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Archives mensuelles : janvier 2014

Depuis quelque temps,  j’ai changé le mode de récompense de Pomme, ma demoiselle bichon havanais.
Jusqu’ici, dès qu’elle s’était bien comportée, je lui offrais une friandise qu’elle allait déguster dans son panier.
En revenant de promenade, avec un toilettage ou une douche, elle filait se placer devant le « placard de Pomme » et attendait.

Un matin, je me suis dit que nous allions rendre la chose plus ludique.
Plutôt que de lui donner directement sa récompense, j’ai décidé d’en cacher de minuscules dans la maison.
Et si possible dans des endroits qui lui demandent un petit effort physique et un soupçon de débrouillardise.
J’ai commencé par en déposer deux sur les premiers rayonnages de deux des bibliothèques de mon bureau.
Mon Mogwaï, pour repérer son trésor et le prendre, doit se hisser sur ses pattes arrières.

Lorsque j’ai expliqué ce nouveau jeu à mon Capitaine, il a trouvé l’idée excellente.
S’emparant du paquet de mini friandises il a élargi l’activité en disséminant ces irrésistibles rondelles sur plusieurs bibliothèques, dans différentes pièces.
En conséquence, les rations de nourriture sont diminuées au profit de ces nouveaux apports caloriques gagnés au prix d’un effort qui semble plaire à Pomme.
Pour elle a commencé un joyeux jeu de piste à travers la maison.
Avec moi, elle sait que je ne la récompense que lorsqu’elle l’a mérité.
Mais elle connaît suffisamment bien Celui qui m’accompagne pour savoir qu’il ne fonctionne pas de la même façon.
Dès qu’il est là, elle sait que tout est possible!

Hier soir, alors que nous étions seules, je l’ai vue se lever de son panier prise par une illumination soudaine.
Elle a consciencieusement fouillé chaque bibliothèque.
Dans un coin, elle a trouvé l’un de ses jouets caché par mon Capitaine à son intention.
Et plus loin, ô miracle, elle a déniché une friandise oubliée.
Debout sur ses pattes arrières, elle l’a dégustée en self service avant de terminer sa tournée par une dernière incursion du côté du fauteuil du chef.
Elle n’y monte jamais lorsqu’il est absent.
Cette fois, d’un bond, elle y est monté, a inspecté la bibliothèque devant laquelle il se trouve, et est redescendue pour venir se coucher à côté de moi.
Elle m’a lancé l’un de ces longs regards accrochés au mien, qui semblent me sonder.
En lui ébouriffant la tête, je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire:
– Honte à toi! Tu es en train de devenir bassement matérialiste.

Je ne sais pas si c’est l’indifférence ou le poids de la honte mais… elle a fermé les yeux et a fait semblant de dormir.

Martine Bernier

 

Pierre-Niney-et-Guillaume-Gallienne-dans-Yves-Saint-Laurent

J’attendais avec impatience la sortie du film « Yves Saint-Laurent »…
Et je n’étais visiblement pas la seule: hier soir, la salle était très remplie.

A la sortie, les commentaires allaient bon train.
Je les ai écoutés d’une oreille, en passant, relevant les réflexions positives comme les négatives.
Pour ma part j’ai été subjuguée par la prestation des deux acteurs principaux.
Dans le rôle du grand couturier, Pierre Niney est impressionnant par son jeu et sa ressemblance troublante avec YSL.
Il colle tellement au personnage qu’il en a adopté la diction, la manière de parler.
La fragilité et l’extrême sensibilité d’Yves Saint-Laurent, sa complexité, ses démons, sa timidité et sa démesure, ses frasques et  ses dérives…. l’acteur endosse son rôle avec une justesse fascinante.
A ses côtés, Guillaume Gallienne, qui incarne Pierre Berger, son compagnon et partenaire en affaires, aurait pu être éclipsé par la prestation de son complice.
Ce n’est pas le cas, et de loin.
Il livre ici une prestation d’une finesse exceptionnelle, à travers un personnage dénué de toute préciosité ou d’un quelconque maniérisme.
Ces deux comédiens ont en commun une manière subtile et sensible de jouer, qui les rend irrésistibles.

