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Archives quotidiennes : 21 octobre 2009

Ils ont passé à la vitesse du vent, ces jours de retrouvailles avec mon Triangle d’Or…
Dès le premier instant, tout se passe comme si je n’étais jamais partie. L’accueil de Vero qui m’a préparé un nid cinq étoiles avec sa générosité habituelle. Les conversations avec mon bon Géant, qui reprennent exactement là où nous les avions laissées… Ma fragile petite Aurore, se débattant dans les affres des questions existentielles et des jugements autodestructeurs liés à l’adolescence. Béa, sa maman toujours aussi fine et drôle, et Fred, son mari, ange gardien de mes mois passés à St Molf et de mon retour en Suisse, joyeux, taquin et si pudique. Et puis les trois bouts d’hommes sans lesquels rien ne serait pareil: Yoyo, Théo et Clément, toujours aussi beaux, tendres et… toniques! Beaucoup d’émotion, oui. Beaucoup de douleurs, aussi, sur lesquelles je n’ai rien dit et ne dirai rien. L’aéroport où se nichent tant de souvenirs, un panneau indicateur sur une route après Nantes, des dizaines d’endroits remplis de souvenirs, et… ma maison, habitée par d’autres.

Tout a commencé à l’aéroport de Genève où, au moment de l’enregistrement de ma valise, le personnel de l’aéroport m’a informé qu’elle avait un excédent de trois kilos. Hum. J’envoie un sms piteux au malheureux homme qui va devoir réceptionner l’objet…
« Valise =23 kg. Supplément de bagage chocolaté. Ne me scalpe pas à l’arrivée! »
Sa réponse arrive peu après: « Pas de problème pour la contrebande suisse. Repère bien ta valise! »

Impossible de la manquer, cette fois: je l’ai affublée d’un ruban bleu repérable à cinq cents mètres! A l’arrivée, pari gagné, je la retrouve sans effort. Derrière la vitre, je repère presque aussi rapidement celui qui m’attend. Il faut dire que sa taille facilite les choses. Inutile de le décorer de rubans pour le remarquer dans la foule: avec 1,92 m, il a facilement deux têtes de plus que la moyenne. Il est venu alors qu’il a bien d’autres préoccupations autrement plus importantes. Et je vis avec lui, le temps d’un trajet, le premier moment délicieux de mon séjour. Il m’en a offert bien d’autres. Qu’il en soit remercié…

Je vais vous épargner le récit détaillé de ces cinq jours. Mais certaines anecdotes méritent le déplacement et resteront comme autant de moments d’anthologie! La plus drôle a eu lieu le soir même de mon arrivée, chez Thierry, justement, ami de mon ami.
C’était la première fois que Stéphane et Véro découvraient la maison dans laquelle il a emménagé cet été. Comme il a mille autres choses à faire que de se lancer dans l’élaboration de plats cuisinés (comme je le comprends!), il avait prévu un repas froid. Je passe rapidement sur les tranches d’andouilles ressemblant à des photos de la Terre prises de la Lune, ou sur cette étrange chose orangée, légèrement épicée, dont notre hôte a vainement tenté de me faire croire qu’il s’agissait de viande de bouc. Le moment clé de la soirée a été celui où le maître des lieux a découpé avec application un « saucisson de viande séchée ». Je n’avais jamais vu la viande séchée présentée sous cette forme. Pourtant, comme la conversation mettait en doute mon immmmense culture culinaire (…), j’ai fait remarquer que LA viande séchée par excellence est bel et bien suisse et s’appelle la viande séchée des Grisons. Premier bon point: tout le monde en avait entendu parler. Mais quand je leur ai demandé s’ils savaient ce qu’étaient les Grisons, je suis tombée de la Lune.
Oui, de celle où a été prise la photo gravée dans l’andouille.
Tous pensaient que les Grisons étaient… des animaux! Des ruminants, sorte de croisement approximatif entre la vache et le bison.
J’ai provoqué une sérieuse déception collective en expliquant que c’est en fait une région. J’avoue que cela m’a beaucoup amusée.
Mais, à leur décharge, pour être tout à fait honnête, j’avoue aussi que, en débarquant en Suisse la première fois, je ne suis pas sûre que je savais ce qu’étaient les Grisons… Et eux-mêmes auraient en réserve quelques perles bien senties me concernant, notamment sur la différence entre un filet de pêcheur et un filet de court de tennis! En attendant, je vais faire homologuer cette nouvelle race suisse qui se décline en deux versions: le Grison à poils longs et celui à poils courts.

