Le jour de l’inoubliable…

Par choix, je n’aborde que très exceptionnellement des sujets d’actualité sur Ecriplume.
Aujourd’hui, cependant, il m’est impossible de ne pas parler de l’anniversaire qui se fêtera aujourd’hui en Normandie.
Le 70e anniversaire du Débarquement.

Au cours de ces dernières semaines, j’ai regardé plusieurs reportages sur le sujet.
Les témoignages des derniers survivants ayant débarqué sur les plages de Normandie, les initiatives prises par les écoles, par les habitants, par les autorités…
Plusieurs fois, en regardant les jeunes d’aujourd’hui écouter religieusement ceux qui avaient 20 ans lorsqu’ils ont débarqué, j’ai pleuré.
C’est ainsi, tout cela me bouleverse.
En Normandie, les tombes des soldats tombés au combat, qu’ils soient Américains ou Allemands, m’avaient déchiré le coeur.
Toutes ou presque portaient des dates révélatrices: ce sont de adolescents qui dorment là, des jeunes qui avaient  entre 16 et 25 ans.
Autant de destins brisés en plein vol.
Les populations sacrifiées lors des bombardements alliés ou tombées sous les balles ennemies, les soldats tués, les Résistants torturés et exécutés, la déportation des Juifs: la guerre est l’image même de l’horreur…
J’écoutais hier midi François Hollande s’exprimer, soulignant l’importance de ce jour, et parlant des enjeux du ballet diplomatique qu’il s’apprêtait à aborder.
Nous avons entendu des dizaines de fois ces derniers jours la petite phrase: « Pour que cela ne se reproduise jamais… »
Alors que tout le monde sait que ces populations sont toujours victimes de la violence et de la folie dans plusieurs endroits du monde.
Il y aura toujours des hommes dévorés par l’ambition de pouvoir…
Il est fragile, l’équilibre de notre monde…

Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère maternelle ne passait pas une semaine sans laisser éclater la colère qu’elle gardait intacte à propos des « Boches », comme elle les appelait.
Durant la guerre, son fils lui avait été arraché et avait été fait prisonnier.
Ce traumatisme, ce désespoir l’ont poursuivie toute sa vie.
Mon oncle est rentré un jour.
L’une de ses cousines, qui est très âgée aujourd’hui, m’écrivait l’an dernier qu’il avait toujours été son cousin favori.
Il était doux, gentil, joyeux.
Mais à son retour de la guerre, il avait dans la mémoire le souvenir de ce qu’il avait vécu.
Il n’en parlait pas, ou du moins pas à nous.
Mais il s’était assombri, avait perdu son insouciance.

Mon père, lui, me parlait souvent de Raymond, son ami Résistant dont j’ai déjà parlé ici.
Il avait à peine 20 ans quand il s’est tiré une balle dans la tête alors que les Allemands s’apprêtaient à l’arrêter.
Il ne voulait pas risquer de trahir ses compagnons.
Mon père a gardé ce chagrin en lui toute sa vie, allant jusqu’à donner le prénom de son ami à son premier fils.

Cette génération qui a vécu la guerre a été sacrifiée.
Les  hommes sont partis se battre, les femmes se sont battues à leur côté ou en restant chez elles, pour élever leurs enfants dans un quotidien difficile.

Je fais partie de ceux qui vouent une reconnaissance éternelle à tous ceux qui ont été des héros discrets et anonymes.
Cette semaine, j’ai été heureuse de voir qu’enfin, la Légion d’Honneur a été remise à ces combattants survivants.
Il était temps… et au moins, celles-ci sont justifiées par des actes remarquables.

Je vais enregistrer la commémoration  de ce jour, pour la regarder ensuite avec mon Capitaine.

Martine Bernier 

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