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Archives mensuelles : novembre 2013

Ce matin, je n’ai pas eu besoin de regarder par la fenêtre pour réaliser qu’il avait neigé.
Sans avoir allumé, l’appartement était baigné dans une lumière blanche et rose, provenant de l’extérieur.
Un coup d’oeil dehors a confirmé mes impressions: tout était blanc.
Les quelques flocons de la semaine dernières, qui avaient eu la bonne idée de fondre en quelques heures ne comptent pas.
Même si les montagnes sont déjà en hiver depuis quelques jours déjà, la plaine, elle, avait été épargnée jusqu’ici.
C’est terminé: cette neige-ci me donne l’impression de vouloir tenir.

Pomme, mon bichon havanais, a horreur de se mouiller les pattes.
La neige représente pour elle un élément étrange, à la fois rigolo et désagréable, selon son humeur.
A chaque changement de climat, il lui faut longtemps pour se réhabituer, pour prendre ses marques, pour se sentir à l’aise.
J’avais donc quelques craintes en sortant ce matin.
J’avais raison.
Elle a pris un air dégoûté, acceptant seulement de se livrer à une minutieuse inspection des lieux.
Il ne restait qu’un seul coin d’herbe a peu près épargné, sous un gigantesque sapin.
Elle a couru s’y réfugier, reniflant tout avec prudence, levant les pattes très haut à chaque pas.
Puis elle m’a lancé un regard pitoyable.
Pomme a des habitudes de chat.
Si elle joue partout, elle ne se soulage que dans certains endroits bien précis.
Ses « lieux de commodités » à elle que je m’applique à laisser impeccables après chacun de ses passages.
Hors, là, ses « toilettes » étaient recouvertes de neige.
Le regard que me lançait ma bichonne était clair: « Retire ce truc blanc, enfin! »

Comme j’ai aussi peu de sympathie qu’elle pour la neige, il m’a fallu du courage pour m’exécuter.
Pendant plusieurs minutes, j’ai dégagé la neige là où je savais qu’elle voulait aller, tandis qu’elle me regardait, sous son sapin, à l’abri des flocons qui continuaient à tomber drus.
Puis je suis allée me remettre à l’abri, sous l’avant-toit.
Avec un luxe de précautions impressionnant, sous mes encouragements, elle a consenti à se rendre là où je voulais qu’elle aille.
Elle a tout exploré, examiné, reniflé, gratouillé… avant de retourner sous le sapin pour se soulager discrètement dans un petit coin.
Puis je l’ai vue passer comme une bombe devant moi, filant sur le perron et me regardant avec un reproche au fond de l’oeil:
– Alors, tu l’ouvres cette porte, bourreau de Mogwaï?!

Je l’ai suivie et elle a grimpé les escaliers comme une flèche.
Arrivée dans l’appartement, elle m’a fait part de son dégoût devant l’état de ses pattes.
J’ai vérifié: aucune boulette de neige, juste un peu d’humidité.
Mais Pomme n’en démordait pas: pour elle, il y avait un problème.
Et dans ce cas, il faut agir.
En désespoir de cause, je me suis rendue dans la salle de bain et je l’ai appelée.
Elle est arrivée en courant et contrairement à ses habitudes, a sauté dans la douche sans se faire prier.
J’ai nettoyé ses pattes à l’eau tiède, les ai séchées et elle est repartie s’installer dans son panier pour une sieste bien méritée.

J’ai comme l’impression que l’hiver va être long.

Martine Bernier

 

 

 

 

En venant me retrouver, mon Capitaine m’a annoncé:
– Et voilà, j’ai rentré le laurier, je me suis occupé des plantes et des bulbes: tout est prêt pour l’an prochain!
– Pour moi, l’hiver commence lorsque tu retires les fleurs du balcon…
– J’en remettrai au printemps!
– Oui! Je suis impatiente… parce que cette année, je n’ai pas vraiment profité des fleurs.

Il m’a lancé un regard interloqué.
Il faut avouer que les jardins suspendus ont été particulièrement fleuris cette année et que ma remarque pouvait surprendre.
Et pourtant, je ne mentais pas: de mon bureau, je ne les voyais pas ou presque pas.
– Tu ne les voyais pas?!
– Non… elles étaient cachées pas les tomates. Hum, je ne pensais jamais dire une chose de ce genre!

Nous avons éclaté de rire, tous les deux.
Il faut avouer que Celui qui m’accompagne est le roi de la tomate , qu’il fait pousser sur la terrasse.
Cette année, il en a mis plusieurs pieds.
Plus que d’habitude.
Visiblement ravis de bénéficier de soins aussi attentifs, ils ont poussé, poussé, poussé jusqu’à créer un rideau opaque de verdure sur les deux tiers du balcon.
En contrepartie, ils nous ont comblé: la récolte a été très abondante jusqu’au début du mois de novembre.
Les tomates du Capitaine sont célèbres, dans la famille.
De vraies tomates parfumées et goûteuses, comme on en trouve dans les jardins et qu’il distribue à ceux qui en veulent.