Le lendemain matin, une balade au bord de la mer avec Stéphane m’a permis de respirer cet océan que j’aime tellement. Et d’aller chercher ma carte d’identité française. Dorénavant, je suis bel et bien franco-suisse… Trois nationalités différentes en une vie, ce n’est pas banal…

Le soir, raclette géante chez Fred et Béa. C’était la première fois depuis mon départ que le Triangle d’Or au grand complet était réuni. Un moment de pur bonheur…
L’autre moment fort de ces cinq jours était la fête d’anniversaire organisée pour mon bon Géant. Sa tendre moitié s’est mise en quatre pendant des semaines pour que tout soit parfait. Sa famille, ses amis, ses proches… ils sont tous venus. J’ai aimé découvrir ceux que je ne connaissais pas, retrouver et apprendre à connaître un peu plus ceux que je connaissais déjà. J’ai été touchée par certaines surprises qui ont été réservées à Stéphane. Et par son émotion lorsque est arrivé le cadeau final: un scooter dont il avait très envie depuis longtemps. Au niveau de l’ambiance, j’avoue m’être mise un peu en mode « observation ». Après tout, les Suisses sont des observateurs réputés pour leur neutralité! Je découvre les fêtes françaises avec ma tendance classique à me débrancher quand ma bulle est un peu trop exposée. Et je sais aujourd’hui que, dans la salle, une deuxième personne partageait ma façon de réagir. Ce qui me permet de me sentir un peu moins décalée!

Durant des années, Stéphane a pratiqué le basket. Ses amis, il les a presque tous connus par l’intermédiaire de ce sport. S’il ne le pratique plus aujourd’hui, son frère et Thierry, passionnés, ont continué. Et là encore, cela valu un échange très drôle. Ce dimanche, tous deux allaient se retrouver sur le même terrain, chose qui, apparemment, ne leur était plus arrivé depuis longtemps. J’ai demandé pourquoi. Et Thierry m’a expliqué dignement qu’il « a été suspendu pour quelques matchs après avoir eu une conversation avec un arbitre ». L’humour très pince-sans-rire de cet homme a l’art de me mettre en joie. Je lui ai demandé des précisions sur sa conversation et il a pris un air profondément offusqué pour me dire sobrement qu’il était un incompris. Il avait juste « un peu » dit à l’arbitre qu’il est nul. Ce que le frère de Stéphane a relevé en secouant la tête, navré. Quelques minutes plus tard, j’apprenais que lui-même reprend également après une période de suspension. Mais?? Pourquoi suspendu? Encore une conversation houleuse? « Non, non, un malencontreux incident. J’ai confondu la tête de l’arbitre avec le ballon. »
Je crois que je ne connais pas toutes les subtilités de la pratique du basket…mais je ne suis pas certaine que je postulerais si un poste d’arbitre devait se libérer.

En France, la fête est une notion sacrée, semble-t-il. Quand elle est finie, il y en a encore. L’after a duré jusque très tard dans la nuit, dans la sublime maison de la sœur de Véro, en présence des derniers rescapés. Un panaché de musique, de déguisements, d’ambiance bien arrosée, de rires, de conversations, de danse, de découverte, mêlés à une touche d’émotion.

Le moment du départ aura été épique. Véro, qui avait prévu de m’emmener à l’aéroport, avait oublié ses clés dans la Golf de Stéphane. Un vague espoir a flotté lorsqu’elle est arrivée avec sa clé de secours. Rapidement déçu: la clé ne fonctionnait pas. Alerte. Un coup de fil à Michaël qui, tel Zorro, a sauvé la situation en nous emmenant à l’aéroport. Et des larmes qui coulaient à n’en plus finir derrière l’écran de mes lunettes noires, lorsque nous avons passé un certain panneau indicateur.

