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Archives quotidiennes : 16 mai 2014

Connaissez-vous l’histoire des Oubliés de l’île de St Paul?
Quand je l’ai entendue, je suis restée sans voix…

Elle débute en octobre 1929, lorsque la société La Langouste Française, appartenant aux frères Bossières, armateurs du Havre,  dépose une trentaine d’Européens sur une île de l’Océan Indien.
Il s’agissait de l’île St Paul,  et les nouveaux venus avaient été engagés pour réaliser une campagne de pêche à la langouste, la deuxième organisée par la société,  de novembre à mars.
Tout se déroule normalement, et, à la fin de la saison, un navire, « L’Austral »  vint les chercher pour les ramener en France.

Seules restaient sur l’île sept personnes pour assurer la garde et la maintenance du matériel.
Six hommes et une femme enceinte se sont donc préparés à vivre sur place leur premier hiver austral étant entendu que l’administrateur de la société avait garanti qu’il leur enverrait un bateau ravitailleur dans les deux ou trois mois qui suivraient le départ de « l’Austral. »

Mais le temps passa… et aucun navire ne revint.
L’île n’a rien de paradisiaque: elle n’est qu’un bout de caillou volcanique manquant de points d’eau.
La solitude y était totale.

Fin mars, Louise Brunou accoucha d’une petite fille appelée Paule.
Elle ne survécut que deux mois.
Contraint de se nourrir de conserves de boeuf en gelée dont la plupart étaient avariée, les habitants de l’île commencèrent à présenter des signes de scorbut.
Quand enfin un bateau accosta sur l’île en décembre 1930, il ne restait plus que trois survivants: la femme et deux hommes.

En rentrant en France, les rescapés et leurs familles déposèrent plainte, en 1931.
Un procès fut intenté, qui dura jusqu’en 1937.

En France, l’histoire fit scandale.
Imaginer ces sept personnes désespérées vivant dans une solitude totale sur une bande de terre au milieu de l’océan et mourant les uns après les autres, oubliés par leur employeur, scandalise l’opinion publique.
D’autant que l’horreur ne s’est pas arrêtée là: la campagne de pêche suivante organisée au même endroit fut endeuillée par une épidémie de béribéri en mars 1931.
Quarante-quatre pêcheurs Malgaches y perdront la vie tandis que les fermiers installés non loin aux Kerguelen étaient eux aussi victimes du scorbut.
Les frères Bossière sortiront déshonorés et ruinés de l’aventure.

Martine Bernier