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Archives quotidiennes : 28 janvier 2009

Cet article et les deux suivants font partie de la trilogie qui m’a valu de recevoir le Prix Suisse du Champagne Lançon 2005. Honneur dont je ne suis pas encore revenue, sachant que je n’ai jamais bu une goutte de vin de ma vie. Ce prix récompense le meilleur article consacré au vin. Je le partage avec Eric Bernier, qui a été pour beaucoup dans la réalisation du sujet. Hum. Je dirais même que, sans lui, je ne m’y serais pas lancée.

Elle séduit ses adeptes, interpelle le grand public. Mais que pense la communauté scientifique de la biodynamie? Visite au directeur de l’Ecole d’Ingénieurs de Changins, Jean-Philippe Mayor.

D’entrée, Jean-Philippe Mayor, Docteur ès sciences et directeur de l’Ecole d’Ingénieurs de Changins, annonce: « A Changins, nous sommes deux instituts: l’école et la station fédérale, dédiée à la recherche. Notre vision est assez commune. Nous regardons d’un œil intéressé la biodynamie. Notamment parce que notre devoir de scientifiques est d’être curieux! »

Cette précision apportée, le discours s’affine et se précise, très nuancé. Car le sujet de la biodynamie fait partie d’un ensemble complexe de données.
A Changins, depuis 25 – 30 ans, la station a développé le concept de la production intégrée. Celle-ci a pour but d’associer toutes les techniques de production et d’appliquer la plus pertinente au point de vue du respect de l’environnement et de la production, en favorisant les méthodes biologiques. Selon Jean-Philippe Mayor, grâce au développement de la production intégrée, la Suisse figure parmi les pays les plus pointus en matière de respect du sol et de la nature. Plus de 80 % des producteurs suisses appliquent la production intégrée. Afin de mieux comprendre les différences existant entre les différents procédés de production, il est d’ailleurs utile de récapituler les modes utilisés.

La production traditionnelle ou conventionnelle, aujourd’hui peu employée, lutte directement contre les problèmes. L’industrie agrochimique a ainsi développé dès la seconde Guerre Mondiale des molécules synthétiques qui, durant des années, n’ont pas forcément été utilisées à bon escient. « La Suisse a heureusement toujours été très sévère dans le domaine des assortiments chimiques, précise Jean-Philippe Mayor. Il est plus faible qu’ailleurs, et plus restrictif. » Depuis une trentaine d’années, les chercheurs se préoccupent de l’apparition de résistance aux molécules chimiques, et des effets indésirables qu’elles provoquent. Ces recherches permettent aujourd’hui de savoir comment utiliser les produits chimiques en respectant un slogan clair: la bonne molécule, au bon moment, sur la bonne cible. Il en va de même quant à la gestion des sols et de la fumure.

Suite aux recherches effectuées, l’industrie a développé des produits qui s’utilisent en quantité très faibles et de manière ciblée, permettant un temps de rémanence restreint. « C’est ce que nous appelons production intégrée, indique le directeur de l’Ecole d’ingénieurs de Changins. De même, là où l’on peut éviter d’utiliser une molécule, on le fait. Et l’on intègre l’ensemble des outils chimiques et méthodologiques à la production. On notera qu’en Suisse la lutte contre les insectes et les acariens en viticulture se pratique essentiellement par des méthodes biologiques. »

Production biologique: même combat

« La production biologique vise à peu près le même objectif, poursuit-il, à ceci près qu’elle n’utilise pas les produits de synthèse. Mais il ne faut pas perdre de vue que les diverses façons de produire suivent un but identique. Fournir un produit de qualité, en essayant d’avoir l’impact le plus faible sur l’environnement , et ceci dans un cadre économiquement viable pour le producteur, tout en assurant la sécurité du consommateur. Le vin se fait à la vigne. Avec une bonne vendange, nous ferons un bon vin. Au niveau de la production biologique, il y a encore beaucoup de travail pour assurer une constance dans la qualité du produit. A Changins, nous sommes très intéressés à l’approche biologique. Nous avons un vignoble expérimental conduit en culture biologique sur environ un hectare. Nous analysons chaque opération du point de vue de la dépense d’énergie, afin de constater son impact sur l’environnement. Notre question est de savoir comment « manager » un vignoble en production biologique, et qu’est-ce qu’il en coûte économiquement. Tout en sachant également que ce n’est pas parce que l’on fait du bio que l’on respecte forcément plus l’environnement. »

