« Ah, ces jeunes! »

Ce vendredi, au grand complet, nous avons accompagné la maman de mon Capitaine à sa dernière demeure.
L’occasion pour ma part de lui offrir un dernier petit cadeau à travers un texte que j’ai pu lui écrire et lire.
Au cours de la cérémonie, en regardant le cercueil, je me suis souvenue d’une anecdote très significative de la relation que j’avais avec Thérèse.
Lorsque nous sommes venus nous installer dans la maison de mon Capitaine, j’ai pris le jardin qui l’entourait en plein coeur.
J’ai réalisé très vite que, si mon mari était d’accord de s’impliquer, je pourrais créer ici, avec son aide, la roseraie dont je rêvais.
Lorsque Thérèse nous a rendu visite et que je lui ai expliqué notre projet, sa réponse a été lapidaire: « Impossible! Vous n’y arriverez pas. Ces jeunes de la ville, ils s’imaginent que tout peut se faire alors que ce n’est pas le cas. Vous allez voir! »
Me classer dans la catégorie « jeune de la ville » était plutôt rigolo.
De la ville, d’accord, mais jeune… c’était très discutable.
Ma Tendre Moitié, en revanche, est un pur terrien, même s’il a beaucoup bourlingué.
Le traiter d’urbain était assez malvenu.
Je pense surtout qu’elle avait  envie que nous plantions ce qu’elle nous conseillait, ce qui n’était pas vraiment le but de l’opération.
Quelques mois plus tard, la roseraie prenait forme.
Thérèse l’a visitée une première fois en affichant une mine un peu pincée, lâchant du  bout des lèvres un « Ce n’est pas mal » qui m’a fait plutôt plaisir.
Elle n’était pas prolixe en compliments: celui-ci valait de l’or!
Le temps a passé la roseraie a évolué, et ma belle-maman a un jour eu l’occasion de la voir entièrement en fleurs, dans son aspect actuel.
Elle avait des difficultés à marcher, mais a voulu s’y promener.
Je l’ai accompagnée et elle a visité, s’attardant à humer un parfum, à admirer et à reconnaître un rosier ou l’autre qu’elle avait déjà croisés ou qu’elle avait chez elle.
Quand elle a terminé la promenade, elle m’a dit: 
– Il y a eu beaucoup de travail de fait.
– Oui. Bruno a énormément travaillé pour aménager l’endroit. Sans lui, la roseraie n’existerait pas. Il connait bien les plantes… et il a de qui tenir. Les chats ne font pas des chiens!
– Et vous, vous passez beaucoup de temps à vous en occuper. Ca se voit. Je sais ce que c’est.
– C’est vrai… mais quelle récompense! Je pense que votre propre jardin est inspirant pour nous.

Elle a bien regardé autour d’elle et a prononcé ces mots que je n’espérais pas:
– Je ne pensais pas que vous y arriveriez. C’est très beau.

Cela m’a beaucoup touchée.
Les « jeunes de la ville » étaient légèrement remontés dans son estime.

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