Les exilées de l’Océan

Ce matin, le ciel a oscillé longtemps avant de choisir sa couleur.
Il a finalement opté pour le bleu, teintant les eaux du lac Léman par la même occasion.

Avant qu’il ne prenne son air de ciel de printemps, il était gris, nuageux, lourd, menaçant.
Comme j’aime…

J’ai ouvert la fenêtre de mon bureau, donnant sur ce qui est sans doute l’un des plus beaux panoramas d’Europe.
Je n’étais pas retournée depuis plus de dix minutes à mon clavier lorsque j’ai entendu un bruit très caractéristique.
Un cri, des cris, que je reconnaîtrais entre mille.
J’ai cru rêver.

Je me suis précipitée sur le balcon, ma petite chienne, Pomme, dans mes bras.
Si c’était bien « elles », je voulais les lui présenter…

Et… oui… elles étaient là…
Une vingtaine de mouettes volant devant moi.
J’ai cru étouffer d’émotion.
C’est bête, je sais…

Des mouettes d’eau douce, désertant la mer pour les rives du lac.
Très certainement pour d’autres raisons que moi…
Pomme a dû se demander pourquoi je fermais les yeux en écoutant leurs cris, leurs bruissements d’ailes, si proches…
J’ai été leur chercher du pain pour les garder un peu plus longtemps.
Je ne suis pas certaine que mon initiative ait séduit mes voisins.
Mais moi… j’ai eu la sensation que si je me concentrais un peu, je finirais par sentir l’odeur de l’océan, par me réveiller là-bas en rouvrant les yeux.

Pomme regardait les mouettes, très intéressée. Elle suivait leur vol du regard.
Son attention m’a fait sourire…
Je revoyais Scotty qui, elle, avait horreur de ces oiseaux criards.

Sur un signal invisible, elles ont disparu, aussi vite qu’elles étaient venues.
Vers d’autres morceaux de pain, sans doute.
Mais pas vers d’autres rivages…
Elles sont restées, juste le temps de ranimer cette incroyable nostalgie que j’ai de ma Terre de Sel…

Martine Bernier

 

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