Selon la démarche scientifique traditionnelle, Jean-Philippe Mayor s’interroge sur un point crucial. Est-il préférable d’utiliser une molécule au bon moment, sur la bonne cible, en petite quantité, ou d’effectuer trois ou quatre passages avec brûleurs ou outils aratoires, dépensant davantage d’énergie? Les progrès scientifiques sont tels que, connaissant les cycles des champignons et autres parasites, il suffit de traiter au bon moment pour obtenir un résultat efficace, évitant deux à trois traitements annuels inutiles. N’utilisant pas ces molécules, le bio revient souvent à d’anciennes préparations à base de soufre et de cuivre, dont les effets sur le sol ne sont pas forcément plus inoffensifs qu’une molécule chimique, estime les spécialistes.

Biodynamie en question

Pour ce qui est de la biodynamie, Jean-Philippe Mayor n’est pas négatif. « Je trouve le principe séduisant, car il oblige le producteur à suivre sa vigne de plus près, et à vivre en symbiose avec elle, analyse-t-il. Plus encore que pour les agriculteurs ou viticulteurs bios, car la fenêtre d’intervention est plus courte. De plus, il faut vivre spirituellement la démarche. Et là, il s’agit d’un domaine que je ne connais pas. Nous savons que les facteurs comme les cycles de la lune ou du soleil ont une influence. Les viticulteurs biodynamiques vont respecter toutes ces données. Je ne sais pas si c’est bien ou pas. Mais je me questionne au niveau de la notion philosophique. Des personnes qui n’ont pas été élevées dans cette philosophie précise peuvent-elles faire de la biodynamie cohérente? A cet égard, je suis sceptique quant aux spécialistes de la biodynamie qui viennent sur place dispenser leurs connaissances et philosophie. »

Pour l’instant, Changins maîtrise bien la production intégrée, et apprend à faire de même avec la production biologique. De là à imaginer une recherche sur la biodynamie, il y a un pas que Jean-Philippe Mayor n’est pas prêt à franchir avant quelque temps. Il faut, pour qu’une méthode de culture soit étudiée, qu’elle soit économiquement viable. Changins ne peut pas tout faire, sachant que, pour la biodynamie, les bases scientifiques d’observation font encore défaut. Actuellement, les scientifiques regardent d’un œil intéressé le principe de la biodynamie, et suivent les progrès des producteurs impliqués. N’excluant pas que, dans un avenir plus ou moins lointain, des recherches pourront être consacrées au sujet. En attendant, le phénomène du balancier les préoccupe davantage. « En matière de production, conclut Jean- Philippe Mayor, il fut une époque pendant laquelle on a été trop loin dans l’utilisation chimique. Et on risque aujourd’hui aller trop loin dans l’autre sens. Les coûts de production de la biodynamie sont élevés. A mon avis, il s’agit pour l’instant d’une niche, qui donne des vins différents. Les conditions économiques diront, à long terme, si c’est une mode ou pas. »

Martine Bernier

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La première rencontre avec Didier Dagueneau a eu lieu pour moi en 2004. Un article, une rencontre et un début d’amitié. Le personnage était si riche, si beau, si émouvant. Avec son épouse Suzy et leurs enfants, ils nous ont ouvert les portes de leur maison, nous offrant des moments intenses et doux. Et puis, en septembre 2008, la nouvelle est tombée. Didier s’était tué dans un accident d’ULM. Des mois après, aucun de ses proches ou de ses amis plus lointains n’a encore réussi à digérer la nouvelle. Il nous manque…
Cet article est celui que je lui ai consacré lors de notre première entrevue.

Réputé pour ne pas souvent recevoir dans ses chais de Pouilly-sur-Loire, le vigneron français Didier Dagueneau, référence mondiale en matière de Sauvignon, a fait une exception. Récit d’une visite à un personnage hors du commun.

