février 2013
L M M J V S D
« Jan   Mar »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728  

Catégories

Archives mensuelles : février 2013

the-mourners

Après une grande tournée mondiale, les merveilleux Pleurants du tombeau de Jean sans Peur sont de retour en France.
Ce n’est pas la première fois que je parle de ces statuettes sculptées entre 1430 et 1460 par Claus de Werve, Jean de la Huerta et Antoine Le Moiturier.
Actuellement, le tombeau est en restauration, au Musée des Beaux-Arts de Dijon.
L’occasion pour la procession de trente-sept Pleurants de prendre du galon en se faisant connaître.
Lorsqu’ils sont installés comme ils l’étaient à l’origine, sous les arcatures gothiques qui entourent le tombeau, ils sont difficiles à découvrir en détail, étant au ras du sol.
Or, du haut de leurs 40 cm, sont considérés comme l’un des fleurons de la sculpture médiévale, où l’expressivité de chaque personnage est un chef-d’oeuvre en soi.tombeauxcopier
Ils vont donc terminer leur périple à Paris avant de retrouver Dijon. 
Au Musée National du Moyen-age, jusqu’au 3 juin, sous le titre « Larmes d’albâtre », les Pleurants s’offrent aux yeux du public qui va pouvoir constater qu’ils sont sculptés sous toutes les faces.
Mis en scène de façon à mettre en valeur chaque détail, y compris les visages sous les capuchons, ils sont à découvrir de manière unique…
Si vous habitez Paris ou si vous avez l’occasion de les voir, ne laissez pas passer l’occasion…

Martine Bernier

 

Chaque année, notre école primaire organisait un événement très attendu de la part des élèves: la Fête du Printemps.
Nous l’appelions également la fancy-fair. 
Traduction littérale: « Doux Caprice »… mais, plus prosaïquement, fête de bienfaisance au bénéfice de l’école.
Les enfants et leurs parents étaient invités à s’essayer à différentes activités ludiques, gagnant des lots en pêchant des canards en plastique ou en renversant des boîtes de conserve.
La particularité de cette fête, propre à toutes les écoles privées ou presque?
Les « lots » principaux étaient des animaux.
Les enfants repartaient avec des sachets en plastique remplis d’eau contenant des poissons rouges, avec des cages minuscule abritant un bengali tremblant, parfois avec d’autres animaux plus inattendus encore.
J’aimais beaucoup les animaux. 
À la manière d’un enfant, comme il aime les peluches…
Mais, très tôt, j’avais déjà un cas de conscience qui affolait ma mère et plaisait à mon père:

– Papa, ne gagne pas le poisson…
– Pourquoi? 
– Parce qu’il va vivre dans un bocal toute sa vie et que c’est triste.

C’était  encore à une époque où les gens ignoraient que les animaux devaient vivre dans des conditions acceptables.
Même les poissons rouges, interdits de bocal depuis.
Ma mère aimait les oiseaux.
Mon père lui gagnait donc de nouveaux protégés colorés qui rejoignaient leurs congénères dans une cage trop petite qui ne grandissait pas en fonction du nombre de locataires.
Je regardais les petites cages en bois alignées derrière le stand, dans lesquelles les oiseaux nous fixaient de leurs petits yeux noirs.

– Pourquoi es-tu triste?
– Je me disais… et si le monde était différent? Et si des êtres beaucoup plus grands et plus forts que nous, qui ne nous comprendraient pas, qui nous prendraient pour des animaux, nous faisaient ce que nous faisons aux oiseaux et aux poissons? Nous finirions dans des cages, nous aussi.
À cela, mon père ne savait pas quoi répondre.
Et ma mère ramenait ses oiseaux à la maison en grognant contre « ces fêtes de printemps où l’on ramenait des oiseaux pour faire plaisir aux enfants ».

Un jour, en renversant la dernière boîte d’une Noce à Thomas derrière laquelle ne se trouvaient ni cages ni sachets remplis d’eau, je me suis retournée vers le professeur qui tenait le stand.
En souriant, elle m’a tendu une boîte dans laquelle quelque chose bougeait.
Un poussin.
Nous habitions en pleine ville, dans une maison sans jardin, et j’avais gagné un poussin…
Qu’allait-elle devenir cette boule de plumes que j’ai aussitôt baptisée Pouic?
– Dis, ça peut vivre dans une chambre, un poussin?
– Non, il n’y serait pas heureux… Il a besoin d’être en plein air, avec une maison pour poussins et des poules autour de lui pour lui apprendre à devenir grand.
– Mais…  comment allons-nous faire?
– Je crois que j’ai une idée.

Papa a confié Pouic à mon oncle qui possédait quelques poules installées dans un coin de jardin.
Ouf.
L’année suivant, je suis allée seule à la Fancy-Fair: mon père était absent ce jour-là et ma mère n’avait pas pu venir.
Et là, horreur totale: c’est avec un caneton que je suis rentrée.
Un vrai Saturnin, petit canard jaune absolument craquant.
Prudemment, je suis descendue à la cave où mon père avait installé une salle de bain, et où je ne me rendais jamais seule tellement j’avais peur de ces sous-sols.
J’ai laissé couler un peu d’eau dans la baignoire et, en attendant le retour de mon père, j’ai fait du caneton sitting.
La tâche était rude.
Saturnin n’avait aucune envie d’être là, et je ne savais pas m’occuper d’un canard.
Quand j’ai entendu mon père rentrer, je me suis ruée à sa rencontre et l’ai entraîné dans la cave.
En ouvrant la salle de bain où régnait un joyeux charivari, il a ouvert des yeux comme des soucoupes:

– Oh non… Tu l’as ramené de la Fête du Printemps?
– Oui…
– Écoute, là, c’est trop… nous ne pouvons pas le garder.
– Même pas avec les poules?
– Non. Il ne serait pas bien… Nous allons le ramener à l’école.

Je m’y attendais.
Main dans la main, et le canard dans sa boîte, nous sommes retournés à la fête, nous arrêtant de temps en temps pour rassurer Saturnin.
Papa est allé voir la directrice, lui a remis le canard et a eu une conversation avec elle.
Apparemment, il n’a pas été le seul à se plaindre de cette prolifération d’animaux au milieu des « lots ».
L’année suivante, les oiseaux et les poissons n’avaient pas disparu, mais les animaux de la ferme, eux, ne sont plus jamais revenus.
La fantaisie des organisatrices avait été bridée avant que les heureux gagnants n’aient à gérer une vache dans leur salon.

Martine Bernier

 

 

 

L’Express a consacré quelques lignes dans son dernier numéro, aux souris de laboratoire.
Après dix ans de travaux et des générations de souris sacrifiées, les chercheurs ont découvert que… leur système immunitaire et le nôtre ne réagissent pas de la même manière face à certaines pathologies.
C’est ballot.
L’entrefilet ajoute que « près de 150 molécules testées chez les rongeurs n’ont pas permis de faire progresser les traitements ».
Au total, une facture de milliards de dollars, pour rien, ont souligné les auteurs de l’étude publiée dans les Annales de l’Académie américaine des sciences, et menée par 39 biologistes.
Nous savons tous que, pour faire progresser la science, il faut passer par le stade expérimental.

Mais comment se fait-il que ces constatations n’aient pas été faites plus tôt?
Un beau gâchis…

Martine Bernier