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Voici quelques semaines, sur Facebook, j’ai été attirée par le profil de l’un de mes contacts, Belge.
Il s’agit d’un homme de quinze ans mon aîné, qui ne précisait pas sa profession.
Mais qui avait édité des photos des toiles qu’il peint.
J’ai eu un coup de coeur pour l’une d’elles, en ai aimées plusieurs autres.
Il ne se contente pas de confier son coeur et ses tripes dans sa peinture, il l’encadre d’une technique affûtée, sûre.
Un homme capable de peindre de cette manière ne pouvait qu’attirer mon attention.

J’ai commencé à lire ce qu’il mettait sur son mur.
J’ai découvert qu’il avait de l’esprit et de l’humour.
Un matin, j’ai vu qu’il avait réagi à quelque chose que j’avais écrit.
Je lui ai rendu la pareille et nous avons commencé à dialoguer indirectement, par « murs facebookiens » interposés.
Puis nous avons échangé des messages presque en dialogue simultané avant de passer en communication plus directe, sur msn.

Internet et son océan de virtualité…
Danger, superficialité, inconsistance…
Je suis beaucoup plus méfiante et réservée dans ce cadre, comme, j’imagine, la majorité d’entre nous.
Très vite, pourtant, j’ai été charmée par l’intelligence frondeuse et indépendante de ce professeur (de français, histoire puis « morale laïque, une curiosité locale », précisait-il en riant) devenu ensuite thérapeute.
Un voyageur, à la vie riche, à l’expérience immense mais discrète.
Avec tout ce qu’il a accumulé comme savoir, il pourrait être parfaitement odieux, distillant conseils et recettes de vie sans y être prié.
Non.
Ce n’est pas du tout le genre de la maison.
Jean-Paul, puisque c’est son nom, est l’élégance personnifiée, comme l’est celui que j’appelle « Lui ».
Il a l’instinct très sûr de ceux qui allient sensibilité, humilité et intelligence.

Avec moi, il avance en terrain miné.
Toujours très meurtrie, je suis un véritable oursin croisé avec une huître, dès qu’un mot ou une intention me heurte.
Il arrive que j’aie peur de ses réactions ou de ses réponses, craignant une maladresse, un mot que je ne supporterais pas.
Jamais, pas une seule fois, il ne m’a déçue, ce Bélier Belge de haut niveau.
Pas un écueil qu’il n’a contourné, pas un nuage qu’il n’a repoussé.
Jamais je ne l’ai entendu se vanter, tenter d’imposer son savoir dans un monologue saoulant, ou me faire la leçon.
Il est le tact et la douceur personnifiée, lui qui se prétend presque brute épaisse en riant sous cape.
Il pose sur la vie, sur l’âge, sur le couple, un regard impitoyable, très dur dans sa lucidité.
Et pourtant me réserve des fleuves paisibles de tendresse.

Nous pouvons parler pendant des heures.
J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi malicieux, spontané dans ses révoltes, serein dans ses raisonnements, généreux de lui…

Il me surprend sans arrêt.
S’interdit de jouer à être mon psy, sachant que, de toute façon, je ne le supporterais pas.
Et… je crois qu’en fait, il n’en a pas envie.
Il part dans la forêt avec son chien, s’émerveille devant les étendues de neige vierge, et peste deux jours plus tard contre cette même neige qui l’oblige à déplacer sa voiture.
Il s’étonne du fait que je n’arrive pas à éprouver et extérioriser de colère, me conseille de jeter un oeuf sur un ventilateur pour me soulager (tactique qu’il avait lue dans un « Journal de Mickey » lorsqu’il était gamin)… et précise, en répondant à ma question, que lui-même n’a jamais expérimenté « vu qu’ensuite il faudrait nettoyer ».
Il a horreur de la télévision, ne sait pas qui sont les pseudo stars du moment, et… s’en moque royalement.
Il s »amuse avec des amis à sillonner sa région en vieux Solex, pièce de collection, est un véritable vif-argent… mais écrit des nouvelles sombres et graves à vous arracher le coeur.

Quand il sent que je ne vais pas bien, il module ses réactions.
Me laisse des messages pour ramener un peu de chaleur, garde le silence s’il sent que je me renferme, mais me fait comprendre qu’il est là, qu’il veille, en semant des clés un peu partout me permettant de sortir de ma tanière si j’en ressens le besoin.
Ou il vient s’installer près de moi et partage un long moment de douceur.
Il me dit de pleurer, de rire, ne m’en veut pas de ne pas avoir encore trouvé le chemin.
Il sait ma fragilité… il a vécu la même chose.

Il n’y a qu’un souvenir qui me fait penser à ce que je vis avec lui…
Ces nuits, lorsque j’avais 16 ans, que je passais avec un ami, à parler de tout et de rien, à refaire le monde.
Pour moi, ces paroles, ces moments, c’était de l’or.
C’est à nouveau le cas, aujourd’hui.
Cet homme est un éternel adolescent, avec l’expérience d’un Sage qui ne se prend pas au sérieux.

Je le vouvoie. Pour le moment.
Un jour peut-être me demandera-t-il de ne plus le faire.
J’aimerais…
Curieusement, il m’est très proche. Par sa philosophie, sa personnalité, sa sagesse, sa jeunesse.
La vie, qui ne l’a pas épargné, n’a pas réussi à détruire le joyau qu’il a en lui.

Car, par-dessus toutes ses qualités, qui forment déjà un sérieux éventail, il en est une qui m’est plus précieuse encore que les autres.
Il n’a pas peur d’exprimer ce qu’il ressent, de dire la tendresse, l’attachement…

Martine Bernier

4 réponses à Le Bélier Belge

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