La grenouille

Notre nouveau canapé et moi entretenons déjà d’excellentes relations. 
Nous l’avons choisi  équipé de deux « relax manuels ».
Il n’en fallait pas plus pour qu’il devienne un cocon de choix, sous la douce lumière de ma Tiffany préférée…
Seul petit bémol: pour refermer le relax, il faut trouver le bon geste, ce qui n’est pas forcément élégant.
Je commence à y arriver, mais j’ai encore des  progrès à faire, si j’en crois une petite scène qui s’est déroulée dimanche.
Je m’extirpais plus ou moins gracieusement de mon refuge lorsque j’ai entendu glousser mon Capitaine.
– Tu ris? Qu’est-ce qu’il y a?
– Rien, rien… Tu ressembles à une grenouille.
– Pardon?!
Conscient de s’être engagé sur un terrain extrêmement glissant, le cher homme a maladroitement tenté de sortir de l’ornière dans laquelle il s’était fourré:
– Non mais… c’est la position que tu as prise pour sortir du canapé…
Je l’ai toisé d’un regard que j’espérais glaçant:
– Est-ce que tu as une petite idée du risque que tu prends, là?
Il s’est enfoncé un peu plus en faisant référence à une fable de Lafontaine et en m’assurant que c’est très mignon, une reinette, mais rien n’y a fait: j’ai quitté la pièce drapée dans ma dignité offensée… pour aller rire toute seule silencieusement dans un coin où il ne pouvait pas m’entendre.
Quand je suis revenue au salon, j’avait ré-endossé le rôle de la femme blessée.
Je me suis réinstallée dignement dans le canapé, avec des gestes sobres et mesurés, tandis que mon Capitaine multipliait les travaux d’approche.
Je l’ai laissé mariner quelques minutes, et j’ai fini par lancer:
– Et puis d’abord… les grenouilles ne s’asseyent pas dans les canapés. 
La scène a fini dans un fou rire partagé. 

 

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