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Découvertes

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Depuis plus de trente ans, Alain Baraton travaille dans l’ombre royale du château de Versailles. D’apprenti qu’il était en 1976, à son arrivée, il est aujourd’hui jardinier en chef et, sans doute, le plus connu des « doigts verts » français.

Il est heureux de le faire remarquer lorsque l’on pénètre dans son bureau: Alain Baraton vit dans la maison qu’occupait Molière lorsqu’il venait à Versailles, près du Grand Trianon et de ses marbres roses. Une maison nichée au milieu du parc qu’il connaît comme sa poche et où, chaque jour, l’actuel maître des lieux se balade avec Pym, son berger allemand.
On a beau être responsable du jardin le plus prestigieux de France, avec une centaine de personnes sous ses ordres, on n’en reste pas moins jardinier. Une profession qu’Alain Baraton défend avec fougue: « Le jardinier est considéré, avec un certain dédain, comme le paysan de la ville. Ce sont ceux que l’on n’invite pas dans les salons. Nous ne devons pas accepter cela. Cet état de « valet », nous le devons à Le Nôtre, concepteur des jardins du château, sous Louis XIV. Je le soupçonne d’avoir été servile. Il était urbaniste des parcs du roi, il aménageait l’espace, il avait du talent, du génie, même, mais il n’était pas vraiment jardinier! »
Alain Baraton est sans doute l’un des jardiniers les plus connus de France. Son titre, pompeux de « jardinier en chef du Domaine National de Trianon et du Grand Parc de Versailles », ne lui monte pas à la tête: « Vous savez, tailler un rosier ici ou dans les parcs de Genève se fait exactement de la même façon! ». Aujourd’hui rendu populaire par ses livres et l’émission de radio très écoutée dans laquelle ce pourfendeur de la langue de bois intervient le week-end sur France Inter, il n’avait pourtant pas de vocation à la base, lui non plus.

« Je suis né à Versailles… »
Lorsqu’il était enfant, dans sa famille, il était surnommé « La Bouse ». Une manière maladroite, pour ses parents, de s’adresser au cinquième de leurs sept enfants. « Mes frères et sœurs suivaient tous des études intellectuelles. Moi, je n’avais pas de don particulier. Finalement, je suis devenu jardinier. Je suis véritablement né à Versailles, en 1976, lorsque j’ai commencé à y travailler. Je posais beaucoup de questions. Jusqu’alors, les professionnels travaillaient d’une certaine manière, parce que leurs prédécesseurs le faisaient ainsi avant eux. De mon côté, j’avais besoin de comprendre. »
Au fil du temps, l’apprenti a gravi les échelons, jusqu’à devenir aujourd’hui responsable de la présentation, de l’entretien, de l’amélioration et de la conservation de ce haut lieu historique et touristique. La tâche est vaste. Et a connu quelques moments dramatiques.

Noël catastrophe
Le 26 décembre 1999, la tempête qui ravage l’Europe occidentale n’épargne pas le domaine royal. 18’500 arbres sont arrachés par le vent, 40’000 autres seront abattus par la suite. Un champ de bataille pathétique où, parmi les victimes végétales, figurent des sujets dont l’importance historique était indéniable. Comme l’immense tulipier de Virginie, provenant des anciennes pépinières royales. Sa taille de 30 mètres et sa circonférence de plus de trois mètres ne l’ont pas protégé: il n’a pas survécu. Ce spectacle de désolation émeut les foules, relayé par Alain Baraton qui, cette fois, sort de sa réserve pour faire appel aux médias. La survie du parc en dépend.
Huit ans plus tard, 300’000 arbres ont été replantés à Versailles. Le parc ne ressemble plus à ce qu’il était avant la tempête, mais le Roi Soleil serait content… « Les lieux ressemblent davantage à ce que le roi lui-même a connu à l’époque. Nous avons tenu compte de l’expérience de cette catastrophe naturelle pour replanter différemment. Avant la tempête, il y avait beaucoup d’ormes, dont une grande partie avait été décimée par des maladies. Aujourd’hui, nous avons multiplié les essences, pour mieux résister aux maladies. L’arbre le plus fréquent du parc est le marronnier. Ils ont été introduits au 17e siecle en Europe, et Versailles a été l’un des premiers lieux à en planter. Ils vieillissent mal, cassent facilement, mais ils apportent une atmosphère d’authenticité historique au parc. Nous avons également beaucoup de tilleuls, de hêtres. Je ne supporte pas la perfection. C’est pourquoi, au milieu des alignements de hêtres de même couleur, j’ai systématiquement planté un hêtre pourpre. Pour casser cette perfection… la signature du jardinier! J’apprécie tout particulièrement les lieux en automne. Les couleurs, l’ambiance sont magnifiques… »

