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Archives quotidiennes : 23 avril 2010

J’ai beau vivre depuis plus de 30 ans en Suisse et avoir la double nationalité franco-suisse, je reste encore un peu « belgienne » au fond de moi.
Et ce que j’ai vu hier au journal de France 2 m’a sidérée.
Les nationalistes flamands expliquaient tranquillement que les francophones n’ont rien à faire à Vilvorde, dans « leur » ville-à-eux-tout-seuls qu’ils ont « gagnée » à la sueur de leurs petits fronts courageux. Le très faible pourcentage de francophones qui ose encore y vivre rase les murs, ne se vante surtout pas de parler français, et ne bénéficie plus que de rares services dans sa langue natale.

Et pan, encore un gouvernement belge qui tombe dans la foulée, après à peine cinq mois de travail.
Ce qui semble faire plaisir aux nationalistes qui clament, tout contents, que la Belgique n’a plus de sens ni de raison d’être.
Il paraît que les francophones jouissent de droits linguistiques qui agacent les flamands, dans la banlieue flamande de Bruxelles, ce qui ne plaît pas du tout à ces derniers.

Lorsque j’habitais Bruxelles, les relations entre Flamands et Wallons étaient déjà assez chaudes.
Mais là…
Je me souviens de mes lamentables efforts, à l’école, pour essayer de parler néérlandais comme on me le demandait au cours.
Je n’étais franchement pas très douée. Je me rattrapais en faisant rire la classe lors des mini scènes que nous devions jouer pour nous habituer à parler en public.
Mon accent était si catastrophique que ma professeur d’alors riait aux larmes devant mes laborieuses tentatives, elle qui était pourtant réputée pour être sévère.
Comme je ne me voyais pas passer ma vie en Belgique, je me disais: « ce n’est pas si grave, ce n’est pas une langue très utile en dehors de nos frontières, je ne vexerai personne… »

De temps en temps, en ville ou à la télévision, je voyais des groupes de jeunes pas si jeunes que cela déterrer quelques pavés bruxellois et se les lancer mutuellement à la figure avec beaucoup de coeur.
Quand je demandais pourquoi ils faisaient ce genre de choses, j’apprenais que les uns visaient les flamands qui, eux, visaient les francophones.
C’était violent. Mais cela faisait partie du folklore, apparemment. Je croyais qu’ils n’étaient qu’une poignée d’allumés à jouer à ce jeu bizarre.

Entre temps, je découvrais la magie des peintres flamands, leur incroyable sens du détail, de la couleur, le rendu soyeux des tissus, la patine de ces oeuvres magiques.
Aujourd’hui comme hier, je me demande comment un peuple peut fournir des artistes aussi sensibles et brillants, et réagir de manière tellement extrême…
J’aimais la délicate beauté de Bruges, les canaux , la vivacité du personnage de Thyl Ulenspiegel.
Depuis que je suis en Suisse, j’ai tissé des liens amicaux avec des Hollandais, raffinés, qui sourient autant que riait mon professeur lorsque j’essaye de m’exprimer dans leur langue. Ils s’amusent, mais sont touchés par l’effort fourni.

L’exemple de la cohabitation, en Suisse, m’a toujours frappée.
Ici, quatre langues se côtoient: l’allemand, le français, l’italien et le romanche.
Les cultures sont très différentes, les caractères aussi.
Les uns se moquent un peu des autres, les autres se moquent un peu des uns, à travers des sketchs, des blagues à deux sous que l’on se raconte en fin de soirée.
Rien de bien méchant.
Ce sont des êtres normaux: ils ne sont pas toujours d’accord entre eux, se fâchent, s’expliquent.
Mais il ne viendrait à l’idée d’aucune de ces communautés de chasser les autres du pays.

Des Belges de ma connaissance me disaient hier qu’ils sont tristes, blessés par ce qui se passe chez eux.
Qu’ils ont honte de l’image que donne de leur pays cette désastreuse situation.
Je regarde les nouvelles qui viennent de Belgique et je ne comprends pas.
Pourquoi font-ils cela?
Peut-on vraiment désirer le chaos, la dissolution de son pays?
Je croyais que la devise de la Belgique était « L’union fait la force… »

Martine Bernier