Quant au film en lui-même, réalisé par Jalil Lespert, il suit une trame au cours de laquelle Pierre raconte Yves.
Il ne faut évidemment pas oublier que le film a reçu le blanc-seing du compagnon du couturier…
Compagnon qui a dit avoir aimé le film, même s’il comportait des inexactitudes.
J’ai aimé reconnaître, au fil des scènes, tout le bottin mondain de l’époque: Karl Lagerfeld, Christian Dior, Jean Cocteau, Zizi Jeanmaire, Andy Warhol, Bernard Buffet…
Mais certaines choses m’ont surprise.
Le film est réussi et  certainement pas décevant.
Mais il est court (1h40), ce qui est assez inattendu pour un tel sujet.
Même si rien n’a été oublié, du parcours professionnel à la vie privée en passant par les excès en tout genre, on aurait aimé en savoir plus, encore plus.
Pas plus sur la descente aux enfers au cours de laquelle YSL est devenu l’ombre de lui-même à force de céder aux sirènes de la drogue, l’alcool et le sexe, non.
Mais davantage sur le parcours professionnel et artistique, sur les dessous de la création.
A ce propos, le dernier défilé présenté dans le film est un enchantement…  

Il ne reste plus qu’à attendre la sortie, au mois de mai, de l’autre film consacré à Yves Saint-Laurent.
On le sait: il n’a pas reçu la bénédiction de Pierre Bergé.
Mais cela lui apportera peut-être une approche différente, complémentaire.
 
Martine Bernier

 

 

eperonsorIls nous accompagnent pendant toutes nos études.
Certains nous laissent des souvenirs enchantés, d’autres nous font grincer des dents.
Qui?
Nos manuels scolaires, évidemment…
J’étais en primaire lorsque j’ai reçu mon premier livre d’Histoire, comme tous les enfants scolarisés.
Il était rempli d’images, de plans et de photos.
L’une de ces images m’a attirée et fascinée à tel point qu’aujourd’hui encore, elle dort quelque part au creux de ma mémoire.

Elle représentait deux chevaliers porteurs de heaumes et de cottes de mailles, qui, perchés sur leurs fiers destriers,  se battaient à l’épée.
Je ne l’ai jamais revue depuis, mais elle marquait un événement important de l’Histoire de la Belgique.
Ce dessin nous faisait découvrir la célèbre « Bataille des Eperons d’Or ».
Elle a eu lieu le 11 juillet 1302, près de la forteresse de  Courtrai, mettant en présence l’armée féodale du roi Philippe le Bel et les milices  communales de Flandres.
A la tête de l’armée française: Robert II d’Artois, menant ses chevaliers en  nombre nettement plus important que les Flamands.
A priori, ils auraient dû gagner.
Mais non.
Les chevaliers français  étaient tellement pressés de se battre et de régler leur compte à leurs adversaires qu’ils ont bousculé et renversé dans leur empressement leurs propres fantassins, alors appelés « les piétons ».
Lançant leurs chevaux au galop vers l’ennemi, ils sont tombés dans les fossés préparés par les Flamands pour s’abriter.
Le résultat a été désastreux.
L’armée française a été dévastée et Robert d’Artois a lui aussi  perdu la vie dans la bataille.

Cette terrible histoire était donc illustrée de manière romantique dans mon livre, par ces chevaliers en plein effort.
Tous deux portaient des éperons.
A la fin du combat, les Flamands ont ramassé dans la boue du champ de bataille les éperons d’or portés par les chevaliers.
Ces ornements ont ensuite orné l’église de Notre-Dame de Courtrai.

En Belgique, certains pensent que cette page d’histoire a été la première manifestation de l’unité belge, car les francophones du comté de Namur avaient alors combattu au côté des Flamands.
Le site Hérodote.net en parle, expliquant que c’est l’historien belge Henri Pirenne qui avait soulevé cette particularité.
D’autres estiment que cette opinion est purement idéologique
C’est dire si nos manuels estimaient importants de nous parler de cette bataille dont le nom porte à tort un parfum plus romantique que sanglant.
Expliquant également que, deux ans plus tard, Philippe Le Bel avait lavé son honneur en obtenant une revanche éclatante lors de la bataille de Mons-en-Pévèle.
Il n’a alors pas hésité à se battre au côté de ses troupes.
Au terme d’une brillante victoire, il avait récupéré les éperons d’or et les avaient déposés dans une église dijonnaise.
Non mais!

Martine Bernier