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Archives mensuelles : avril 2010

Cela se passe à Angers, en France.

Depuis deux ans, une pépite d’or de 57.5 grammes est exposée au Musée de sciences naturelles de la ville.
Une fierté pour le musée: les spécialistes estiment qu’il s’agit de la plus grosse pépite jamais trouvée en France depuis le XIXe siècle.
Avec son diamètre de trois centimètres pour une épaisseur de 1.8 centimètres, elle aurait été découverte en 2001, dans un champ de maïs par un paléontologue amateur, nous dit l’AFP.
On peut appeler cela un jour de chance…
Le précieux caillou a été présenté pour la première fois au grand public en 2007, lors d’une exposition minéralogique.

C’est là que la mairie d’Angers l’a vu pour la première fois, semble-t-il.
Aujourd’hui, elle explique que, en mai 2008, elle a acheté la pépite à un collectionneur dans des « conditions régulières », nous dit-on, pour la somme de 15.000 euros.

Tout se passait donc au mieux, jusqu’à ce qu’une particulière vienne revendiquer la propriété de l’objet.

Geneviève Dalle, femme de l’ancien PDG du groupe L’Oréal, veut récupérer ce qu’elle estime être « son » minéral, après avoir déposé plainte pour vols d’objets, parmi lesquels se trouvait, dit-elle, cette pépite. Le vol aurait eu lieu au domicile de sa mère qui habite Angers. Selon sa version, cette pépite d’or est un cadeau offert en 1964 par un proche du Général de Gaulle.
Du côté de la mairie, c’est la stupéfaction devant cette revendication.
La suite dira si les autorités municipales se sont fait bernées ou pas.

Sur ce je vous laisse, j’ai à faire.
Il me semble que les fameux joyaux de la Couronne d’Angleterre ressemblent étrangement à un cadeau disparu qui a été fait à mon arrière-arrière-grand-mère par un roi de Papouasie Orientale.

Martine Bernier

William Turner (1775 — 1851) est sans doute le plus prolifique des peintres anglais.
Exposée jusqu’au 24 mai au Grand-Palais, à Paris, l’oeuvre de ce grand voyageur, remarquable paysagiste, prouve qu’il fut un quasi reporter avant l’heure.
Il a parcouru l’Europe croquant tout ce qui lui semblait intéressant et éditant un annuaire composé d’oeuvres littéraires et artistiques.
On considère comme un monument de la peinture son fameux tableau « La Bataille de Trafalgar » que l’artiste a revisitée avec un talent incomparable.
Il en fallait pour reproduire le drame que fut ce choc entre la flotte de la Royal Navy et la flotte franco-espagnole.
Pour mémoire, 2’180 hommes ont perdu la vie, tués ou noyés au cours de ce combat (parmi lesquels 1200 marins français) qui a également fait 4760 blessés dont 3370 Français.
Le tableau que Turner a consacré à Trafalgar est une histoire extrêmement poignante.
Excellent paysagiste, il a aussi laissé des oeuvres teintées de romantisme, des ciels tourmentés, des mers agitées, des campagnes, les plus belles villes d’Europe…
Une oeuvre d’une richesse exceptionnelle dont les Anglais peuvent être fiers.

Ce qui ne les a pas empêchés de se retrouvés confrontés à un réel problème.
A sa mort, en 1851, Turner a légué l’entièreté de son oeuvre à l’Etat.
Un cadeau inestimable.
Seulement voilà…
Quand l’Angleterre a réalisé que le leg en question comportait pas moins de 32 000 tableaux, elle a été très ennuyée.
Que faire de cet encombrant cadeau?!
A l’époque, le pays n’avait pas de musée disponible, et les toiles de Turner, trop modernes, ne plaisaient pas vraiment.
Pendant dix ans, ces oeuvres ont donc dormi, attendant des jours meilleurs.
Ce n’est qu’au bout de tout ce temps que la première salle Turner a été inaugurée à la National Gallery et que les toiles ont enfin été accrochées.

Aujourd’hui, le travail de ce peintre avant-gardiste pour son époque fascine les Anglais. Cinq millions de personnes vont voir ses tableaux chaque année à la National Gallery.

