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Archives quotidiennes : 4 avril 2009

 

L’Atlantique est un océan doté d’une personnalité forte.
Il se fait entendre bien avant que l’on puisse le voir.

Je ne suis pas marin.
Je suis plutôt du style à admirer les navigateurs comme Olivier de Kersauson et bien d’autres, et à me taire en regardant les vagues.
J’aime rester là, à écouter la mer, les oiseaux, et à respirer le vent, quand il n’y a pas âme qui vive à proximité.
Habiter en Bretagne n’est pas anodin.

Comme habiter en Corse, sans doute, ou dans tous les autres lieux « forts ».
On n’y vient pas par hasard.
On y vient parce que quelque chose de puissant et d’attirant nous y appelle.
C’est un lieu de choix, de désir.

Mince, qu’est-ce qu’on s’y sent bien…

M.B.

Or donc, je vous ai déjà parlé de mon jardin, nouveau terrain de découvertes pour la néophyte que je suis et de ma rencontre peu concluante avec le jardinier.
J’en ai conclu qu’il serait judicieux d’investir dans une tondeuse à gazon et de faire venir un professionnel deux ou trois fois par an pour les travaux plus conséquents comme la taille des arbres et de la haie.
Cette semaine, donc, je suis allée chez un spécialiste vendant le genre d’engins qui m’intéressait.
Le responsable s’est lancé dans une description de ses machines qui m’a tétanisée.
En clair: je n’ai pas compris un traître mot. J’ai seulement vu que ces machines étaient horriblement chères.
Quand les hommes se mettent à parler moteur, starter etc etc, ils deviennent vite incompréhensibles pour le commun des mortels dont je fais partie.

J’ai poliment remercié et dit que j’allais réfléchir.

Puis je le dirigée suis vers un grand magasin de bricolage où j’ai refait le même parcours.
Cette fois, les engins étaient plus abordables, le vendeur un peu plus compréhensible, plus souriant.

Je suis donc ressortie avec une énorme tondeuse au look « arrière-petite-cousine-d’une-Ferrari-de-luxe ». Le tout assorti d’un joli jerricane pour l’essence, d’huile (vous saviez qu’il fallait mettre de l’huile dans une tondeuse, vous!?), d’une paire de gants de jardinage, d’un sécateur et d’un outil sensé me permettre d’occire la mauvaise herbe autour des rosiers.

Première épreuve: faire entrer la bête dans la voiture. L’opération a relevé du tour de force. C’est qu’elle résistait, la bougresse!

A peine suis-je rentrée chez moi qu’une nuée de petits voisins est arrivée à ma rencontre. Ils avaient des questions à me poser, à propos de moi. Questions que, m’a avoué Théo, ils s’étaient posées une bonne partie de la journée.
Intéressés, ils sont venus voir la tondeuse, me demandant au passage si j’avais encore les bonbons en sachets dont je les avais régalés la veille.

L’opération bonbons et découverte de mes bouquins une fois terminée, nous sommes passés aux choses sérieuses.
Il était temps que j’aie mon premier tête-à-tête avec une tondeuse.
La première tondeuse de mon existence. Ca compte, dans la vie d’une femme.

Ce matin, l’un de mes amis m’a dit: « En parlant de toi, hier, j’ai dit que tu étais comme Robinson Crusoé réapprenant à faire du feu, à faire cuire un morceau de viande etc…! »
C’est tout à fait cela!
Rat de bibliothèque, j’adore étudier, écrire, pratiquer mon métier, découvrir… mais j’avoue m’interroger parfois sur mon aptitude à vivre au quotidien. Il semblerait que je n’aie pas été programmée pour survivre sur notre planète!
Je sais faire des choses inattendues (comme monter seule un bureau en kit) mais je suis incapable d’accomplir certains gestes pourtant élémentaires. Demandez au dernier œuf que j’ai essayé de cuire ce qu’il en pense, si vous ne me croyez pas. Il s’en souvient encore.

L’heure était donc grave.
Apprendre à utiliser une tondeuse demande de la concentration!
J’ai couru chercher mon petit carnet et mon stylo, j’ai noté tous les conseils reçus ce jour-là
J’ai ainsi appris qu’il ne faut JAMAIS faire certaines choses.
Si jamais la machine s’arrête en raison d’un « bourrage d’herbe », je ne devra surtout pas essayer de la dégager par moi-même, mais attendre l’intervention d’un connaisseur.
Même si  j’ai la déplorable habitude de toujours essayer de me débrouiller toute seule, que ce soit pour monter une commode à l’étage, monter un meuble ou bouter les Anglois hors de France (pardon, je m’égare), il m’a été dépeint un tableau terrifiant des risques que j’encourais si je mettais mes précieux petits doigts dans la machine et que la lame devait se mettre en route.

Beurk. Dans le genre hachis Parmentier, c’est très fort.

Enfin, je suis passée aux travaux pratiques.

Au début, ça s’est très bien passé.
J’ai ouvert l’arrivée d’essence, assez fière de moi.
C’est ensuite que cela s’est gâté, au moment de tirer sur le cordon de mise en route du moteur.
J’y ai mis toute ma force.
Résultat: nul.
Pas le moindre petit toussotement.

Apparemment je manque un peu de force.
Pas moyen de faire démarrer cette chose.
J’avais même l’impression qu’elle ricanait sous mes chatouillis.

Tandis qu’une bonne âme lançait le moteur à ma place, je me suis dit que je verrais bien quand je serais en tête-à-tête avec la bête.
La torture, je préfère la pratiquer sans témoins!
Le ridicule aussi.

Et j’ai fait mes premiers pas avec l’animal.
J’ai fait, au total, fait trois aller retours sur la pelouse, puis j’ai rangé l’engin dans le garage. Il se faisait tard, et je finirai dès que le soleil sera revenu.

C’est assez rigolo, une tondeuse, finalement.
Quand on a de l’humour et beaucoup d’imagination…

Martine Bernier