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Archives quotidiennes : 2 août 2010

Dans le monde de la peinture Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec était un personnage étonnant.
Il m’arrive de me demander si l’on n’a pas plus parlé de sa particularité physique plutôt que de son talent.

Pauvre Henri…
Il a souvent été dit qu’une infirmité a empêché ses jambes de grandir normalement, et qu’elle avait été décelée le jour de sa naissance.
Toute sa vie, dit-on, son corps a été disproportionné.
Et bien non…. il n’est pas né handicapé.
L’histoire est plus compliquée que cela.
Descendant des fiers comtes de Toulouse, Henri est né de l’union de la comtesse Adèle-Zoé Tapie de Céleyran et… de son cousin, Alphonse-Charles de Toulouse-Lautrec-Monfa.
Que de particules…. et que de consanguinité.
Un lien de parenté trop proche qui sera nocif au bébé.

L’enfant, que sa mère appelle son « petit bijou », présente une débilité osseuse, qui va compromettre sa croissance.
Son entourage s’inquiète, consulte plusieurs médecins, croit encore à une guérison.
Et le couple se sépare.
Le père d’Henri condamne son union avec son ex femme.
Il parle d’eux comme d’un couple « que l’on n’aurait jamais dû autoriser à s’unir », un couple qui a vicié le sang de l’enfant.
Monsieur Papa se désintéresse de cette progéniture peu conforme au modèle traditionnel, et Madame Mère, lassée des frasques de son mari, s’installe à Paris avec son fils.
Il fréquentera le prestigieux lycée Fontanes qui deviendra bien plus tard le lycée Condorcet.
Et il y décrochera un premier pris de latin et de grec.
Dans les marges de ses cahiers d’écolier, des croquis et des frises trahissent déjà son amour pour le dessin.
Dans ses cahiers d’esquisses, que sa mère conserve précieusement, dès 1873, il accumule les sanguines, les pastels, les aquarelles…

Henri a du talent…
Il est doué… intelligent et doué.
Mais sa santé est mauvaise et il doit interrompre ses études que sa mère assumera chez eux, avec l’aide de précepteurs.

Le 30 mai 1878 la vie du jeune homme va basculer et son destin va se sceller.
En tombant d’une chaise basse, il se casse la cuisse gauche.
Dans ses lettres, il manie l’auto-dérision, signant « Henri-patte-cassée » ou « ton cousin gracieux ».
De stations balnéaires en villes d’eau, la comtesse Adèle va accompagner son rejeton, tentera de tout faire pour lui rendre la santé.
Mais en été 1879,il tombe dans le lit d’une ravine sèche et se casse le fémur droit.

Henri de Toulouse-Lautrec restera de petite taille, puisqu’il ne dépassera pas 1,52 m.
Il boitera toute sa vie.

Petit par la taille, il deviendra un « grand » de la peinture.
Installé à Montmartre, il hante la vie nocturne, devient l’un des piliers des cabarets parisiens et particulièrement du « Mirliton », ouvert par Aristide Bruant.
Il créera des affiches, des décors (y compris pour la baraque foraine de la Goulue »), peint les artistes…
Il fréquentera les maisons closes, consacrera des albums de lithographie aux filles des cabarets.
Plus tard, il se passionnera pour le monde du cyclisme qu’il peindra avec ferveur, au vélodrome

Toute sa courte vie, Henri sera profondément affecté par sa disgrâce physique.
Une souffrance, une frustration intenables…

Son nom va s’inscrire sur la longue liste des artistes qui seront internés.
Il ne dort que quelques heures par nuit, est victime de surmenage, devient de plus en plus nerveux, sujet à des hallucinations.
Il lui arrive d’éclater en de violentes colères.
Son état devient si préoccupant que, de février-mai 1899, il sera interné dans une clinique de Neuilly où il subira une cure de désintoxication.
Pendant cette période, pour prouver qu’il a retrouvé son équilibre mental, il exécutera de mémoire, aux crayons de couleurs, une série de trente-neuf « Scènes de cirque » devenues l’ un des fleurons de son œuvre.
A sa sortie, il va alterner les séjours à Paris et les voyages à Bordeaux (1900) et Arcachon (1901).
Mais il se remet à boire et son état de santé s’aggrave.

Au mois d’août 1901, il part se reposer au château familial de Malromé, où, très affaibli, il peindra sa dernière toile : l’Amiral Viaud.
Cette œuvre restera inachevée.
Henri de Toulouse-Lautrec meurt au début du mois de septembre, à l’âge de 37 ans.

Il a enfin quitté ce corps qu’il détestait.

Martine Bernier