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Archives quotidiennes : 14 septembre 2012

Lorsque j’étais enfant, en Belgique, les bambins n’allaient pas voir le Père Noël, comme il le font en Suisse, mais St Nicolas, dans la plus pure tradition catholique.
Cédant à la tradition, mes parents nous emmenaient donc voir le saint homme trônant au milieu des magasins de jouets ou dans les lieux ludiques.
Un jour, alors que j’attendais sagement dans la file, ma main dans celle de mon père, j’ai aperçu un drôle de bonhomme derrière le saint barbu.
 J’ai fait un signe à mon père qui s’est mis à ma hauteur pour m’écouter:

– Dis, c’est qui le monsieur, à côté de St Nicolas?
– C’est le Père Fouettard.

J’en avais vaguement entendu parler.
Un infréquentable, à éviter si nous n’avions pas la conscience tranquille.
Lorsque mon tour est presque arrivé, j’ai examiné attentivement le personnage en question.
Il avait un costume un peu approximatif, qui le faisait plus ressembler à un Arlequin à la peau noir qu’à un justicier.
Il roulait de gros yeux ronds dont le blanc ressortait  sur fond de maquillage chocolat.
Saint Nicolas m’a hissée sur ses genoux, m’a posé ses traditionnelles questions, puis s’est tourné vers son accolyte:

– D’après vous, Père Fouettard, a-t-elle était sage? Parce que sinon, vous allez devoir intervenir.

Son interlocuteur agitait un martinet qui, à priori, le rendait fort peu sympathique.
Il m’a regardée et a tonné:

– A qui appartient cet enfant?

Il y a eu comme un grand silence. 
Et là, je me suis permis d’ouvrir la bouche en m’adressant au Fouettard tonitruant:

– A personne! 

Ne me demandez pas comment je peux me souvenir avec précision de la phrase en question.
L’épisode m’a simplement été répété et re répété pendant des lustres par mes parents, hilare du côté de mon père, vaguement horrifiée du côté de ma mère.

Quand mon père m’a repris la main, j’avais acquis une conviction profonde que je n’ai pas oubliée par la suite: 
Le Père Fouettard n’était pas tellement effrayant, finalement.
Mais il était loin d’avoir inventé la poudre!

A chaque fois que mon père racontait l’anecdote à ses amis devant moi, il m’adressait un clin d’oeil et ajoutait:

– Elle a eu raison!

Martine Bernier