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Archives mensuelles : octobre 2013

Les mots d’esprit de Woody Allen me ravissent.
Ce matin, j’ai peu de temps: le travail m’attend, assez imposant aujourd’hui.
Donc, j’ai choisi de vous confier aux bons soins de ce cher Woody.
C’aurait pu être pire, avouez-le!

– J’ai repensé à cette vieille blague: un gars va voir un psychiatre et lui dit: « Mon frère est timbré, docteur, il se prend pour une poule. » Alors le docteur lui dit: « Pourquoi ne le faites-vous pas enfermer? » Et le gars répond: « Je le ferais bien, mais j’ai besoin des oeufs. » C’est plus ou moins ainsi que je vois les relations humaines. Elles sont totalement irrationnelles, folles et absurdes, tu le sais… mais je suppose que nous continuons parce que nous avons presque tous besoin des oeufs… »
Annie Hall, 1977.

– Je ne veux pas devenir immortel grâce à mon oeuvre. Je veux le devenir en ne mourant pas.

– Un jour, quelqu’un m’a demandé si mon rêve était de continuer à vivre dans le coeur des gens. J’ai répondu que j’aimerais plutôt continuer à vivre dans mon appartement. Et c’est vraiment ce que je préfèrerais.

– Et si tout n’était illusion et que rien n’existait? Dans ce cas, j’aurais vraiment payé mon tapis beaucoup trop cher.

– Quand j’ai été kidnappé, mes parents ont réagi tout de suite. Ils ont loué ma chambre.

 

 

Je ne parle pas souvent de l’actualité sur Ecriplume.
Ce n’est pas la vocation de ce site.
Contribuer à plomber le moral général en revenant sur les tragédies quotidiennes ne me tente pas.

Parfois, pourtant, un événement se distingue  des autres.
Comme celui d’hier où quatre des otages français retenus à travers le monde ont été libérés après trois ans de détention.
Enfin…
Chaque semaine, lorsque, à la fin des journaux télévisés, les photos des otages sont diffusées avec cette phrase: « Nous ne les oublions pas », je ressens le même sentiment de tristesse et d’impuissance.
Je suis comme tout le monde, je pense: le sort de ces hommes (et parfois de ces femmes) enlevés à travers le monde m’a toujours bouleversée.  

Hier, donc, quand j’ai su que quatre d’entre eux étaient rendus à la liberté, j’ai ressenti un réel soulagement.
J’imagine leurs familles, leurs proches qui, pour la première fois hier soir, ont pu s’endormir soulagés d’un grand poids.
Je pense à ces hommes que l’on a vu  hier en état de stupeur, comme s’ils n’arrivaient pas encore à réaliser…
Et je me dis que les retrouvailles vont être fortes en émotion pour eux tous,  que la reprise du quotidien sera sans doute compliquée, comme à chaque fois qu’un otage retenu longtemps revient à la vie normale.
Se voir voler trois ans de sa vie, c’est… innommable…

Je repense à ceux qui ont vécu la même terrible aventure par le passé.
Et je pense à ceux qui sont toujours retenus, quelles que soient leur nationalité, ceux dont on ne nous parle pas.
A ceux dont on sait qu’ils sont journalistes… pas rentrés, eux non plus.

Mais hier, j’ai ressenti fortement une évidence: lorsqu’un homme est rendu à sa vie, aux siens, c’est tout son entourage et tous ceux qui se sont sentis concernés qui retrouvent un peu de sérénité en même temps que lui.
En fait… ces nouvelles sont tellement pesantes et inacceptables que nous nous sentons tous  « libérés » lorsque l’un de ces cas connaît un dénouement heureux.
Il n’est pas fréquent que l’actualité internationale nous apporte de la joie.
Cela mérite d’être salué…

Martine Bernier

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Ma grand-mère maternelle, qui occupait le rez-de-chaussée de la maison familiale, possédait une forte personnalité.
Mais elle souffrait d’un problème aux jambes qui l’empêchait de se déplacer ailleurs que dans son appartement.
Femme au caractère bien trempé, elle avait quelques  péchés mignons, dont un qui la ravissait: un penchant prononcé pour l’opérette.
Elle les connaissait toutes, n’en manquait aucune lorsqu’elles passaient à la télévision, vouait une tendresse particulière à Luis Mariano et tous ceux qui la distrayaient en chantant.
Nous étions quotidiennement avec elle, mais sa difficulté à se déplacer limitait nos activités communes.
Un jour où mon père et moi étions auprès d’elle, alors que je devais avoir 7 ou 8 ans, elle a soupiré:
– J’aurais bien aimé emmener ma petite-fille écouter une opérette. C’est dommage.
Mon père n’a pas relevé.
Mais la phrase n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd…
Sa belle-mère l’adorait et il le lui rendait  bien.
Je pense qu’il savait qu’elle souffrait de ne pas pouvoir vivre de moments privilégiés avec ses petits-enfants, en dehors de ceux que nous partagions à la maison.

