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Coup de coeur

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Je parle souvent de Chiboz, ce hameau valaisan haut perché où vit une famille en or.
Tous ses membres  ou presque y travaillent dans le restaurant familial, et les clients viennent de très loin pour y déguster la cuisine savoureux… et l’ambiance unique.
L’amitié que je partage avec la Dame de Chiboz est une histoire belle et simple.
Dès ma première visite, j’ai réalisé que chacun des membres de sa famille avait ce petit quelque chose de particulier qui les rend tous aussi attachants les uns que les autres.

J’en ai encore eu la démonstration récemment.
Depuis peu, la chasse, grande spécialité de la maison, est à la carte de leur « Relais des Chasseurs ».
Les réservations pour y goûter sont passées très à l’avance par les amateurs.

C’est donc une période importante dans l’année…
Il y a quelques jours, la Dame de Chiboz, m’envoie un dessin, joint à l’un de ses messages.
Elle me dit que j’en ai la primeur et qu’il ornera la carte de chasse du restaurant cet automne.
C’est Emilie, l’une de ses  filles aujourd’hui aux commandes, qui l’a imaginé et dessiné.
Il m’a tellement amusée que je le partage sur Ecriplume!
Pour ceux qui connaissent la famille Ançay, le dessin est des plus symbolique.
Impossible de ne pas reconnaître Michel, l’époux de la Dame de Chiboz, qui, comme elle, est un grand amoureux de la nature, infatigable arpenteur de sentiers de montagnes, chasseur respectueux et fin connaisseur de la faune alpestre.
C’est aussi une photo de lui qui figure en filigrane sur le verso du dessin.
J’ai bien tenté de la reproduire ici, mais le résultat n’est pas convainquant…
Si vous n’arrivez pas à lire le contenu des bulles, sachez que le chamois debout sur son rocher déclame:
« Quant te reverrais-je…? Ma chèvre aux beaux yeux… Les chamois qui s’aiment broutent à deux… »
Tandis que son cousin au museau équipé de lorgnons commente, en lisant le journal:
« Ah! Tiens… C’est l’ouverture de la chasse… »

Pour découvrir le verso et les détailsd de ce dessin,  il vous faudra prendre la route de Chiboz…
Mais un conseil: téléphonez avant de monter pour voir s’il reste un peu de place.
Je ne suis pas la seule à être fan!

Martine Bernier

Le Relais des Chasseurs de Chiboz

 

Pas de vrai texte, ce matin, mais une musique…

Je voue depuis des années un amour sans borne aux poèmes de Pablo Neruda et… à une chanson que Jean Ferrat lui a dédiée.
Cette chanson, « La Complainte de Pablo Neruda », je peux l’écouter des dizaines de fois de suite avec, toujours le même enthousiasme.
Pour moi, c’est un chef-d’oeuvre, tant par son texte que par sa musique.
Je la publie de manière cyclique sur Facebook, et lui offre aujourd’hui les honneurs du jour sur Ecriplume.

Il en existe quelques-unes des chansons qui, comme celles-ci,  me poursuivent depuis des années, m’accompagnent.
Mais celle-ci… est spéciale.

Martine Bernier

 

La Complainte de Pablo Neruda

 

Voici quelques mois, un magazine pour lequel je travaille m’a demandé un article à l’occasion de la sortie d’un livre témoignage.
Cet ouvrage revenait sur 20 ans d’existence de l’unité de soins palliatifs Rive-Neuve, alors installée à Villeneuve, et aujourd’hui déménagée à Blonay. (Suisse)
Le livre s’appelait « La vie à se partager ».
Je l’ai lu en quelques heures, avant d’aller rencontrer Paul et Danielle Beck, le couple qui a fondé et dirigé cette maison pas comme les autres.
Un livre émouvant, interpellant…
Notre rencontre avec Danielle et Paul a été pour moi un moment exceptionnel.
Ils ont été pionniers en matière de soins palliatifs, voulaient une maison d’amour où les patients recevraient les soins nécessaires dans le respect total de leur personne, de leurs besoins et de ceux de leurs proches.
Une maison où chacun vivait à la manière d’une famille élargie, où la tendresse accompagnait chaque geste.
L’une de mes amies y travaille depuis très longtemps comme infirmière.
Je l’avais plusieurs fois écoutée m’en parler.

Rive-Neuve est né, à Villeneuve.
C’était en 1988, et environ 2000 patients ont choisi la Maison comme ultime refuge.
Paul et Danielle s’étaient entourés d’une équipe exceptionnelles, composée de professionnels et de bénévoles impliqués humainement et spirituellement dans leur démarche.
L’aventure de Rive-Neuve à Villeneuve a duré 20 ans.
Puis Paul et Danielle ont pris leur retraite, et la maison a pris ses nouveaux quartiers à Blonay.
L’admiration que j’ai immédiatement ressentie pour ce couple hors du commun nous a poussés, mon Capitaine et moi, à leur proposer de nous revoir.
Ce fut le cas hier, où nous avons passé plusieurs heures ensemble.
Encore une fois, ce fut un moment magique.

