Catégories

Catégories

Archives mensuelles : janvier 2013

220px-Emilie_du_Châtelet

Savez-vous qui était Emilie du Châtelet?
Elle est restée dans l’Histoire comme étant la maîtresse de Voltaire, qui la surnommait « Mme Pompon Newton ».
Un surnom qui soulignait deux traits de sa personnalité.
Peu gâtée par la nature, Emilie était maigre, se maquillait souvent avec exagération pour essayer de corriger ses traits qui ne la satisfaisaient pas.
Mais elle était aussi une scientifique et une féministe en avance sur son temps.
Son intelligence, sa culture et son engagement aurait dû lui valoir une réputation plus flatteuse que celle pour laquelle nous nous souvenons d’elle…
La « maîtresse » de Voltaire… un terme plutôt réducteur pour celle qui se passionnait pour la physique et les mathématiques.

L’an dernier, une découverte a apporté un nouveau crédit au savoir d’Emilie.
Des documents ayant appartenus à la marquise ont été retrouvés.
Parmi eux, des cahiers aux pages recouvertes d’équation, un essai sur l’optique, et les manuscrits de  « l’Exposition abrégée du système du monde selon les principes de Monsieur Newton ».
Les plus précieuses de ces archives ont été vendues lors d’une vente aux enchères par Christie’s, à Paris, en octobre, comme l’avait alors relevé l’hebdomadaire « L’Express ».

Emilie était une femme mariée, mère de trois enfants.
Mais son mari, militaire, brillait par son absence et a feint d’ignorer la liaison de sa femme avec Voltaire.
Elle était follement amoureuse de l’écrivain, qu’elle a sauvé de la Bastille en lui ouvrant sa demeure alors qu’il devait fuir Paris , en 1735.
Ses « Lettres philosophiques » n’avaient pas plu aux autorités…
Dans le château de sa belle, Voltaire a aménagé un théâtre, un laboratoire pour Emilie…
Et tous deux ont vécu un amour qui a duré 14 ans, brillant  et nourri d’admiration partagée.
Voltaire lui a rendu hommage constamment.
Appréciant nettement moins que, à la fin de son existence, Emilie se passionne pour les doctrines métaphysiques de Leibniz, que détestait l’écrivain.
Il s’en moquera dans « Candide »…
Dès 1748, Voltaire fera des infidélités à sa muse, en courtisant sa nièce.
De son côté, elle vivra une nouvelle idylle avec  Jean-François de Saint-Lambert, un séduit militaire, philosophe.
Le 5 septembre 1748, Emilie met au monde une petite fille.
Cinq jours après, victime d’une infection, elle meurt, entourée par son mari, Voltaire et Jean-François.

Voltaire sera brisé par le décès de celle qui aura été si chère à son coeur.
Une femme intelligente, mal assortie à son époque, qui vilipendait les moralistes disant aux hommes de réprimer leurs passions et de réprimer leurs désirs.
Pour elle, le bonheur ne s’obtenait que par des goûts et des passions satisfaites.
Une ligne de vie qu’elle a suivie jusqu’au bout.

Martine Bernier

 

En principe, je réponds par message privé aux courriers qui me sont envoyés par l’intermédiaire d’Ecriplume.
Cette fois, ils sont trop nombreux pour que je puisse le faire.
Comme la plupart portent sur le même sujet je vais donc simplement y consacré un petit texte qui, je l’espère, répondra aux questions posées.

Oui, c’est vrai, depuis bientôt trois ans, je fréquente beaucoup les hôpitaux, cliniques, salles d’opération, laboratoires et autres cabinets de médecins.
Comme beaucoup d’entre nous.
Et je peux comprendre ceux qui craignent le milieu médical ou qui appréhendent une opération.
C’était mon cas.
J’avais une sainte horreur des hôpitaux, mise en condition par la puissante odeur d’éther qui y régnait, à l’époque, et qui me révulsait.
Aujourd’hui, ce désagréable parfum a totalement disparu, et les hôpitaux me sont devenus familiers.

Je n’ai aucune envie d’évoquer ma santé dont je m’accommode.
L’expérience de l’hôpital peut, en revanche être utile à d’autres. 
Donc, pourquoi pas.

Depuis le début de mes soucis, j’ai en tête une évidence qui ne me quitte jamais: j’ai la chance formidable de vivre dans un pays où je peux être soignée dans des conditions exceptionnelles.
Ce n’est pas donné à tout le monde, malheureusement.
Une fois cette donnée bien intégrée, tout le reste est cadeau.
Au risque de me répéter, j’ai toujours pensé que les métiers de la santé figurent parmi les professions essentielles à la vie de la communauté.
J’admire celles et ceux qui les pratiquent, à tous les niveaux, et leur univers me captive.

Ma peur de l’hôpital s’est envolée dès que j’ai compris que ce n’était pas un « autre monde », mais un prolongement du monde, peuplé d’hommes et de femmes qui mettent tout en oeuvre pour nous aider.
A partir de là, j’ai décidé de réagir comme je le fais dans la vie de tous les jours.
J’aime écouter les autres me parler d’eux, de leur vie, de leurs passions, de leurs espoirs, de leurs tristesses.
Je fais la même chose lorsque je rentre dans la peau de la patiente.
Dès que l’on s’intéresse à la personne qui se trouve en fasse de nous, et que nous sortons de la position de celle ou de celui qui est là uniquement pour recevoir, la situation se rééquilibre, les liens se tissent.

