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Archives quotidiennes : 15 avril 2013

Tu es partie ce matin et l’annonce de ton départ est un poids sur ma vie, une déchirure…
Ces dernières années, nos chemins ne s’étaient pas recroisés.
J’avais l’intention de te retrouver … et j’ai trop attendu.
Je croyais avoir le temps…

Le souvenir de nos heures passées à nous parler, de ton extrême sensibilité, des blessures que tu portais enfouies au fond de toi… tout m’est  revenu en bloc.
Tu avais un respect infini des autres, une classe naturelle, une intelligence fine et une empathie rare.
Mais tu portais en toi des papillons noirs parfois insupportables pour toi…
Tu étais entourée d’une famille très aimante, attentive et pleine d’humour.
Tu connaissais ta chance, tu me disais tes bonheurs, mais tu me confiais aussi ta difficulté à supporter les douleurs de la vie.
Chez toi, elles se traduisaient par des maux physiques qui te faisaient souffrir, par une angoisse lancinante…
Tu disais combien tu t’en voulais de te plaindre « pour rien », que tu te sentais coupable de le faire alors que d’autres étaient plus malheureux que toi.
Tu ne te plaignais pas pour rien… tu avais mal…
Je te disais qu’il n’y avait pas de hiérarchie dans les souffrances, qu’elles avaient toutes leur légitimité. 
Comme tous ceux qui t’aimaient, je t’écoutais, j’essayais de trouver les mots pour te réconforter.
Il y avait en toi une telle mélancolie…

Et puis un jour, ma vie a chaviré et je suis partie pour revenir plus tard, en mauvais état.
J’ai utilisé ces mois, ces années à me reconstruire doucement, toute seule dans mon coin.
Je pensais souvent à toi, mais je ne trouvais pas la force de t’appeler.
Comment allais-tu me recevoir?
Aurais-tu encore envie de me retrouver?
Je n’osais pas…

J’attendais.
Je savais simplement qu’un jour, je t’appellerais.
C’est ce que je recommençais à faire ces jours-ci: je reprenais contact avec des êtres aimés.

Et puis il y a eu ce téléphone, et l’annonce, ce matin…
Tu as choisi de partir.
Et je reste là, sous le choc.
Que s’est-il passé en toi?
Depuis, je pense à tes proches qui doivent souffrir un véritable martyre…
Je pense à toi… au désespoir qui a dû être le tien pour accomplir ce geste fatal.
Je pense à toi, je t’accompagne sur le chemin où tu avances désormais.
Et je m’en veux.

Si  je t’avais appelée, aurais-je pu te redonner l’envie de continuer?

Cette question me vrillera le coeur jusqu’à la fin de mes jours. 

 

Martine Bernier

En travaillant sur des archives de journaux, je suis tombée sur un article datant de 1976.
Il traitait du fait que, déjà à cette époque, les enfants n’avaient plus la possibilité de jouer comme autrefois, déplorant que, en ville, ils ne profitent plus de la nature et la liberté nécessaires à leur épanouissement.
Peu d’espace pour eux dans les villes, obligation de ne pas faire de bruit…
L’auteur terminait par cette phrase:
« Pourtant, nos enfants ont tout. Tout ce que nous n’avons jamais eu et qui ne nous a jamais manqué. »

J’y réfléchis depuis deux jours.
Cela m’a renvoyée des années en arrière, lorsque j’étais gamine à Anderlecht.
Pas de verdure, dans mon quartier, mais un voisin exceptionnel.
Il s’agissait d’une entreprise dont je recherche la trace sans succès.
Je ne connais plus vraiment son nom… Ivac? Yvac ou quelque chose dans le style.
On y fabriquait et vendait des fournitures scolaires aussi extraordinaires que des squelettes ou des cartes immenses.
J’en ai déjà parlé sur Ecriplume. 
De temps en temps, le week-end, lorsque l’entreprise était vide, nos voisins, qui étaient les concierges des lieux, nous conviaient chez eux.
Pendant que les adultes conversaient, nous, les enfants, menés par notre « petit voisin », filions dans l’immense hangar où se trouvaient de gigantesques échafaudages de caisses d’emballage en bois et en carton, et des tonnes de paille et de matières floconneuses.
Tandis que les garçons  s’adonnaient à leurs jeux, j’escaladais, j’explorais, je découvrais.
L’endroit me fascinait.
Il y avait moyen de s’y cacher et d’avoir une paix royale avant d’être retrouvée.

Nous ne disposions pas de nature, mais ces moments de liberté volés dans un quotidien où nous étions très surveillés font partie de mes souvenirs les plus délicieux!

Martine Bernier