« Prends la joie où elle est »

Peu avant que je ne quitte la Belgique pour m’envoler vers la suite de ma vie, je suis allée rendre visite à ma grand-mère paternelle.
Nous avons passé plusieurs heures ensemble, et c’est là qu’elle m’a demandé d’essayer de retrouver, à Leysin, le médecin qui avait soigné mon grand-père revenu gazé du front pendant la guerre.
Il lui avait rendu la santé et elle voulait le remercier.
Pour la petite histoire, j’ai cherché ce docteur auquel j’ai d’ailleurs consacré plusieurs articles lorsque je suis devenue journaliste, mais il était décédé à mon arrivée.
En revanche… l’une de ses filles, alors très âgée, est devenue ma voisine par la suite, et j’ai pu lui raconter l’histoire de mon grand-père, et lui transmettre les remerciements de son épouse, décédée entre temps.
Lors de ma dernière visite à ma grand-mère, elle m’a parlé de sa vie, et de ces années de guerre qui l’avaient beaucoup marquée.
Je lui ai demandé comment elle avait fait pour supporter ces années si difficiles.
Et elle m’avait fait cette réponse qui m’avait marquée:
« Tu sais, même si ce que tu vis est dur, il faut toujours prendre la joie là où elle est. »
J’ai quitté la Belgique avec ce précieux conseil et, sous le bras, l’exemplaire d’ « Anna Karénine » qu’elle m’avait offert.

Au fil des années, j’ai souvent ressenti ce sentiment étrange qui m’empêche d’être vraiment bien si le reste du monde ne l’est pas.
Devant cette constatation, une autre personne que j’aimais beaucoup m’a dit: « Tu n’es pas le géant Atlas, tu ne peux pas porter le poids du monde sur tes épaules… »
C’était la voix de la sagesse, je sais, mais il m’a fallu des années pour le comprendre.
Je suis convaincue que nous sommes des millions à nous sentir mal parce que d’autres souffrent.
J’en parlais il y a quelques jours avec une amie qui est dans le même cas.

Je lui ai dit ce que m’avait conseillé ma grand-mère autrefois.
Sa réaction a été immédiate:
– Elle avait raison…
– Je le crois aussi.

Oui, je le crois vraiment.
La  joie est comme la tristesse: elle peut être contagieuse.
Quand je suis au milieu des enfants, j’y pense souvent.
Ils sont inquiets et c’est évidemment notre responsabilité d’adultes de les soutenir et de les rassurer.
La joie n’exclut pas la gravité sur certains sujets pour autant…



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