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Martine Péters (anciennement Bernier)

Lorsque je regarde les conditions de vie et les  repas de nos poules, je me dis qu’elles ne doivent pas être malheureuses…
Et je comprends pourquoi autant d’oiseaux s’invitent à leur table!

MP

 

En arrivant au périscolaire, mardi, j’apprends qu’Alexis ne sera pas là. 
La classe de son frère a été fermée car un cas de coronavirus y a été décelé, et, comme il est considéré comme possible cas contact, il doit rester chez lui.
Son absence me fait de la peine: ce petit garçon impliqué, intelligent et gentil va nous manquer.
Mais, lorsque  je vais retrouver les autres participants qui sont en train de prendre leur goûter au soleil, une autre nouvelle m’attend: deux autres garçonnets de 9 ans souhaitent assister à l’atelier, ce que j’accepte.
Je fais un brin de causette avec les habitués qui me racontent leur semaine, et je fais la connaissance de Milane et Max. 
En regardant ce dernier se comporter avec les autres et avec la personne qui leur sert le goûter, je sens que ça ne va pas être facile.
Ce jour-là, il a un débit de gros mots, de gestes obscènes et d’insolences à la minute assez exceptionnel,  qui mériterait sans doute de figurer au Guinesse des Records.
Qu’est-ce qui le pousse à se comporter de cette façon, je n’en ai aucune idée.
Une maladroite envie d’exister et d’être remarqué, peut-être…
Je lui explique donc ce que j’ai fait comprendre à X (… qui s’appelle en réalité Mathis) auparavant: pour participer à nos activités, il faut suivre mes règles, faute de quoi il faudra nous quitter.
L’avertissement ne semble pas avoir été compris.
Il se comporte mal, ce qui agace Mathis.
Ce dernier lui explique avec ses mots « qu’il a fait la même chose que lui, au début, mais qu’il s’est repris et qu’il a compris que rien ne peut marcher si on fait l’idiot… Et là, c’est trop chouette, il faut être bien. »
L’activité du jour ne leur laisse pas une seconde de répit.
Je dois les capter immédiatement si je ne veux pas les perdre!
En entrant dans la salle, je leur annonce que, aujourd’hui, nous allons partir dans un autre monde…
Une fois installés dans « notre » salle,  je leur annonce d’emblée: « Félicitations, les enfants! Votre classe a gagné le premier prix d’un concours international. Vous allez tous partir trois semaines à Hawaï! »
– Ouiiiiiii!!!!

Une fois sur place, ils apprennent à naviguer sur de mini voiliers… et je leur raconte « leur histoire ».
Le vent se lève, les pousse en haute mer et les voilà échoués sur une île déserte  où leur arrive une multitude d’aventures.
Ils sont embarqués dans le récit qu’ils construisent pas à pas en ma compagnie.
Mais Max continue à se comporter de manière insupportable pour tout le monde malgré mes avertissements.
Je m’adresse donc à lui tranquillement en lui disant:
– Bon. Je vais te dire au-revoir, Max. Tu te lèves, et tu retournes dans l’autre bâtiment. Et n’oublie pas de fermer la porte en partant.
– Je veux rester!
– Vu la façon dont tu te comportes, ça ne va pas être possible. Tu sors.

Il s’exécute en maugréant et je continue l’atelier.  Mais bout d’un moment, on frappe timidement à la porte. Sur un mot de ma part, elle s’ouvre et le petit bonhomme réapparaît:
– Dis, si je te promets que je vais tout changer, tu veux bien que je revienne?

Je réfléchis quelques secondes avant de lui répondre:
– Je veux bien te laisser une dernière chance, mais je t’avertis qu’il n’y en aura pas d’autres: tu as épuisé ton stock. Viens… Je vous donne une feuille à chacun pour la dernière partie de l’aventure: maintenant qu’un bateau vous a sauvé, le capitaine aimerait que vous dessiniez le plan de cette île inconnue jusqu’ici…

L’heure se termine trop vite, comme à chaque fois, sans aucun autre problème. Tout le monde met la main à la pâte pour ranger la salle et, en sortant, j’entends une conversation entre Max et Mathis qui sont déjà dans le couloir:
– C’est quoi ces traces rouges sur le mur?
– Bah, c’est sans doute du sang!

Je quitte la salle, ferme la porte derrière moi et rejoins Mathis qui m’attend. Et je lui dis:
– Tu sais, tu as trouvé le début d’une nouvelle histoire…
– Moi?!
– Oui! Des traces rouges sur le mur d’un couloir de l’école… qu’est-ce que c’est? A toi de mener l’enquête pour résoudre ce mystère…

Il sourit, reprend avec moi le chemin du bâtiment principal et me dit:
– Je peux écrire des trucs dans le cahier que tu nous as donné?
– Oui, bien sûr, pourvu que ce ne soit pas des bêtises! C’est ton cahier, tu peux y écrire des débuts d’histoire, des idées, y mettre des indices inspirants, des dessins…
– Mais si je fais plein de fautes?
– Et bien… quand tu me montreras ce que tu auras écrit, je te noterai la même phrase dessous, sans faute, comme cela tu pourras la lire et l’orthographe exacte te trottera dans la tête…
– C’est marrant les ateliers d’écriture: on peut écrire… même si on ne sait pas! 

Quand je pense que, le premier jour, il me disait détester écrire et affirmait qu’il ne prendrait jamais son stylo durant toute la durée de l’atelier… je prends comme un cadeau le fait qu’il ait envie « d’écrire des trucs » dans son cahier!
En arrivant au bureau, je réponds aux questions de la responsable du centre: oui, Mathis a à nouveau été charmant, comme Linsey (dont je viens de découvrir l’orthographe du prénom!) et Milane. Ca a été un peu plus sportif avec Max la Terreur, mais tout s’est bien terminé.
Et là… je vois mon interlocutrice écarquiller les yeux et échanger un regard perplexe avec sa collègue. 
J’interroge donc:
– Qu’est-ce qu’il y a? Max est calme, en général?
– Non, non, ce n’est pas cela… Il lui arrive d’être difficile, c’est vrai… mais celui qui a été le pire en arrivant, et que j’ai dû recadrer immédiatement, ce n’est pas lui mais… Milane!

Ah bon? Lui qui a été un garçonnet modèle!
Les enfants sont décidément pleins de surprises…

Martine Péters

 

 

 

Il y a deux ou trois ans, alors qu’un ancien presbytère devenu « La Maison des Soeurs » était définitivement déserté par ses habitantes, mon Capitaine a ramené deux minuscules pensées qui poussaient dans leur jardin.
Il les a replantées dans le nôtre, et il n’a pas fallu longtemps pour  qu’elles se sentent parfaitement à l’aise, au point de se multiplier.
Aujourd’hui, il y en a partout, dans le gazon, les parterres, les pots, et même au milieu des graviers, et elles fleurissent à longueur d’année.
Bien sûr, nous les laissons vivre où elles l’ont décidé, prenant garde de ne pas les écraser, ce qui n’est pas toujours facile car elles forment par endroit de véritables couvertures fleuries.
Comme couvre-sol, il est difficile de faire mieux.
Les pensées des Soeurs nous accompagnent poétiquement…

MP