À Pouilly-sur-Loire (Nièvre) où il habite, aucun panneau n’indique le domaine de Didier Dagueneau, contrairement à ceux de ses collègues viticulteurs. Considéré comme l’un des meilleurs producteurs de Sauvignon de la planète par les spécialistes, l’homme a horreur du tape-à-l’œil. « Ceux qui me cherchent se renseignent auprès de la mairie, lance-t-il, goguenard. Et ils arrivent toujours à me trouver! »
Cheveux longs et barbe fournie, le talentueux vigneron de l’appellation Pouilly-Fumé a la réputation d’avoir du caractère. Il en faut pour avoir créé des vins de réputation internationale, alors qu’il est parti de rien. Malicieux, le maître des lieux a fait poser, bien en vue sur la porte de sa cave, des armoiries un peu particulières. Pas de lettres joliment entrelacées, non. Juste un bras replié, poing en l’air, dont le biceps musclé est tâté par la main droite. Les uns estiment que la sculpture symbolise la force. D’autres y voient un bras d’honneur aux conventions. Le viticulteur, lui, sourit dans sa barbe et ne se prononce pas…

PRECIEUSE ASTEROIDE
À force de persévérance, Didier Dagueneau a acquis, à Pouilly, un peu plus de 12 hectares de parcelles viticoles, toutes cultivées en Sauvignon. Sur la butte de St Andelain, il soigne les ceps fournissant la prestigieuse cuvée Silex, du nom des pierres qui y enrichissent le sol composé d’argile et de calcaire. La parcelle cadastrée »Buisson Renard », très riche en manganèse, donne, elle, une cuvée particulière.
Quelques kilomètres plus loin, sur la parcelle dite « De la Folie », les premiers rangs sont plantés en vigne franche de pied. Une vigne pure, non greffée. Il en élabore une cuvée d’une finesse étonnante, « Astéroïde », produite à quelques centaines d’exemplaires seulement. Commercialisés à 450 euros la bouteille, seuls 150 flacons sont distribués à travers le monde. Le reste de la parcelle donne une cuvée dénommée « Pur-Sang », d’une grande pureté.

EXCELLENCE RECOMPENSEE
Le vigneron de Pouilly vise l’excellence depuis toujours. Il récolte d’ailleurs les lauriers du travail titanesque qu’il fournit sur son domaine: les guides les plus prestigieux multiplient les qualificatifs élogieux pour parler de ses vins. Le « Bettane et Desseauve 2005″ n’hésite pas à écrire, en parlant de lui: « Nous tutoyons ici le sommet absolu de la production mondiale de blanc sec ».
Tout son raisin est éraflé et égrappé avant que les vins ne soient élevés en fûts dans une cave étonnamment parfumée. Toutes les installations sont modernes, performantes, impeccablement entretenues. Sous ses airs nonchalants, Didier Dagueneau est un perfectionniste. La rumeur veut qu’il reçoit rarement, préférant déléguer l’accueil des visiteurs. En fait, l’homme est un travailleur acharné. Aux petits soins pour sa vigne, il lui consacre ses journées, passionné par son travail. Mais lorsqu’il trouve le temps de recevoir les passants, il révèle de lui une facette particulièrement attachante de sa personnalité. Bon vivant, cet hôte généreux a le cœur sur la main, le verbe haut et le rire au bord des lèvres. Père tendre avec ses enfants, il est attentionné avec sa femme, Suzy, et ses amis. Et n’hésite pas à ouvrir une bouteille de la rarissime Astéroïde pour accompagner le repas auquel il convie les nouveaux venus avec lesquels il sympathise.

MULTIPLE CHAMPION
Outre la vigne, Didier Dagueneau cultive une autre passion, qu’il partage avec sa femme: les courses de chiens de traîneaux. Captivé par les récits de Bernard Clavel, de Jack London et de bien d’autres, il s’est lancé dans l’aventure en 1993. Le Québec et le Vercors ont été le berceau de ses premiers pas en compagnie de ses chiens. De fil en aiguille, comme il ne fait jamais les choses à moitié, il a commencé la compétition, raflant au passage les titres de champion de France, d’Europe et du Monde. Il a ensuite créé et organisé une course, « l’Alpirusch », qui se déroule chaque année sur une semaine dans le Vercors.
Aujourd’hui, une trentaine de chiens Alaskans gravitent autour de la maison, choyés par leurs maîtres. Suzy et Didier, après une longue parenthèse due à la naissance de leurs deux fils, vont reprendre la compétition. Pour cela, ils montent actuellement un nouvel attelage qu’ils vont entraîner dans le but d’être compétitif dès l’hiver prochain.