Vendredi, lors de l’intervention, j’ai une nouvelle fois été impressionnée et touchée par la personnalité de celles et ceux qui m’ont entourée et soignée.
L’équipe de la salle de réveil où les patients sont préparés pour les opérations, me touche à chaque fois.
Ils savent que je suis difficile à piquer et me délèguent toujours le plus doué d’entre eux pour m’installer la perfusion dans la main droite,  toujours au même endroit, le seul qui fonctionne, en intervenant avec une douceur infinie. 
La pièce centrale de mon parcours hospitalier reste mon chirurgien, cet homme jeune, hypercompétent, qui pourrait être inaccessible, mené par un agenda surchargé, mais qui est un personnage d’une bonté marquante, qui réserve du temps pour chacun de ses patients.
Nous avons parlé pus longuement, dans la salle de réveil, et cet échange, qui va bien au-delà d’un classique dialogue médecin-malade, m’a confortée dans mon impression d’avoir beaucoup de chance.

Au cours de l’anesthésie, un médecin et une infirmière spécialisée totalement à l’écoute, m’ont offert une anesthésie « sur mesure », avec une gentillesse de tous les instants.
Une anesthésie savamment dosée qui, sans être ni une péridurale ni une anesthésie locale,  m’a permis de rester totalement consciente et de mettre en pratique la méditation « sur le vif », une auto-expérience assez fascinante.
Je revois le technicien spécialisé, qui est déjà intervenu quatre fois sur mon cas, et qui, avant de commencé l’intervention, me disait qu’il allait tout faire pour que ce soit la dernière… pour cette fois.
J’ai appris peu après qu’il y en aurait une autre très bientôt, mais je sais qu’il a tout mis en oeuvre pour que ce ne soit pas le cas.
Je repense au responsable de ce service, qui vient visiter tous ses patients dans les chambres, dans l’après-midi, prodiguant toujours les mêmes conseils répétés à l’infini, avec une chaleur bienfaisante.

Je parlais de la hiérarchie des métiers avec une infirmière, lorsqu’elle m’a répondu qu’elle pensait que chaque métier a son importance.
Un dialogue amusant s’est instauré entre nous, dans lequel j’ai embrayé avec un argument percutant:

– C’est vrai… Mais imaginons qu’un paquebot s’échoue sur une île parfaitement déserte. Avouez que votre métier sera beaucoup plus vital que le mien et que bien d’autres.
Elle a réfléchi, puis a dit:

– Je soignerais les gens blessés. Mais vous… vous écririez notre histoire pour rappeler au monde que nous avons existé.

Comment voulez-vous que je ne sois pas sous le charme de ce monde passionnant?
De retour dans la chambre, j’ai retrouvé mon Capitaine, tendre et attentif.
Devoir retourner revivre la même expérience dans moins de quinze jours ne me ravit pas, évidemment.
Mais je sais qu’elle me permettra de revenir à une situation normalisée.
Et que, là encore, je retrouverai ceux qui me permettent de guérir, et en découvrirai d’autres avec le même bonheur.

Martine Bernier

Le-Dernier-Livre-De-La-Jungle-Tome-4-Le-Retour-Livre-911320475_ML

J’ai été bercée, dans ma jeunesse, par les livres de Kipling.
Le « Livre de la Jungle » est devenu à mes yeux un ouvrage particulier.
Lu alors que je rentrais dans un  mouvement scout, puis redécouvert plus tard lorsque je lui ai découvert en deuxième lecture un sens plus profond, un message universel.

Lorsque Desberg et Reculé ont sorti le premier tome de leur série de BD « Le Dernier Livre de la Jungle », j’ai eu envie de le lire.
J’étais curieuse de voir ce qu’ils en avaient fait, sachant qu’ils précisaient qu’il était « librement adapté’ de l’oeuvre de Kipling.
Je suis rentrée immédiatement dans l’histoire.
Mowgli, devenu un vieil homme, revient sur son passé… et le voyage est captivant.

Le dernier volet de cette série en quatre tomes vient de paraître.
Il s’appelle « Le Retour », et je l’ai lu avec ravissement.
Les phrases que j’y ai trouvées m’ont suivie durant toute la journée d’hier.

Je vous les livre ici.

 

« Sais-tu à quoi les hommes sont les plus doués, Vijay?
L’art d’oublier, en y consacrant assez d’efforts, l’être humain est capable d’oublier n’importe quoi.
Il lui est possible de se convaincre qu’il n’est responsable de rien.
De tout chasser de son esprit.
Comme si c’était quelqu’un d’autre dans une autre vie, qui avait commis ses propres erreurs!
Et l’homme est si doué pour l’oubli qu’il parvient à échapper à tout état d’âme, à tout sentiment de culpabilité.
Il réussit même à se persuader qu’il ne devra jamais payer; qu’il s’en sortira sans la moindre tache.
L’homme chasse les souvenirs qui ne lui conviennent pas et tente de ne garder qu’une vie dont il puisse être plus ou moins fier.
Et il vieillit en espérant que ses semblables lui laisseront cette illusion. »

Quand je lis certaines BD je me dis que certaines n’ont plus rien d’un art mineur.

Martine Bernier

« Le dernier Livre de la jungle -Le retour », Desberg et Reculé. Le Lombard, collection Polyptique.