novembre 2019
L M M J V S D
« Oct    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  

Catégories

Catégories

images2.jpeg

Jean-Pierre Coffe est connu pour ses colères, ses indignations devant certaines inepties, alimentaires ou autres, du monde moderne. Ecrivain, il a signé une trentaine d’ouvrage, touche à la radio, au théâtre, est chroniqueur dans l’émission de Michel Drucker « Vivement Dimanche ».
Le public sait moins que, derrière le personnage public, se cache un homme de coeur, d’une élégance rare, pour lequel l’entraide n’est pas un mot inconnu.

– Vous avez une relation très particulière avec la Suisse..
Mes premiers souvenirs me viennent de ce pays. Je suis né en 1938, à Lunéville. Mon père a été tué pendant la guerre. Ma petite enfance a donc été difficile. Après la guerre, la Croix-Rouge a invité des orphelins en Suisse. J’ai été accueilli dans le Jura, chez la famille Fleury. C’était dans une ferme, dans laquelle il y avait des vaches, des porcs, des chevaux, des lapins… Je m’y sentais tellement bien que, de retour chez moi, je me suis fait passer pour malade pour y retourner. Finalement, je suis resté presque deux ans chez eux. C’est là que j’ai développé mon goût pour les aliments simples, mais de qualité.
Aujourd’hui, j’ai un cep de vigne à mon nom à Denens, en Suisse, ce village qui a un festival d’épouvantails. Et chaque année, les gens qui s’en occupent m’envoient une bouteille du vin qu’ils en ont tiré. Ce qui me touche beaucoup…

– Au début des années 1970, vous avez créé une association: « Les Grands-Mères au pair ». De quoi s’agissait-il?
J’ai toujours aimé les gens, et j’avais envie d’accomplir une belle action. Le but de cette association était de placer des personnes âgées dans des familles pour les vacances, de leur permettre de changer d’air, de voir du pays. Plus de 5000 personnes ont pu en profiter. J’étais soutenu financièrement par le Ministère des Affaires Sociales. Puis nous avons changé de ministre, et le budget n’a pas été renouvelé.

– Fin de l’expérience?
Ce sont pas des gens riches qui accueillaient les grands-mamans. Il fallait bien payer les billets pour leur permettre de voyager… Pendant quelque temps, j’ai financé l’association de mes propres deniers, puis j’ai fait faillite et j’ai dû arrêter. Mais ça a été une très belle expérience.

– Le goût des autres, en revanche, ne vous a pas quitté…
C’est vrai. Je ne vis pas à la campagne par hasard. Je rencontre des gens sur les marchés. Ce n’est pas signer des autographes qui m’amuse. En général, j’apprends toujours quelque chose, je découvre beaucoup avec les personnes que je rencontre. Elles me parlent de sujets que je ne connaissais pas et cela me plaît beaucoup.

– Dans votre émission de radio « Ca se bouffe pas, ça se mange », vous avez pris souvent position. Parfois même sur des sujets où vous n’étiez pas attendu. Je pense notamment à la nourriture dans les prisons.
Oui. En 2007, nous avons reçu une lettre d’un auditeur qui purgeait une peine de prison, et qui a attiré notre attention sur l’alimentation en milieu carcéral. Je me suis rendu sur place et j’ai consacré une émission au sujet. Pour améliorer leur ordinaire, les détenus peuvent « cantiner », c’est-à-dire acheter de la nourriture. Mais on leur propose tellement de sucreries que beaucoup d’entre eux, y compris chez les femmes, sont obèses. Cela méritait d’en parler.

– Vous menez plusieurs combats depuis des années, notamment sur les conséquences de l’agriculture intensive, les prix trop élevés de l’industrie alimentaire, et de nombreux autres sujets d’utilité publique. Avez-vous le sentiment que les choses évoluent dans le bon sens?
Si je vous dis non, je vais paraître trop modeste. Mais dire oui serait prétentieux. Ce qui me dérange, c’est le fait que je sois très seul à mener ce combat. Je serais en Suisse, je serais acoquiné à un journal de consommateurs car ils ont le mérite d’être indépendants. Les Suisses ont une conscience citoyenne, civique, de l’importance de l’alimentation. En France, j’ai l’impression que cela ne préoccupe pas grand monde. La vache folle a révélé que l’on peut mourir en mangeant. Il y a encore tellement à faire…
Le Projet Nutrition Santé (PNS) s’attarde sur le fait que environ 22% de la population française est obèse, ce qui va poser un véritable problème économique. Qu’il faut prendre en mains sérieusement.

www. jeanpierrecoffe.com

NB: Il faut remettre cet article dans son contexte. Si Jean-Pierre Coffe y parle autant de la Suisse, c’est parce que ce texte était destiné à un journal helvétique.