Un premier article est donc paru cet hiver, suivi par l’interview publiée quelques mois plus tard dans le journal de l’Entraide Familiale Vaudoise de ce mois-ci.
Cette interview est celle que vous pourrez découvrir ci-dessous.
Elle vous raconte en quelques phrases une aventure remarquable…

 

UN REVE D’HARMONIE

« La vie à se partager » est un livre essentiel. Il réunit des témoignages, toujours touchants et parfois drôles, de l’équipe de professionnels et de bénévoles qui ont travaillé à l’établissement de soins palliatifs Rive-Neuve, alors établi à Villeneuve. Cette maison de tendresse et de paix est née grâce à Paul et Danielle Beck, qui l’ont portée à bout de bras de 1988 à 2012, année où Rive-Neuve a déménagé à Blonay. Pétillante et chaleureuse, Danielle Beck revient sur cette aventure humaine exceptionnelle. 

– Comment vous est venue l’idée de Rive-Neuve? 

Paul, qui était infirmier en radiothérapie au CHUV, se battait depuis dix ans à l’époque pour que soient créés des lits de soins palliatifs à l’hôpital. De mon côté, je n’avais aucun lien avec le milieu hospitalier. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il a été évident très vite que notre rencontre allait servir à concrétiser notre projet: ouvrir un établissement hors contexte hospitalier. Au début, beaucoup de voix se sont élevées contre cette idée. Mais nous avons reçu les soutiens nécessaires. Il ne nous restait plus qu’à trouver un lieu pour se poser.

-Une quête compliquée?
Disons qu’au début, on nous a proposé tout ce qui était invendable! Après pas mal de péripéties, nous avons fini par trouver ce qui allait devenir notre maison. Nous avons créé la fondation Rive-Neuve, puis tout s’est enchaîné. Nous avons constitué notre équipe, préparé la maison. Étrangement, tout venait si facilement que nous nous disions que nous ne conduisions pas le bateau…

– Combien de patients pouviez-vous accueillir?
Quatorze. Nous recevions des personnes en fin de vie, mais également des patients atteints de maladies graves, qui faisaient un séjour chez nous avant de retourner chez elles.

– Tous ceux qui ont connu Rive-Neuve à Villeneuve s’accordent à dire que c’était un endroit magique… Et c’est vrai! Nous voulions que la Maison soit belle et accueillante, avec une ambiance très conviviale, dans laquelle chacun pouvait se sentir bien. – Avec votre équipe, vous vous êtes beaucoup impliqués humainement auprès de vos patients. Comment arriviez-vous à gérer leurs départs? Il y avait beaucoup de passage, la durée des séjours était en moyenne de vingt jours. Chaque semaine, trois à quatre personnes décédaient. Nous avons souvent dit que nous étions devenus les champions du deuil accéléré. Pour nous, il était primordial de tout mettre en oeuvre pour adoucir leur séjour chez nous. Nous n’avons jamais pris l’habitude de les voir mourir. Mais nous 

– Comment faisiez-vous pour tenir moralement?
Nous avions avec nous un merveilleux prêtre orthodoxe, le Père Jacques Tessier. Il a toujours été en harmonie avec l’au-delà, et nous a aidés à franchir ces moments. Une fois par mois, au cours d’une messe pour les défunts, leurs noms étaient égrenés. Nous les accompagnions de cette façon sur leur nouveau chemin… Nous avons beaucoup donnée, tous, bénévoles et professionnels, mais nous avons aussi énormément reçu. Au fil du temps, nous sommes devenus toujours plus respectueux des patients.

– Avez-vous peur de la mort, aujourd’hui?
Je vous répondrais que je sais aujourd’hui que la mort est un long processus à vivre. Et que j’ai l’espoir que notre croissance se poursuit vers la plénitude, ensuite. Quand nous repensons au nombre de personnes que nous avons accompagné, avec tout l’amour possible, nous nous disons, Paul et moi, que, avec notre équipe, nous aurons un fan-club qui nous attendra là-haut, le moment venu!

– Pourquoi avoir voulu ce livre de témoignages?
Pour que l’esprit qui a régné à Rive-Neuve Villeneuve ne se perde pas. Ce n’était pas une maison triste, on y riait beaucoup.

« La vie à se partager » Rive-Neuve, une maison pour vivre et pour mourir, Danielle Beck et beaucoup d’autres, Editions Ouverture.

Martine Bernier

(Cet article est paru dans le numéro de mai 2013 du Journal de l’Entraide Familiale Vaudoise)