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Archives mensuelles : septembre 2015

– Dis, est-ce que tu pourrais prendre Pomme auprès de toi pendant un moment? J’ai plusieurs entretiens téléphoniques à faire, et comme elle adore aboyer quand je suis au téléphone, je préférerais qu’elle ne soit pas dans mon bureau à ce moment-là…

Affaire entendue: mon Capitaine appelle Pomme pour qu’elle le rejoigne.
Mais lorsqu’elle s’aperçoit que je ne l’accompagne pas, elle se précipite sur mes talons et me regarde d’un air dépité, la patte avant droite en l’air, comme à son habitude:
– Non Pomme, tu restes là. Je téléphone et je reviens…

Je suis rentrée dans mon bureau dont j’ai soigneusement fermé la porte.
Mais c’était bien mal connaître mon Mogwaï…

J’étais en pleine conversation lorsque j’ai vu cette fameuse porte  s’ouvrir très, très doucement.
Juste de quoi laisser passer le museau d’un bichon.
J’ai eu une envie de rire immédiate… mais je me suis reconcentrée sur mon interlocuteur.
Impossible pourtant de ne pas voir cette porte continuer à s’entrebâiller sur une vingtaine de centimètres pour laisser passer un bichon contorsionniste…
Puis j’ai entendu des petits pas discrets…
L’air de ne pas y toucher, Pomme, qui sait comment ouvrir la porte, était entrée incognito, était passée devant mon bureau à pas de loup, et était allée se glisser sans bruit dans son panier.
Elle avait compris qu’il ne fallait pas se faire remarquer.
Et moi, j’étais au bord du fou rire.

Quand j’ai terminé ce premier entretien, j’ai raccroché et j’ai interpellé mon Mogwaï:
– Dis donc, toi, qu’est-ce que tu fais là, mmm? Allez, viens, je te ramène chez Bruno!

Je me suis rendue dans le bureau de mon Capitaine, hilare lui aussi quand il a appris ce qu’avait fait ce petit personnage dont il était censé être le baby sitter.
Au risque de passer pour un coeur de pierre, j’ai à nouveau laissé Pomme à ses bons soins.
Je la connais: je savais qu’au moindre bruit dans la maison, elle aboierait et me mettrait dans une situation inconfortable.
Je suis donc retournée dans mon bureau, suivie de mon ombre noire que j’ai laissée dans le couloir, comme la première fois.
Elle avait l’air de dire: vas-y, je sais quoi faire!
Seulement cette fois… j’ai fermé la porte à clé.
Je compose le numéro , commence ma conversation… et j’entends des bruits suspects du côté de la porte close.
Difficile de ne pas imaginer mon spirou essayant en vain de l’ouvrir…
Mais je ne cède pas: je travaille.

Au bout d’une demi-heure, mes appels terminés, je rouvre la porte.
Sans surprise, je constate qu’elle est assise derrière, avec dans les yeux un mélange de reproche et de joie.
– Tu peux revenir!
Cette fois, nous sommes deux dans le bureau, moi au clavier, elle dans son panier.
Cinq minutes plus tard, une porte claque dans la maison, bruit que Pomme souligne par une série d’aboiements magistraux.
– Pomme, non!
Couchée nonchalamment dans son panier, les pattes pendantes le long du rebord, elle me regarde, regarde la porte et pousse un nouvel aboiement.
C’est bon, j’ai compris… la vengeance est un plat qui se mange froid, et elle le sait!