Un samedi, il est venu me voir en affichant une mine de conspirateur.
– Habille-toi bien: ce soir, ta grand-mère t’emmène au spectacle!
– Mais… ?? Comment???
– Tu vas voir. Ce soir, c’est spécial. Va frapper à sa porte à 8 heures.

A l’heure dite, bien habillée et coiffée, j’ai frappé à la porte de l’appartement.
Mon père m’a ouverte la porte, vêtu d’un élégant costume.
Il a fait une petite courbette, en m’adressant un clin d’oeil:
– Mademoiselle, vous êtes attendue!

Dans sa chambre, ma grand-mère était installée dans son éternel fauteuil planté devant la télévision, à côté de son lit.
La petite table basse était dressée pour deux personnes.
Et un petit fauteuil avait été préparé à côté du premier.
Ma grand-mère portait une robe plus habillée que d’habitude, un soupçon de rouge à lèvres, ce qui était rarissime.
L’oeil pétillant, elle est entrée dans le jeu.
Mon père m’a annoncée cérémonieusement:
– Madame, votre invitée est arrivée.
– Ah, c’est bien, elle est à l’heure, nous ne manquerons pas le spectacle!
Papa a tiré le fauteuil pour que je puisse m’y asseoir, et a disparu pour revenir avec un plateau rempli de mini-sandwichs fourrés.
Ma grand-mère a eu droit à une petite bouteille de stout, qu’elle adorait, tandis que je recevais une orangeade.
Puis, il a allumé la télévision en annonçant:
– Cela va commencer. Si Mademoiselle le veut bien, je viendrai la rechercher dans deux heures pour la raccompagner. Il n’est pas prudent de traîner en ville seule la nuit!

Je riais encore tandis qu’il quittait la pièce pour remonter quatre à quatre faire son rapport à ma mère.
En fait de « traîner en ville », il fallait seulement monter deux volées d’escaliers pour retrouver le cocon familial!
Restées seules, nous nous sommes concentrées sur l’écran.
Ma grand-mère a dit:
– Ce soir, je t’emmène au théâtre. Nous allons voir « Les cloches de Corneville ».

Et le spectacle a commencé.
Une opérette en noir et blanc, à la musique sautillante, des voix de femmes haut perchées, des ténors, des fleurs partout…. et ma grand-mère qui fredonnait joyeusement les grands airs qu’elle connaissait par coeur.
Pour moi qui ne la connaissait que très sérieuse et plutôt sévère, c’était plus que surprenant.
Je n’ai pas vraiment vu le temps passer.
Le décor grisâtre et un peu triste de la chambre disparaissait pour laisser la place aux ors et aux rouges du théâtre tel que je l’imaginais et qu’elle me le décrivait.
Nous avions réellement l’impression d’y être.
Pendant  les entractes, nous avons mangé nos sandwichs en échangeant nos impressions.
L’histoire était compliquée pour une petite fille. 
Elle m’expliquait ce que je n’avais pas compris, à sa façon un peu rude.
Lorsque le rideau est tombé, nous avons applaudi « parce que les artistes le méritent », disait-elle.
Puis on a frappé à la porte.
Ma grand-mère a crié à mon père d’entrer et celui-ci est arrivé, toujours en costume:
– Le spectacle vous a plu?
Nous étions enthousiastes, toutes les deux, lui chantant de concert le « ding-e-ding-ding-e, ding-e, ding-e don, sonne sonne sonne, joli carillon… »

J’ai embrassé ma grand-mère et nous l’avons laissée pour la nuit.
En me conduisant à ma chambre, papa m’a dit:
– Tu vois, pas besoin de sortir vraiment pour rêver! Tu as fait un beau cadeau à ta grand-mère, ce soir.

Je n’ai pas compris pourquoi il me disait cela: j’avais adoré « sortir » avec elle!

Martine Bernier