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Lorsque je vivais à Leysin, station des Alpes vaudoises, j’avais beaucoup de sympathie et de respect pour un couple que j’ai regardé vivre durant des années en filigrane de ma propre existence: Monsieur et Madame Bolléa
Il était impossible de ne pas les apprécier.
L’an passé, bien des années plus tard, j’ai voulu leur rendre hommage en consacrant un article à Monsieur Bolléa et à ce qui est l’oeuvre de sa vie: la construction d’un observatoire astronomique dans son jardin.
Il l’a réalisé seul, à l’âge de la retraite.
Cette histoire est belle, j’avais envie de vous la faire partager.
Cet article est passé dans le magazine Générations Plus.

Il y a quelques jours, Monsieur Bolléa m’a demandé de passer le voir.
Il avait besoin de ma plume.
J’ai bousculé mon agenda et nous sommes montés, mon Capitaine et moi.
Aujourd’hui, il a des soucis de santé handicapants qui l’empêchent de retourner dans son observatoire, mais il a gardé son enthousiasme, son humour, cette lumière au fond du regard et continue à réaliser des documentaires sur les sujets qui le passionnent.
Quant à son épouse, elle reste fidèle à elle même: belle, douce, distinguée, d’une gentillesse exquise, entourant son mari de mille soins.
Ce lundi, il nous a dit: « Dans 100 jours, nous fêterons notre soixantième anniversaire de mariage. J’ai dit à ma pneumologue: vous faites ce que vous voulez, mais vous me maintenez en vie jusque-là! »
Et son épouse, souriante, a renchéri en expliquant qu’ils prennent chaque jour qu’ils vivent ensemble  comme un cadeau.
C’est donc une très belle histoire que je vous propose ce matin.
Celle d’un couple magnifique, de deux beaux êtres humains qui m’ont servi d’exemple lorsque j’avais 20 ans et plus…

Martine Bernier

GILBERT BOLLEA

 

LES PIEDS SUR TERRE, LA TETE DANS LES ETOILES

 

A Leysin (VD), Gilbert Bolléa a attendu l’heure de la retraite pour construire le rêve de sa vie: un observatoire astronomique. Depuis, l’endroit est devenu un site de rencontre intergénérationnel pour les amoureux des étoiles.

 

Enorme œuf à la coque couleur rouille foncé ou vaisseau spatial à la Jules Verne échoué sur Terre?
L’étrange bâtisse plantée dans le jardin de la maison de Gilbert et Graziella Bolléa, sur la colline du Corbelet, à Leysin (VD), a de quoi surprendre.
Loin de tout cela, il s’agit simplement du rêve d’un homme: un observatoire astronomique conçu et créé par le maître des lieux lorsqu’il a atteint l’âge de la retraite, en 1996.
« L’astronomie me passionne depuis toujours. Je prévoyais de construire mon observatoire une fois arrivé à la retraite et d’y passer ensuite tout mon temps à observer les planètes, les étoiles, les galaxies… Tout a commencé lorsque, enfant, j’ai lu le « Larousse des étoiles », offert par maman, puis un petit bouquin d’astronomie Payot. Le ciel me fascine. Ce qui m’a le plus impressionné? Le premier satellite envoyé par les Russes en 1957. C’est une expérience qui m’a marqué… »

A l’Ecole des Métiers, le jeune homme construit son premier télescope avec l’un de ses amis.
Puis la vie le happe: il se marie, devient père de famille, chef d’entreprise, commandant des pompiers, municipal et, avec son épouse et quelques passionnés, remet en activité le Club Photo-Vidéo de Leysin.
Mais au fond de lui, il nourrit son rêve qu’il tient secret jusqu’au moment de la retraite.

2300 heures de travail!

Le 1er mai 1996 commence enfin la délicate construction de son observatoire, dans le jardin de sa maison du Corbelet, loin des lumières parasites.
Il faudra plus de 2300 heures de travail et des trésors d’ingéniosité pour dessiner et réaliser la bâtisse.
Et autant de temps pour édifier l’annexe. La phase la plus difficile?
« Le toit en forme de dôme dont une partie s’ouvre sur le ciel par une trappe. Cette coupole tourne automatiquement pour suivre le mouvement du télescope. »
Tout est pensé, étudié, réfléchi, depuis la moindre fixation aux panneaux solaires fournisseurs d’énergie, en passant par les cintres et l’isolation.
Gilbert oeuvre seul, n’acceptant d’aide que de Mélanie, l’aînée de ses petits-enfants, qui avait 9 ans à l’époque et qui se voit confier de menus travaux de peinture. 

Disciple providentiel

Une fois l’habitacle terminé, un premier télescope manuel arrive des Etats-Unis, nanti d’une table de commandes et d’un ordinateur.
« Je l’ai remplacé en 2003 par un télescope entièrement informatisé, venu lui aussi Etats-Unis, précise le maître des lieux. C’est un Meade LX 200 en 400 mm. En même temps, j’ai acheté une caméra qui, branchée sur l’appareil, permet de prendre des photos numériques. Avec Jérôme, nous voulions nous lancer dans la photo! »

Jérôme, c’est Jérôme Berti, un adolescent habitant à quelques kilomètres de là, fou d’informatique et d’astronomie. Il a 15 ans lorsqu’il prend contact pour la première fois avec celui qui deviendra son ami.
L’observatoire de Gilbert Bolléa n’a jamais été un rêve égoïste. Dès le départ, son concepteur a désiré l’ouvrir aux écoles, aux familles et à tous ceux qui auraient envie de découvrir la Voie lactée.
Peu à peu, au fil des ans, Jérôme et son mentor reçoivent ensemble les visiteurs.
Comme en juin 2004 où, lors du transit de Vénus, plus de 140 personnes partagent l’expérience dans le jardin du Corbelet…

Aujourd’hui, à 82 ans, le génial inventeur leysenoud souffre de problèmes de dos handicapants.
Il ne peut plus se rendre autant qu’il le voudrait sous la coupole ouverte sur le ciel, un crève-cœur qu’il assume avec philosophie.
C’est donc son jeune ami, aujourd’hui établi à Lausanne, qui prend le relais en ouvrant l’observatoire sur rendez-vous.

 Son manque de mobilité n’empêche pas Gibert Bolléa de rester actif.
Entouré de son épouse avec laquelle il fêtera en 2015 leurs 60 ans de mariage, il réalise des documentaires sur les beautés de ce ciel qu’il connaît si bien.
Et rêve de se trouver un successeur astronome qui pourrait accueillir les visiteurs à l’observatoire lorsque Jérôme n’est pas disponible. Grâce à lui, un véritable réseau intergénérationnel gravite autour du site qu’il a doté d’un ascenseur afin que les enfants soient à bonne hauteur pour bien profiter de l’œil du télescope
Et pour qu’ils continuent à s’émerveiller devant les planètes, la nébuleuse d’Orion ou les dentelles du Cygne…

Chaleureux et serein, il rêve toujours de rencontrer l’astronaute Claude Nicollier, et rit en regardant les remarques et les dessins qui jalonnent le livre d’or de son observatoire.
Avouant en apparté qu’il n’imaginait pas qu’il toucherait autant de monde.
Même s’il reste pudique sur le sujet, Gilbert Bolléa peut être fier: il a glissé des étoiles dans les yeux de centaines de personnes.
Et notamment dans ceux des enfants de Tchernobil, venus déjà trois fois lui rendre visite…

Martine Bernier

 

 

 

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