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Archives quotidiennes : 13 mai 2010

Vous êtes-vous déjà trouvé nez à nez avec une vache, dans un lieu où elle n’est pas du tout sensée se trouver?
Moi si.
L’expérience est récente, notez.
Elle date de ce matin.
Il était 9h00 lorsque, sur sa demande expresse, j’ai sorti Pomme, sous la pluie, pour la troisième fois de la matinée.
A chaque fois, je dois interrompre mon travail.
Inutilement d’ailleurs.
Je pars donc dans un état de semi somnambulisme, très absorbée par le chapitre sur lequel je suis penchée, réfléchissant aux éléments que je veux encore y insérer.
Je n’ai pas réalisé tout de suite que quelque chose se passait.
Sur le chemin goudronné et propret menant à l’entrée du pré dans lequel paissent les vaches en ce moment, j’ai vu une vachette noire, la plus jolie du troupeau, dégustant l’herbette et les renoncules sur le talus, à l’extérieur du pré.

Tiens, une vache.
Toujours prise dans mes pensées, je n’ai pas réagi.
Mon cerveau occupé m’a lancé l’information « normal », le traître.
Ce n’est qu’en voyant l’expression de ma chienne, figée sur place et regardant le spectacle, sidérée, que je suis revenue en arrière.
Ah non.
Pas normal.
Pas normal du tout, même.
La clôture ténue qui entoure le pré avait cédé, laissant place à une large ouverture entre deux piquets.
La vachette noire, plus hardie que les autres, en avait profité pour faire le pré buissonnier, sous l’oeil intéressé de ses consoeurs massées devant le lieu du délit.
Elles semblaient tenir salon…
L’herbe est toujours plus verte ailleurs, et l’aventurière semblait avoir lu et relu les oeuvres complètes de Daudet, « Chèvre de Monsieur Seguin » en tête.

Dès qu’elles ont vu Pomme, pour laquelle elles ont une curiosité bovine teintée de sympathie, les vaches ont toutes fait mine de la rejoindre, histoire d’improviser une petite surprise-party.
Un troupeau de vaches, c’est imposant.
J’ai prudemment reculé de quelques pas, entraînant mon Mogwaï et expliquant aux génisses que ce n’était pas une bonne idée.
Je sais qu’elles sont herbivores, mais elles auraient pu faire une exception pour une Pomme.
De plus, cette dernière étant mineure, je me méfie un peu de ces ruminantes à l’air innocent.
L’herbe, elles la mangent, mais rien ne me dit qu’elles ne la fument pas en cachette.

Je suis allée à la recherche de quelqu’un capable d’atteindre l’agriculteur en charge du troupeau pour le prévenir de la fugue.
Une dame m’a dit qu’elle allait lui téléphoner, me laissant retourner vers la placide évadée.
En levant la tête, j’ai vu l’un de mes voisins sur son balcon, m’expliquant qu’il tentait de joindre lui aussi l’homme de la situation.
Ce qui a été fait dans la demi-heure qui a suivi.
La fugueuse a réintégré ses quartiers et la clôture a été réparée.

Pomme, elle, a raté sa première sauterie.

Martine Bernier