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Aurélien

Aurélien, 5 ans, m’explique qu’il a aussi des jouets chez son autre grand-mère, mais qu’il ne joue pas beaucoup avec eux.
A mon pourquoi, il répond:
– Parce qu’elle ne joue pas avec moi, elle est trop âgée. Elle a 800 ans. Pourquoi tu ris???
– Parce qu’à part le Grand Schtroumpf, je ne vois personne capable de vivre jusqu’à 800 ans! Je pense que tu veux dire 80 ans… ce qui est beaucoup, beaucoup plus jeune!
Nous continuons à jouer et il me demande:
– Et toi, Mamitine? Tu es vieille?
– C’est à toi de répondre à cela… J’ai 60 ans, donc,  pour toi, je dois être très âgée! Et pour d’autres, je ne lui suis pas trop…
Il réfléchit en m’examinant sous toutes les coutures.
Son verdict tombe:
– Je crois que tu n’es pas très vieille parce que tu joues avec moi. Tu joues au foot quand je ne suis pas là?
– Heu… honnêtement, non. Mon sport à moi c’est le jardin, Pomme et… les poules!
Horrifié, il me regarde:
– Les poules???
– Oui! Mais qu’est-ce que tu imagines, là? Je ne les prends pas pour des ballons de foot même si elles sont toutes rondes! 
Double fou rire.

Martine Péters

Samedi.
– Mamitine? J’aimerais bien aller voir tes trésors…
Lesquels? Ceux de la chambre, ceux du bureau ou ceux du secrétaire?
Aurélien, 5 ans, hésite:
– Ceux de ta chambre!
Il y a dans la maison deux ou trois endroits où les enfants ne peuvent pas rentrer en dehors de notre présence, et cette chambre en fait partie.
Les reproductions d’estampes japonaises qui ornent les murs sont l’une des curiosités que le petit aime découvrir.
L’autre étant… le contenu de mes boîtes.
Comme la chambre est grande, nous l’avons « coupée en deux » en installant une grande bibliothèque sans fond qui sépare le coin nuit du coin couture qui semble beaucoup plaire à Aurélien.
Nous nous rendons dans la pièce en question, et je prends une première boîte, ronde et joliment décorée.
Je l’ouvre délicatement sous le regard curieux de mon visiteur qui découvre qu’elle est remplie de….
– Des boutons! 
Des boutons regroupant uniquement des couleurs pastels.
Un ensemble acidulé qu’il s’empresse de regarder de plus près, plongeant sa main dans la boîte.
Je referme cette dernière et il en pointe une autre du doigt, rectangulaire, plus grande, magnifique:
– Et dans celle-là?
Des coupons de tissu… puis, dans une autre encore, des galons, des rubans, etc.
Il regarde ensuite les machines à coudre et me demande à quoi elles servent.
Je lui montre une pochette que j’ai faite pour contenir le petit matériel comme une paire de ciseaux de couture en forme de cigogne.
Il les prend en main et soupire:
– Dis… tu m’apprends à faire de la couture?
Là, maintenant?? 
Ben oui!
– Ecoute, pour moi, la couture, c’est plutôt à la fin de l’automne et en hiver que j’en fais, quand je ne suis plus au jardin. Si tu en as toujours envie, on pourra essayer ensemble.

Oui!!!!
Il réfléchit et me fait remarquer:
C’est dommage… tu ne me gardes pas souvent…
Etonnée, je le regarde:
– C’est vrai que lorsque nous habitions en Suisse, c’était plus facile… Là, c’est un peu loin pour te garder pour une soirée par exemple… Il faudrait que tu puisses venir quelques jours en vacances. Quand tu seras plus grand pour que tu ne sois pas triste sans papa et maman.
– Je ne serai pas triste! Je peux venir bientôt?
– Mais… et si tu pleures?
– Je ne pleurerai pas! Je sais que tu seras là!
– Mais, tu te souviens, quand nous en avions parlé il y a deux ou trois mois, tu m’as dit que tu n’étais pas prêt…
Regard appuyé de Monsieur mon Petit-Fils:
– Mais Mamitine… je n’avais QUE 4 ans! Maintenant, j’en ai 5, je suis beaucoup plus grand!


Martine Péters





Vendredi soir.
Aurélien, désormais 5 ans,  entre dans ma chambre où il tombe en arrêt devant les reproductions qui ornent les murs et qui donnent à cette pièce une ambiance très particulière. Il les a déjà vues, mais semble les redécouvrir.
– Mamitine… mais qu’est-ce que c’est?
– Ce sont des estampes japonaises. Au Japon, autrefois, les peintres peignaient ce genre de choses. Et j’aime beaucoup…
– C’est beau… surtout celle-ci!
Il me désigne un paysage et me demande:
– Et toi, tu aimes lequel?
– Je les aime toutes, mais ma préférée, c’est celle-ci…
Et je lui désigne les passants se dépêchant de traverser le pont alors qu’une pluie d’orage tombe dru.
– Tu vois, il pleut fort, et ils doivent traverser ce grand pont pour passer de l’autre côté du fleuve. Ils n’ont pas envie d’être mouillés… alors ils se protègent comme ils peuvent…
Il se rapproche et me désigne une sorte de barque évoluant sur le fleuve:
– Qu’est-ce que c’est, ça?
– Une barque. Un petit bateau comme il y en avait au Japon, avant… Le monsieur qui a peint cela s’appelle Hiroshige. Il y a eu beaucoup de peintres qui ont fait des estampes, mais je connais surtout celui-ci et un autre monsieur qui s’appellait Hokusai.
– Ils ont des noms bizarres…
– Parce que nous n’avons pas l’habitude de les entendre, sans doute…

Aurélien continue à détailler les estampes, puis me regarde en souriant:
– J’aime bien parler avec toi, Mamitine.

Ca tombe bien… moi aussi!

Martine Péters