Avant de me quitter, Théo, mon petit bonhomme tout pris par sa bronchite asthmatique, me dit: « parle du sac de maman sur écriplume! ». Donc, simplement pour lui, je salue le sac microscopique de Véro qui, à côté des miens, ressemble à celui d’un lilliputien…

Et après? Un vol marqué par des turbulences dues à une météo capricieuse, et, à l’aéroport, trois tours de tapis pour ma valise que je n’ai pas reconnue. Puis ma sœur de coeur… avec une rose…

Martine Bernier

Sous nos latitudes, lorqu’une école ferme ses portes, c’est en principe pour cause d’épidémie ou de problème technique majeur.

Au Pakistan, toutes les écoles et les universités du pays sont fermées durant toute la semaine, pour cause… d’attentats -suicides perpétrés par les talibans. Et ce suite aux deux événements de ce genre qui ont eu lieu au cours de ces 15 derniers jours, et qui ont fait 185 morts.

Tous les établissements scolaires fermés pour une raison pareille… Et des hommes qui se font exploser dans des endroits où ils seront sûrs de tuer un maximum d’enfants ou d’étudiants. Je sais que nous ne pouvons ni comprendre ni juger ce qui se passe dans des pays dont la culture est aussi éloignée de la nôtre. Mais tuer un enfant est impardonnable. Un excellent article est paru dans l’Express à ce sujet,  expliquant qui sont ces hommes qui sont prêts à  sacrifier les vies les plus précieuses.

Il fut des époques, au cours de l’Histoire du monde, où la vie d’un enfant ne valait rien. Pour certains hommes, c’est toujours le cas. Et ne pensez pas que seuls les talibans sont impliqués. Non. Dans notre société, il existe des hommes soi-disant bien sous tout rapport, cantonnés dans de petites vies bien rangées qui  affichent eux aussi des attitudes méprisables. Les cas qui me touchent de près me mettent dans des états de dégoût profond qui ne risquent pas de me passer. Je ne supporte pas qu’un enfant pâtisse de la lâcheté, de l’indifférence ou de la violence de son père ou de qui que soit d’autre.

Cet après-midi, j’ai été touchée indirectement par une situation révoltante qui, cette fois, ne mettait pas en cause un adulte. Un petit bonhomme qui m’est cher est parti s’amuser dans une rampe de skate tandis que son père garait sa voiture. Le temps que ce dernier revienne et son fils s’était fait tabasser et racketter. Pour une veste… Manque de chance pour les  courageux agresseurs, le père en question est policier et a mis la main sur eux avec une rapidité ahurissante. Ils étaient trois à s’être attaqués à plus petit qu’eux. Trois gamins de 12 à 14 ou 15 ans, dont un vit en foyer d’accueil. J’espère que leurs parents arriveront à leur faire prendre conscience de la gravité de leur geste, du traumatisme ressenti par un petit garçon un peu lunaire, pas préparé à vivre des événements aussi violents…

Aux Antipodes de cette scène, je revois les yeux de ce père dont le fils est atteint dans sa santé. En attente du résultat d’analyses, il avait le regard sombre, embrumé d’angoisse. Et tentait de paraître maître de lui en me répétant: « Dans cet hôpital se trouvent les meilleurs spécialistes de ce genre de maladie. Il faut faire confiance. De toute façon, je n’ai pas le choix… » Le lendemain, les nouvelles étaient meilleures. Son regard s’était allégé. Mais il portait sur le visage les stigmates de sa crainte.

Il y a ceux qui savent que ces petites vies qu’ils protègent de toutes leurs forces, ils en sont responsables.

Il y a ceux qui ne veulent même pas savoir qu’ils sont pères. Ceux qui veulent bien être responsables de leurs enfants légitimes, mais pas de ceux qu’ils ont semés aux quatre vents.

Et puis il y a ceux qui se font exploser dans les universités ou les écoles avec le sentiment d’accomplir un devoir sacré permettant de déstabiliser un pays un peu trop docile à leur goût vis-à-vis de l’Oncle Sam.

Et en face d’eux, il y a des gamins qui ne comprennent pas.

Comment voulez-vous comprendre?