Pour la petite histoire, après l’enterrement de l’artiste à la cathédrale Saint-Paul de Londres où il souhaitait reposer, son exécuteur testamentaire a découvrir avec horreur des milliers de dessins érotiques parmi ses toiles. Le pudibond personnage n’a rien trouvé de mieux à faire que de les détruire, en majeure partie…
Soupir…

Martine Bernier

Le temps semble long lorsque vous êtes à l’hôpital.
Il y a différentes façons de le meubler.
Lorsque je suis en ambulatoire, je ne prends pas mon ordinateur: je lis, histoire de ne pas penser.

Cette fois, j’avais emmené deux livres d’Eric Naulleau, le sbire de Laurent Ruquier, bien décidée à découvrir une autre facette de cet homme intriguant.
La journée ayant été ce qu’elle est, je n’ai eu le temps de n’en lire qu’un: « Le Jourde & Naulleau, Précis de Littérature du XXIe siècle », ou le petit livre noir du roman contemporain.
Je savais à quoi je m’attaquais: les responsables de ce pamphlet parlaient sérieusement d’une « entreprise de nuisance littéraire », et j’avais vu Naulleau se heurter sévèrement à Pierre Bergé qui n’a pas du tout aimé l’ouvrage en question.

En attendant l’intervention que je devais subir, je me suis donc plongée dans ce livre controversé.
Les deux auteurs ont épinglé une série d’écrivains, copiant sur le mode dérision le fameux « Lagarde et Michard », ce manuel scolaire présentant des textes choisis et des biographies d’auteurs.

Naulleau et Joude s’attaquent à ceux dont ils n’apprécient pas la plume ou la personnalité, commentent des extraits de textes, allant jusqu’à proposer des exercices pour mieux aborder les oeuvres.
Dès les premières pages, j’ai éclaté de rire, toute seule dans la chambre.
Le premier chapitre est consacré à Marc Lévy. En trois phrases, les complices ont posé le décor et le ton, farfelu et ironique:

« En 2038, il a vendu au total 895 millions d’ouvrages, traduits en 275 langues, dont 3 langues non terrestres. Cela fait de Marc Lévy le plus grand écrivain de la littérature française, des origines à nos jours. Ce phénomène planétaire, et même interplanétaire, prouve en effet l’excellence des romans de Marc Lévy. Il n’est pas imaginable que tant de millions de gens puissent avoir un goût déplorable. »

On ne peut pas dire qu’ils « fassent dans le populaire »…
Le livre tout entier fonctionne sur le monde percutant. De Christine Angot à Philippe Labro en passant par Philippe Sollers, Anna Gavalda, Bernard-Henry Lévy, Alexandre Jardin et bien d’autres, chacun a droit à une lapidation en règle.
C’est très dur et, j’imagine, souvent injuste.
Mais les extraits choisis et traités sans complaisance (c’est le moins que l’on puisse dire!) sont vraiment des passages difficilement défendables.
Les auteurs n’aiment pas le « gloubi-boulga » littéraire, le n’importe quoi, les prétentieux se gargarisant d’eux-mêmes au fil des pages, et ils le disent.

Je n’aime toujours pas la démarche qui consiste à détruire le travail d’autrui.
Mais l’esprit de Naulleau (et de Pierre Jude), est savoureux.
Ils agacent, ils heurtent, mais ils sont surtout redoutablement intelligents, savent manier la langue française avec brio, traquer le ridicule là où il se prélasse et le pointer avec une ironie irrésistible.
Cela ne fait pas oublier une mauvaise foi tout aussi redoutable.
Piquer des passages plus que faibles dans le travail d’un écrivain ne veut pas dire que son oeuvre entière est bonne à jeter.

Bref, je trouve toujours qu’Eric Naulleau devrait nuancer ses critiques, adoucir un peu les angles, respecter davantage ceux dont il parle.
Mais j’ai aimé son livre, comme j’aime son intelligence.
En remontant de la salle d’opération, mon premier geste a été de reprendre son bouquin qui m’avait manqué en salle de réveil.

Martine Bernier

« Le Jourde & Naulleau », Ed. Mango