Pour moi, ces tomates sont le fruit totem de de Celui qui m’accompagne.
Elles sont symboliques de ce qu’il est, généreux et convivial, bon vivant.

Ce matin, depuis mon bureau, les plants de tomates ont disparu eux aussi du paysage.
Je vois les derniers végétaux qui restent sur le balcon, et qui vont être protégés pour l’hiver.
Je vois même à nouveau la rue, les pelouses recouvertes d’une pellicule de gel, les arbres sans feuilles.
Nous sommes entrés dans la saison  en gris et blanc…

Martine Bernier

Allez comprendre pourquoi, chaque année, c’est la même chose: les semaines avant Noël sont surchargées.
Tout le monde veut agender les rendez-vous, les assemblées, les soirées qui n’ont pas pour être programmés auparavant.
Comme s’il fallait faire table rase de tout avant de terminer l’année.
Pourtant, nous savons tous très bien qu’il est difficile de boucler tous les dossiers, de prendre toutes les décisions avec comme seul impératif une question de date.
Mais c’est ainsi…
Incorrigibles.
Parallèlement, il y a la frénésie qui gagne les consommateurs dans les magasins.
Bien décidés à l’éviter au maximum, mon Capitaine et moi avons décidé d’anticiper.
Nous nous sommes réservé un jour pour les cadeaux de Noël.
Et ce jour était hier.
N’oublier personne, choisir des cadeaux qui feront plaisir, du moins je l’espère, ne pas céder à la facilité en ne filant pas vers les classiques attendus pour les enfants…
Tout cela prend du temps et dévore de l’énergie.
En fin de journée, totalement laminés, nous nous sommes retrouvés avec Pomme au pied des quatre étages sans ascenseur qui nous mènent vers mon fils cadet, Jee notre Fleur d’Asie, petit Kim et Bébé Nawee.
Dernier effort…
Arrivés en haut, dans la quiétude de l’appartement de la petite famille, Nawee dans mes bras et Kim à côté de moi, nous sommes revenus sur notre journée.

– Vous avez fait beaucoup de courses?
– Oui… et nous avons été dans tous les magasins que Kim aime!

Je les avais appelés le matin pour leur demander si notre visite ne les dérangeraient pas, et c’est Kim qui m’avait répondu.
En prononçant ma phrase j’ai vu Kim changer d’expression:
– Mais! Pourquoi est-ce que vous n’êtes pas venus me chercher?
– Heu… parce que tu ne m’as pas dit que tu avais envie de venir!

Je m’empêtrais.
Comment lui expliquer que je voulais lui offrir des cadeaux qu’il n’aurait pas forcément aimé me voir choisir alors que les autres, grands classiques auxquels aucun enfant ne résiste, adressait des messages racoleurs aux familles.
En temps normal, pour son anniversaire, nous l’emmenons et nous le laissons choisir.
Cette fois, j’ai envie de l’ouvrir un peu plus encore à l’univers des livres et des jeux « intelligents ».
D’après mon fils, ce n’est pas gagné!
Et Kim ne s’avouait pas vaincu:

– Mais… je croyais que vous alliez acheter de la nourriture!
– Ecoute, de toute façon, c’était spécial cette fois… Tu verras, tu auras la surprise.

Notre petit bonhomme ne sera pas présent à Noël qu’il passera cette année chez son papa.
Il le sait, mais sait aussi que Nouvel An fera office de deuxième Noël au cours duquel il aura droit au scénario qu’il semble apprécier d’année en année.
Tandis que je me dis que dès que nous en aurons l’occasion, nous l’emmènerons dans des librairies pour lui en donner le goût, il file dans sa chambre et me montre une grosse  pile de cartes à jouer et à collectionner, comme les enfants les adorent.
Dessus: des monstres.
– Tu fais une partie avec moi?
Tanawee, qui s’est endormi dans mes bras, me permet d’échapper à la confrontation des monstres.
Kim file vers mon Capitaine qui se prête de bonne grâce au jeu.
Au bout de cinq minutes, Jee constate, hilare, que son fils n’a plus que deux cartes en main tandis que Celui qui m’accompagne a remporté le reste.
L’air innocent, il a réussi à manipuler le jeu de telle façon que son petit adversaire n’a absolument pas vu qu’il était roulé dans la farine.
– Ne t’en fais pas Kim, lorsque nous fêterons Noël avec toi, j’apporterai des jeux où personne ne peut tricher!
Et mon Capitaine de protester: « mais je n’ai pas triché! »

La journée a été épuisante.
Mais là-haut, perchés dans l’appartement du 4e, la frénésie d’avant-Noël me semble bien loin…

Martine Bernier