« LE SECRET? LE SAVOIR-FAIRE! »
En attendant de reprendre les chemins de glace, Didier Dagueneau soigne la prochaine récolte dans le même esprit qu’il prépare ses courses: « J’ai longtemps fait du motocross, ce qui a développé mon esprit de compétition. J’aime faire tout le mieux possible. Le vin est pour moi un produit culturel. Il faut qu’il représente un lieu, une culture, un terroir, qu’il ne soit pas aseptisé. Pour cela, il faut la transmission d’un savoir-faire, d’une identité, et ne jamais faire un vin en fonction du goût des gens. Pour moi, c’est le secret. J’essaye bien sûr de produire un vin que les gens vont goûter et aimer. Je ne copie pas ce qui se fait ailleurs, mais je prends le bon partout. Comme j’ai beaucoup voyagé, cela m’a permis de m’ouvrir l’esprit. Et d’en faire profiter mon vin! »

Martine Bernier

Vigneron militant et engagé, le français Nicolas Joly parcourt le monde pour défendre les bienfaits de la biodynamie. Considérée par la presse spécialisée comme étant un producteur exceptionnel, son grand cru « La Coulée de Serrant » figure au firmament des grands vins blancs de France. Visite dans son domaine de la Roche aux Moines.

La route est longue, pour arriver jusqu’au réputé Vignoble du Clos de la Coulée de Serrant, propriété de Nicolas Joly surnommé, à travers le monde, « le pape de la biodynamie ». Neuf bonnes heures de route séparent la Suisse romande de son domaine, à Savennières, près d’Angers. Mais le déplacement en vaut la peine. Malgré les sollicitations dont il fait l’objet pour donner des conférences à travers le monde, le maître des lieux accueille ses hôtes avec une chaleureuse disponibilité. D’emblée, ce passionné aborde le sujet de la biodynamie sans détours.
Il se définit lui-même comme anthroposophe, tout en précisant « Je suis lié à ce savoir qui est une formidable connaissance pour l’homme, mais je conserve un certain recul. » Cette philosophie issue de Rudolf Steiner aborde toutes les facettes de la Vie. Bien qu’il s’intéresse à chacune d’entre elles, celle qui occupe essentiellement Nicolas Joly est la biodynamie. Cette méthode de culture exclut toute utilisation d’engrais chimique, acaricide, pesticide, désherbant ou produit chimique de synthèse d’aucune sorte.
 » Lorsque les gens retournent à la biodynamie, explique-t-il, c’est parce qu’ils ont compris que la nature est quelque chose d’organisé, de compliqué. Ils excluent alors les produits chimiques que cette nature est incapable de gérer. La biodynamie nous explique qu’il existe une matrice énergétique autour de la terre. Il s’agit de reconnecter la terre à ce monde énergétique. »
Nicolas Joly est clair: il ne faut pas confondre la biologie – déjà considérée comme un progrès important à ses yeux – et la biodynamie. La seconde utilise des préparations agissant comme catalyseurs d’énergies précises. C’est de ces processus particuliers, de calcaire, de potasse ou d’autres ingrédients, que se nourrit la terre.
Son discours est fouillé, limpide, mais parfois sévère avec l’homme: « L’homme se considère comme un être important, mais ne semble pas comprendre qu’il fait partie d’un tout, assène-t-il. L’UNESCO a affirmé que la biodynamie est l’enseignement le plus adapté pour résoudre les maux de notre époque. L’explication est simple. Une personne qui a la main verte est reliée par le cœur et par la tête à ses plantes. De la même façon, il faut expliquer à l’individu qu’il fait partie de ce monde. L’intellectuel sait, mais ne comprend rien. La biodynamie demande de comprendre le monde. »
Cultiver une vigne en biodynamie ne veut pas dire forcément qu’elle donnera un vin de qualité. En revanche, il sera imprégné des arômes et des goûts typiques à son terroir. Nicolas Joly estime qu’avant d’être bon, un vin doit être vrai, authentique. Il se réfère souvent à Goethe pour expliquer « que chaque acte agricole a un impact sur les maladies de la vigne, sa santé et le goût du raisin. Raison pour laquelle il faut redécouvrir l’immense diversité des plantes qui nous entourent, leurs particularités, leurs gestes. » Le but étant de ne jamais contrarier le travail de la vigne, mais de le soutenir.
Pour le propriétaire du Clos de la Coulée du Serrant, la lutte intégrée n’est pas vraiment un progrès. « Celui qui l’a mise en place a manifesté le désir de faire mieux, analyse-t-il. Mais cela ne marque pas d’amélioration réelle puisque, au lieu d’utiliser 100% de poison, on en utilise 80%. Ce qui est déjà beaucoup trop. Je ne suis pas non plus d’accord avec certaines exigences de Déméter qui n’encouragent pas la pratique de la biodynamie sur des parcelles trop morcelées. Le danger est de pousser trop loin une idée. La biodynamie est une force pour la terre. Il faut la pratiquer le plus possible. »

