (qui tire vers le haut, notamment par la fleur). La biodynamie préconise la prise en compte subtile d’une multitude de paramètres destiné à préserver la santé de la vigne et à rétablir l’équilibre naturel du vignoble.

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Visite chez trois vignerons romands, disciples débutants ou fervents de la culture biodynamique.

« Dans le canton de Vaud, la production intégrée est pratiquée sur la quasi entièreté du territoire. Il s’agit de la première étape en direction du respect de l’environnement. Il faut reconnaître que les agriculteurs et les vignerons sont les premiers défenseurs de cet environnement puisqu’ils vivent de la terre. »
Philippe Gex, l’homme qui fait cette déclaration n’est pas n’importe qui, dans le monde viticole vaudois. Vigneron réputé, il est, entre autres titres, gouverneur de la Confrérie du Guillon. La production intégrée, il la pratique sur ses terres. Mais qu’en est-il de la biodynamie?
« En Suisse, très peu de personnes font de la culture bio dans les vignes, explique-t-il. Mais, dans le cadre d’Arte Vitis, nous sommes quelques-uns à avoir demandé des renseignements sur la biodynamie. » Arte Vitis regroupe quelques amis vignerons que lie la même passion de la vigne et du vin. Unis par une éthique professionnelle rigoureuse, ils partagent leurs expériences dans le but de révéler les terroirs dans le respect de la tradition viticole vaudoise, et de créer des vins originaux. « Il est clair que l’on ne s’improvise pas vigneron en biodynamie, insiste Philippe Gex. Ceux qui ont débuté ont été coachés. Dans notre pays, il n’est pas recommandé de pratiquer la biodynamie sur des parcelles trop morcelées. Cela limite les possibilités. » Ce qui n’empêche pas Philippe Gex de se lancer, dès cet automne, dans l’aventure en compagnie de son ami et collègue Bernard Cavé. Le Clos du Crosex Grillé (qui se situe sur l’aire d’appellation Aigle Grand Cru), qu’ils ont acquis en commun sera dorénavant cultivé en biodynamie.

A Féchy, le vigneron – œnologue Raymond Paccot a opté depuis 3 ans pour la biodynamie. Il la pratique sur 50% de son domaine, La Colombe, d’une superficie de 10 hectares. Précisant que tout le domaine n’est pas entièrement mécanisable. Il transforme donc ses installations pour permettre de cultiver sa vigne selon les préceptes de la biodynamie, mais avec les moyens modernes actuels. D’entrée, le vaudois l’annonce clairement: il n’est pas anthroposophe, et a choisi ce mode de culture non par philosophie, mais par esprit d’observation. Sa priorité est et reste le vin. Avec plusieurs de ses amis vignerons, il a voyagé en France pour y découvrir les bienfaits de ce mode de culture naturel. Voyant que les vignes se portaient mieux ainsi soignées, il s’est initié à la biodynamie avec le français François Bouchet, l’un des grands connaisseurs en la matière.
Raymond Paccot n’a pas pris l’option Demeter. Une fois encore, il ne vise pas ce label, garant du respect d’un cahier des charges strict édité par l’Association pour la biodynamie, mais la qualité, reconnue officiellement ou non, de son produit. Sa réputation n’est d’ailleurs plus à faire. Ses vins ont séduit les plus fins palais, comme celui de Frédy Girardet, le prestigieux cuisinier.
Pas non plus la moindre trace d’ésotérisme dans sa démarche. Il souhaite plus rationnellement renouer avec le savoir de nos ancêtres, en appliquant à ses cultures les règles de sagesse qui leur permettaient de vivre en osmose avec la nature. Mais il fuit les extrêmes, et ne souhaite pas s’impliquer philosophiquement.
C’est dans cette optique que le vigneron de Féchy ne se sépare jamais de son calendrier des semis, rédigé par Maria Thun. A la manière d’un Messager Boiteux plus fouillé, ce petit ouvrage explique quand et comment intervenir, notamment sur la vigne, en fonction de la position de la lune et des astres. Depuis trois ans qu’il travaille sa vigne en biodynamie, le maître des lieux a déjà pu constater certains changements sur son vin. « Il exprime plus de minéralité, remarque-t-il, ce qui se traduit par davantage de fraîcheur, des arômes plus complexes, tout en nuances. Le travail est donc satisfaisant sur le plan œnologique. De plus, les problèmes rencontrés en cave se raréfient. »
Raymond Paccot le reconnaît: pratiquer la biodynamie demande davantage de temps, même si le fait de ne plus utiliser de produits chimiques représente une économie. Selon les saisons, une série de travaux sont à respecter. Des composts sont préparés, et la vigne est soumise à un nombre important de traitements naturels.

Ces procédés, Jacquy et Marion Granges, de Fully (VS), les connaissent sur le bout des doigts. Dans leur domaine de Beudon, perché entre 740 et 890 mètres auquel le visiteur accède par téléphérique privé ou en suivant un chemin escarpé, ils pratiquent la biodynamie depuis 1993. Sensibles à la philosophie anthroposophique, ils ont tout d’abord travaillé leurs six hectares de vignes en bio, avant de bifurquer. Le savoir de Jacky, ingénieur agronome, allié au savoir-faire de son épouse, qui a suivi un apprentissage d’horticultrice en biodynamie, font merveille. Depuis 1991, ils n’utilisent plus aucun produit de synthèse. Non seulement la vigne et les plantes s’en ressentent, mais, de plus, la faune et la flore témoignent de leur bien-être en présentant une très grande diversification. Beudon ainsi est l’endroit de Suisse le plus riche en papillons. Des oiseaux rares dans nos contrées, comme la pie grièche écorcheur, ont également installé leurs quartiers près de la maison. Tout n’a pourtant pas parfaitement fonctionné dès le départ. Il a fallu l’intervention d’Alex Podolinsky, spécialiste australien de la biodynamie, pour comprendre que les préparations utilisées et leur utilisation n’étaient pas parfaites. Ce qui empêchait les progrès tant désirés. Deux ans plus tard, lorsqu’il est revenu, la vigne était idéale. Depuis, leurs « Vignes dans le Ciel » produit un vin reconnu par le label Demeter. Garant d’une culture respectueuse du sol et de l’environnement.

Martine Bernier

Les traitements

Les soins apportés à la vigne ou aux cultures par le biais de la biodynamie sont presque des mixtures alchimistes, aux yeux des néophytes. A y regarder de plus près, les produits et les quantités utilisés sont proches du principe de l’homéopathie. Parmi les recettes les plus connues du public, la corne de vache creuse accueillant du compost de bouse de vache (et non de cheval!) est la plus marquante. Enterrée à l’équinoxe d’automne, elle est sortie de terre après l’équinoxe de printemps. A raison d’une corne par hectare, elle est utilisée comme fertilisant. Plusieurs sortes de décoctions et de tisanes interviennent également dans les traitements. La décoction de prêle, la tisane d’ortie, la tisane d’osier (aux mêmes propriétés que l’aspirine) en sont quelques exemples.
Le travail purement manuel est lui aussi primordial. En hiver, contrairement à ce que faisaient les vignerons rencontrés avant de devenir adeptes de la biodynamie, la taille commence dès début janvier, et non plus en décembre.