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La semaine dernière, pour la première rencontre avec les enfants du nouvel atelier d’écriture, j’avais vécu des moments formidables, et d’autres plus compliqués.
Ces derniers étaient dus à l’attitude de l’un des petits participants, un garçon de dix ans qui avait adopté un comportement impossible.
En sortant de l’atelier, alors que la responsable du périscolaire me demandait si tout s’était bien passé, je lui ai expliqué mon souci:
– Oui, à un détail près: X semble avoir mangé du lion, aujourd’hui!
Elle a eu l’air désolée:
– Il est toujours comme cela… Nous avons de gros problèmes avec lui, au point que nous sommes obligés de l’isoler des autres.
– Ah… il mange donc du lion tous les jours…
– Nous nous sommes dit que nous allions essayer avec vous, mais si vous ne voulez pas le reprendre, nous comprendrions! 
– Ecoutez… je vais réfléchir. A prori, je n’aime pas laisser un enfant sur le côté, mais là, c’est vrai que ça va être compliqué. On en reparle la semaine prochaine?

J’ai passé la semaine à y penser et à mettre au point un plan d’attaque.
Mon idée était de parler seule à seul à X et de lui expliquer que s’il avait envie de continuer avec moi, il devrait se plier à mes règles sans lesquelles l’atelier ne pouvait pas fonctionner.
Il était hors de question qu’il transforme l’atmosphère de ces rencontres en pensums pesants pour les autres enfants, pour moi… et pour lui.
J’en avais ensuite parlé à une enseignante à la retraite avec laquelle j’ai sympathisé, qui m’a approuvée dans mon idée.
Ce mardi, donc, je suis arrivée avec l’espoir de pouvoir parler à X pendant quelques instants en tête-à-tête afin de ne pas le mettre mal à l’aise par rapport aux autres.
Mais les choses ne se sont pas passées comme je l’espérais et il est parti goûter avant que je puisse le voir.
En revanche, la responsable m’a expliqué que la semaine ne s’était pas bien passée pour lui.
Il s’était mal comporté avec une responsable d’atelier qui s’était fâchée et ne l’avait pas gardé.
Quand la maman de X était arrivée et avait appris ce que son fils avait fait, elle avait été très affectée, expliquant qu’elle ne recevait que ce genre de remarques à propos de son fils et que, partout, c’était la même chose.
Cette conversation m’a troublée. 
Je me mettais à la place de cet enfant enfermé dans son attitude, qui ne devait pas être très heureux de se voir rejeté… par sa faute.
J’ai annoncé que j’allais encore essayer et que nous aviserions ensuite.

Apparemment, comme les autres petits participants à l’atelier, X a été content de me revoir.
Comme je n’avais pas pu lui parler auparavant, lorsque nous nous sommes installés à table pour commencer nos activités, je l’ai abordé devant les autres contrairement à ce que j’avais prévu:
– Alors, la semaine passée, tu t’es mal comporté. As-tu envie de continuer à suivre l’atelier avec nous?
– Oui!
– Moi aussi, j’aimerais. Mais pour cela, tu vas devoir changer d’attitude. A partir d’aujourd’hui, dès l’instant où tu es avec moi, ce sera: pas de gros mots, tu restes assis calmement, tu ne cries pas, tu ne coupes pas la parole aux autres et pas de gestes obscènes. Et ne t’inquiète pas, X… je vais m’intéresser autant à toi qu’à chacun de vous, tu pourras t’exprimer. Qu’en penses-tu?
– D’accord!

Pendant toute l’heure,  j’ai eu en face de moi un petit garçon totalement différent de celui que j’avais rencontré la semaine précédente. 
Il a participé avec enthousiasme, découvrant que la dyslexie dont il souffre n’est pas un handicap majeur pour cet atelier.
J’y aborde le bonheur de l’écriture… pas l’enseignement de l’orthographe.
Il m’a confié des éléments de sa vie de ses goûts, comme chacun des enfants présents, a ri, s’est concentré…
Pour qu’il se sente en confiance, je lui ai demandé de m’expliquer comment s’utilisait l’un des objets que son papa possédait dans sa ferme.
Il était ravi d’aborder ce sujet qui le passionne.
Cerise sur le gâteau: alors que j’ annonçais que nous terminions dans quelques minutes après une dernière activité, il m’a demandé:
– Dis… ça ne pourrait pas durer deux heures?
Inutile de préciser que cela m’a fait chaud au coeur…
Tandis que nous rangions la salle, ma voisine de classe est venue voir comment cela s’était passé.
Je lui ai dit qu’il avait été charmant, ce qui l’a rendue complètement perplexe.
Mais alors qu’elle s’approchait de lui pour le féliciter, nous nous sommes aperçu… qu’il écrivait un gros mot à la craie au tableau.
J’ai juste dit:
– X? Tu effaces.
Ce qu’il a fait dans la seconde.
Je me suis retournée vers mon interlocutrice et j’ai ajouté:
– Nous allons dire que c’est une petite rechute!
En traversant la cour qui nous ramenait au bâtiment principal, j’ai dit à X:
– Aimerais-tu que je dise aux autres membres de l’équipe que tu as été super?
Il marchait à côté de moi, évitait de me regarder, ne me lançant que des coups d’oeil furtifs en fixant ensuite ses pieds:
– Oui…
– Tu sais, c’est important ce qui se passe là. En changeant de comportement, tu peux changer ta réputation et… tout ira mieux pour toi. Continue…
Arrivée au bâtiment principal j’ai tenu parole et j’ai annoncé à l’une des membres de l’équipe que j’avais eu beaucoup de plaisir à travailler avec X qui avait été vraiment agréable.
Etonnée, elle l’a félicité chaleureusement et je suis partie… 
Comment se déroulera la troisième rencontre, la semaine prochaine?
Va-t-il poursuivre sur sa lancée ou revenir à son comportement initial?
Suite au prochain épisode!

Martine Péters

 

 

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