En France, selon Nicolas Joly, les écoles d’agriculture sont partagées quant au regard qu’elles portent sur la biodynamie. Mais, à l’image de nombreux grands viticulteurs, beaucoup s’ouvrent de plus en plus à cette pratique, comme à la biologie. Pour donner de bonnes bases à ses préceptes, le vigneron spécialiste et quelques-uns de ses collègues ont fondé une association pour une renaissance des Appellations Contrôlées. Ses membres garantissent que leurs produits ne sont pas traités génétiquement. Une charte de qualité permet de passer, en fonction des actes accomplis, figurant dans le document, de une à trois étoiles « vertes », auxquelles vient s’adjoindre la notation habituelle que font les guides des vins. Tous les vignerons ayant adopté cette charte promettent ainsi des vins authentiques et inimitables, le rapport sol / climat ayant partout un aspect différent.

Martine Bernier

La Coulée de Serrant d’hier et d’aujourd’hui
Planté au 12e siècle par des moines Cisterciens, le vignoble de la Coulée de Serrant, aujourd’hui propriété de la famille Joly, n’a jamais eu d’autre vocation que celle de la vigne. L’ancien monastère d’époque existe toujours. Quelques centaines de mètres plus loin, également dans le périmètre de la propriété, a été construit le Château de la Roche aux Moines. Cette forteresse qui veillait sur la Loire présente en contrebas, a connu son heure de gloire en 1214, lorsque le Prince Louis, fils de Philippe Auguste, mis en déroute Jean Sans Terre, roi d’Angleterre. Au 16e siècle, sur ordre du roi, la forteresse a été démantelée lors des guerres de religion pour qu’elle ne devienne pas un bastion protestant. Aujourd’hui, les ruines sont toujours visibles et sont classées, tout comme le monastère. Des souterrains servent encore de chais à l’habitation actuelle, reconstruite deux siècles après la destruction du château. Elle est le siège actuel du prestigieux vignoble, installé, comme le précise son propriétaire, sur un ancien lieu celtique.
Les sept hectares de la Coulée de Serrant, qui figure parmi les meilleurs vins blancs de France, sont cultivés en partie à la main et au cheval, en raison de la raideur des pentes surplombant le fleuve. Louis XI et Louis XIV célébraient déjà ce vin comme un produit rare et unique. Depuis 1985, le vignoble est entièrement cultivé en biodynamie.

Biodynamie: les préceptes fondamentaux

Il est difficile, voire impossible de résumer la biodynamie en quelques lignes. Nicolas Joly estime que seul un sol vivant doté des micro-organismes qui lui sont propres peut donner un vignoble sain et de valeur. Pour lui, quatre associations sont vitales entre la terre et la plante: le minéral et la racine, le liquide et la feuille, la lumière et la fleur, la chaleur et le fruit.
Il faut également tenir compte de l’existence d’une polarité entre la gravité (qui tire vers le bas, par les racines), et la force ascensionnelle (qui tire vers le haut, notamment par la fleur). La biodynamie préconise la prise en compte subtile d’une multitude de paramètres destiné à préserver la santé de la vigne et à rétablir l’équilibre naturel du vignoble.