 

 

715H1l438jL

 

Si vous ne l’avez pas encore lue, courez vous procurer la biographie de Simone Veil, parue début 2008…
A femme exceptionnelle, destin exceptionnel…
La nouvelle élue à l’Académie française n’a pas déçu en écrivant, avec sobriété, le récit d’une vie extraordinaire dont l’adolescence a été tragiquement marquée par la guerre et la déportation au cours de laquelle elle perdra ses parents et son frère.
Des années d’horreur qui n’ont pas réussi à la détruire…
Etudiante en droit, elle épouse Antoine Veil, et entre dans la magistrature en 1957.
Elle sera la première femme à occuper le poste de secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature.
Son ascension professionnelle et politique sera désormais brillante… jusqu’à devenir ministre de la Santé sous la présidence de Valery Giscard d’Estaing.
C’est alors qu’elle occupe cette fonction qu’elle fera voter la loi sur la légalisation de l’IVG, en 1975.

Fervente adepte de l’Union Européenne, Simone Veil est une femme courageuse, droite, sensible, intelligente… et belle de surcroît.
De celles qui forcent l’admiration par leur personnalité comme par leur parcours.
Son livre est un témoignage, une leçon.
A découvrir sans retenue: ils ne sont pas si nombreux, les livres de mémoire qui méritaient d’être écrits.

Martine Bernier

– « Simone Veil, Une vie », par Simone Veil
Disponible aux éditions Feryane ou France Loisirs (en version papier ou CD audio)

       

Florence Cestac, j’adore.
Ses dessins, son humour, son irrespect d’à peu près tout ce qui est bien pensant.
Associée à Jean Teulé, elle vient de s’atteler à raconter la vie, en bande dessinée, d’un monument de la BD: Jean-Charles Ninduab dit « Charlie Schlingo ».

L’album s’appelle « Je voudrais me suicider, mais j’ai pas le temps » et est… un régal pour tous ceux qui ont aimé Schlingo.

Pour le situer à ceux qui ne le connaîtraient pas, disons que, né en 1957, il a assez mal commencé dans la vie.
Atteint de polio trois mois avant la découverte du vaccin, il est surnommé « Vilain » par ses parents qui le cachent sous la table quand ils reçoivent.
On a beau dire, ce genre de chose, ça marque…
Seul coin de ciel bleu dans cet univers à la Dickens: son adorable grand-mère, tendre et aimante, qui l’initie à Popeye, Pépito et Tartine Mariole.

Il deviendra ensuite un auteur étincelant…
Optimiste et désespéré, il est drôle, délicat, charmant, ingérable, élégant et mal élevé.
Sa vie est parsemée de hauts et de bas, de réactions inattendues ou démesurées. Il ira jusqu’à accrocher le fameux professeur Choron à un portemanteau pour se faire payer les six mois de salaire qu’il lui doit. Mieux encore: pour arrêter la drogue, il choisira l’option de… jeter son dealer par la fenêtre! Expéditif, mais efficace.
Agressif lorsqu’il était ivre, il faisait peur aux gens qui ne le connaissaient pas, mais avait un côté tellement émouvant que ceux qui l’approchaient de plus près fondaient pour sa personnalité.
Un exemple? Il a déclenché un jour une bagarre générale après avoir quasi massacré un homme qui avait giflé une femme.
Ayant horreur de la « brutalitude », il a tout cassé.
Mais, poli, il a ensuite écrit un désarmant petit mot d’excuse: « Je sais que ce n’est pas bien de taper sur la tête des copains ou de les étrangler. »

Son mal de vivre caché sous une drôlerie irrésistible, il le noyait dans l’alcool.
Sa commande en arrivant dans un bistrot? « Patron, une cuite, s’il vous plaît! »
Ce qui devait arriver arriva: brisé par ses excès, Schlingo est parti trop tôt, 49 ans, en 2005.
Il laisse 18 albums, et un passage remarqué dans des revues et journaux comme « Hara-Kiri », « Charlie Hebdo » ou « Fluide Glacial ».

La BD qui lui est consacrée est hilarante, touchante, dérangeante… tout lui!

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c’est le moment où jamais de le découvrir.
Et pour vous faire une idée de son humour un brin décalé, voici l’une de ses célèbres tirades…

LE PANTALON
Poème de Charlie Schlingo

Un pauvre pantalon s’ennuyait tous les jours
Oh, mon Dieu!
Que les jours étaient longs.
Mieux vaut l’amour sans pantalon
Qu’un pantalon sans amour.

« Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps », Florence Cestac et Jean Teulé, Dargaud.