Kim l’enchanteur…

Avant que je ne connaisse Kim, le premier enfant de notre Fleur d’Asie, je me faisais du souci.
Quel enfant allais-je avoir devant moi?
Je n’imaginais pas que nous arrivions à l’orée d’une relation très particulière…

Comme nous l’avions décidé voici quelques mois, nous nous arrangeons, mon Capitaine et moi, pour lui réserver une après-midi chaque mois, consacrée au cinéma ou à une exposition.
Je ne manquerais ce moment pour rien au monde.
D’autant que cette fois, nous ne nous étions pas revus depuis plus d’un mois.
Ce qui est trrrrrrèèèèèès long!
Cette semaine, l’affiche était maigrelette.
Nous avons donc opté pour « Opération Casse-Noisette », un dessin animé finalement assez sautillant.

En sortant du cinéma, nous devisions sur les prochains films, présentés en bandes-annonce, discutant sur ce qui nous avait le plus interpellé.
À chaque fois que la séance est terminée, Kim me pose la même question:
– Tu ne vas pas partir tout de suite? Tu restes un peu à la maison? On va faire des courses avant?

Il aime prolonger l’instant et moi aussi…
Dans la voiture, alors que nous roulions vers Evian où nous allions passer quelques heures en famille, sa petite voix a résonné dans mon dos:
– Martine?
– Oui?
– Je voudrais te demander…
– Oui?
– Quand tu es arrivée en Suisse et que ton papa et ta maman étaient morts, comment est-ce que tu as trouvé une maison?

J’ai échangé un regard avec mon Capitaine.
Quelques semaines auparavant, Kim m’avait posé des questions et je lui avais répondu.
Il savait désormais que j’avais perdu mes parents très tôt.
Alors que je pensais qu’il n’y pensait plus, sa question me faisait réaliser qu’il y pensait.
Et… cela m’a bouleversée.
Par définition, les enfants s’intéressent modérément à ce genre de choses.
Les souvenirs des « grands » sont assez barbants!
Et là…
Je n’arrive pas à réaliser que découvrir mon histoire intéresse Kim qui y semble sensible.

– Ma maman vivait encore quand je suis partie. Elle est morte l’année suivante. J’ai d’abord travaillé dans un endroit où j’ai pu loger sur place.
– Mais… pourquoi tu es partie puisque ta maman vivait encore?

Mince…
Il avait saisi la faille, ma douleur…
Je lui ai répondu sans travestir la vérité, en choisissant mes mots.
Je n’avais pas d’autre choix que de m’évader et de construire ma vie seule.
J’ai ajouté que ce que j’ai vécu ne lui arrivera jamais: il est très entouré, très aimé, et ne connaîtra pas la solitude, l’obligation de fuir.
Tous les adultes qui l’entourent sont comme moi attentifs à son bonheur, à son bien-être…
Notre conversation a continué sur ce ton.
Il était incroyablement impliqué.
Puis, parlant de son absence durant ce mois d’août où il est parti en vacances chez son papa, je lui ai expliqué que lorsqu’il est absent, il nous manque à tous, énormément, et que nous sommes très heureux quand il revient.
Il m’a expliqué ce que lui-même ressent quand il est séparé de sa maman et de mon fils.
Des phrases simples, mais fortes.
Et j’ai eu droit à cette phrase:
– C’est comme quand tu ne viens pas… tu me manques.

Il n’a pas vu que j’avais les larmes aux yeux…
Lorsque nous sommes rentrés chez lui, son petit frère, notre feu-follet rieur arpentait la maison en tous sens dans son youpala perfectionné tandis que sa maman nous présentait l’une de ses amies et sa petite fille.
Kim s’est installé à côté de moi dans le canapé et m’a montré un « jeu de dragons » avec lequel il joue sur sa tablette.
Cette fois, je lui ai promis de l’installer en rentrant.
Nous sommes restés plus longtemps que d’habitude.
En partant, je l’ai pris dans mes bras et je lui ai murmuré:
– Toi… je suis très heureuse de t’avoir retrouvé!
Il m’a embrassée.

Dans la voiture, nous parlions avec mon Capitaine de cette famille qui nous rend si heureux, de nos enfants et petits-enfants qui vivent tous des moments de vie très importants.
Parlant de Kim, je lui ai dit:
– C’est inexplicable… il n’est pas de mon sang, mais il a dans ma vie une importance unique. Même si j’ai vingt petits-enfants, Kim restera toujours le premier. Le jour où je l’ai rencontré compte parmi les plus importants de ma vie.
Et mon Capitaine, qui assiste à ce que je vis avec Kim, m’a répondu, lui qui a plutôt tendance à se taire sur ce genre de sujet:
– Oui… c’est une adoption d’amour…

J’ai eu Kim au téléphone deux fois depuis notre sortie.
Des conversations longues, douces, légères et parfois très fortes.
J’assiste à l’éclosion d’un bel humain…

Martine Bernier

par

2 réflexions sur “Kim l’enchanteur…”

  1. SPIEWAK, Philippe, LA GRIBOUILLETTE POLIGNY copaion à ton capitaine d'ailleurs faut lui donner le bonjour, également ami avec les trois J

    J’aime bien, c’est très touchant et très bien retranscrit comme émotion !

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