Martine Bernier

Sei Shônagon, illustration d'une édition de Hyakunin Isshu

Sei Shônagon, illustration d’une édition de Hyakunin Isshu

L’écriture est une merveille…
J’ai envie de partager avec vous un extrait  de « Notes de chevet » de Sei Shônagon.
Celle qui a écrit ces lignes était Dame de la Cour impériale japonaise au XIème siècle, attachée à la princesse Sadako, décédée en l’an 1000.
« Notes de chevet » est un ouvrage du genre « sôshi », qui veut dire « écrits intimes ».
Cette femme est aujourd’hui encore l’une des plus illustres parmi les grands écrivains féminins du Japon.
Ce livre a été édité en français  en 1966 chez Gallimard, merveilleusement traduit du japonais par André Beaujard.
Auparavant, une autre version avait été publiée chez Stock en 1928.
On le trouve également en Livre de Poche, il est donc accessible à tous, pour quelques francs.Sei_Shonagon_-_Tsukioka_Settei
162 notes sont à découvrir dans ces pages

Ce matin, je voulais vous offrir un extrait de cette écriture raffinée, simple, mais qui nous transporte dans cette époque reculée.
Tout y est si bien écrit que j’ai l’impression, lorsque je relis ces lignes, de me trouver dans un coin de la chambre de Dame Sei Shônagon, de voir ce qu’elle décrit, de sentir les parfums dont elle parle.
C’est ce que j’appelle un joyau de la littérature…

 

« 18. Choses qui font battre le cœur.

Des moineaux qui nourrissent leurs petits.
Passer devant un endroit où l’on fait jouer de petits enfants.
Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée d’encens.
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Un bel homme, arrêtant sa voiture, dit quelques mots pour annoncer sa visite.
Se laver les cheveux, faire sa toilette, et mettre des habits tout embaumés de parfum.
Même quand personne ne vous voit, on se sent heureuse, au fond du cœur.
Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup, on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison. »

 

19. Choses qui font naître un doux souvenir du passé

Les roses trémières désséchées.
Les objets qui servirent à la fête des poupées.
Un petit morceau d’étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d’un costume, et que l’on découvre dans un livre où il est resté, pressé.
Un jour de pluie, où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé.
Un éventail chauve-souris de l’an passé.
Une nuit où la lune est claire.

 

Je dédie l’Ecriplume de ce matin à deux femmes qui se promènent de temps en temps sur les pages de ce jardin de mots: Anne-Marie, au Canada, et Kty, en France, auxquelles j’adresse une grande bouffée  de poésie matinale!

Martine Bernier

– Pomme? Tu viens? On va chercher le pain!

À cette invitation de mon Capitaine, Pomme se précipite… dans son panier.
Ce n’est pas la première fois.
Quand elle n’a pas envie de sortir, il est inutile d’insister, mon Capitaine le sait.
Elle n’est enthousiaste que si je me lève pour partir avec eux.
Dans le cas présent, à moins d’élever la voix, elle n’obéira pas.
Et comme le but n’est pas de la forcer, Celui qui m’accompagne  part seul.
À peine a-t-il fermé la porte et s’est-il éloigné dans l’escalier que mon Mogwaï se précipite dans l’entrée.
Elle le cherche, a l’air désespérée de découvrir qu’il ne l’a pas attendue…
Elle revient à pas lents dans mon bureau, presque maussade.
Elle « traîne les pieds » (si!), erre d’une bibliothèque à l’autre, vérifiant au passage si mon Capitaine n’a pas laissé des mini friandises pour chiens à son intention comme il le fait de temps en temps.
Puis elle vient vérifier le contenu de ma corbeille à papier, l’air de ne pas y toucher, et file vers la fenêtre du salon lorsqu’elle entend démarrer la voiture.
Quand elle revient, elle paraît encore plus désoeuvrée…
À tel point que j’interviens:
– Mais Pomme… pourquoi n’as-tu pas voulu l’accompagner si tu en avais envie??

Elle me jette un regard un peu vexé.
Enfin c’est ce que je crois voir à travers le rideau de poils qui les cache.
Je la regarde songeuse… et je comprends.
Pomme est une véritable petite nana: elle a voulu se faire désirer et son manège n’a pas eu le résultat escompté.
Elle a encore quelques petites choses à apprendre à propos de la psychologie masculine…

Martine Bernier