Conseils à travers le monde
Alain Baraton ne se contente pas de veiller sur Versailles. Ecrivain, photographe, il a déjà publié huit livres. Disponible, lorsque quelqu’un lui demande de se déplacer, y compris à l’étranger, pour obtenir son avis sur un arbre vieux et beau, il se rend sur place, ne se faisant rembourser que ses frais de voyage. Ainsi, il est souvent en Suisse, dans la région de Genève,où il rend visite à des propriétaires en quête de bons conseils. Il distille aussi son expérience et son savoir en Chine où, sur un domaine de 300 hectares, un particulier a décidé de faire construire la réplique du château de Maison-Lafitte, entouré de jardins à la française.

« Mon jardin à moi? »

Mais, au fait, lorsque l’on est responsable d’un parc de 840 hectares, a-t-on encore envie d’avoir son propre jardin? « Oui! J’en ai deux. Ici, au sein du domaine, j’ai 1000 m2, entouré de murs très élevés, tapissés d’arbres fruitiers. Au début, c’était un jardin potager et d’agrément. À présent, c’est une grande pelouse. J’adore y lire ou y dormir. J’ai sans doute le jardin le moins bien entretenu du département, alors qu’il pourrait être, si je le voulais, le plus beau de France! J’en ai un autre, dans ma maison, sur l’île d’Oléron. À Versailles, j’aime les parcelles sur lesquelles nous avons mis des moutons, tondeuses à gazon écologiques. Je voudrais aussi réintroduire le cheval, ne fut-ce que pour le vidage des poubelles, qui deviendrait ainsi un spectacle en lui-même. Rendre le parc encore plus vivant. Ce n’est pas encore accepté, mais je ne désespère pas! »

Martine Bernier

+ D’INFOS

– « Le Jardinier de Versailles », Alain Baraton, Grasset
– « Le jardin de Versailles vu par Alain Baraton » (200 photos de A. Baraton), Ed. Hugo Image.
– Émission « Le Plantiste », samedi et dimanche de 7h45 à 8h00, France Inter.

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Un matin de ce mois de janvier, j’ai eu envie de visiter la Maison de Georges Clémenceau, à Saint-Vincent-sur-Jard, en Vendée.

Je n’attendais  pourtant rien de ce passage si ce n’est, peut-être une incursion rapide dans une maison poussiéreuse.

En arrivant, j’ai été touchée par le site.
La maison, que Clémenceau appelait « La Bicoque » est située face à la mer, et ses alentours ont été merveilleusement aménagés.

Le jour où j’y suis allée était annoncé comme étant le plus froid de la semaine, dans la région.
Le froid était piquant, presque polaire.

Dès l’entrée, j’ai échangé mes premiers mots avec celui qui allait être mon guide et dont j’ai su par la suite qu’il s’appelait François.

Il m’a demandé de me rendre à quelques pas de là, dans la partie exposition de la maison, me disant qu’il me rejoindrait dix minutes plus tard.
L’exposition était intéressante, mais sans plus.
Comme promis, mon guide est arrivé et a ouvert une porte, me permettant d’accéder à la cuisine.
A partir de là, la visite est devenue magique. 
J’ai d’abord réalisé que Monet, peintre que j’aime tout particulièrement, avait été l’ami de Clémenceau, et avait fréquenté cette maison.
Le maître des lieux aurait d’ailleurs voulu qu’il soit le concepteur des jardins qu’il souhaitait y créer.
Monet, ici… une surprise inattendue plutôt stimulante!

Et puis, le cadeau, le coup de coeur, ça a été François.
Passionné par son sujet, c’est un érudit.
Connaisseur en matière d’art et d’Histoire, il m’a régalée, me permettant d’entrer dans les pièces où, en temps normal, les visiteurs n’ont pas accès, me montrant de près les estampes japonaises qui vont partir en restauration prochainement…
Il m’a raconté mille anecdotes, a fait revivre la maison pour moi.
Si Clémenceau était entré me saluer, j’aurais à peine été surprisz, tellement j’avais le sentiment d’être reçue chez lui.

Une visite merveilleuse, un moment parfait avec un homme passionnant et drôle, qui rendait vivant chaque objet.

 L’aventure ne s’est pas arrêtée là.

François m’avait donné ses coordonnées et nous avons échangé un mail.
Il m’a dit qu’il allait « m’envoyer un cadeau. »
Et ce matin, une grande enveloppe brune est arrivée…

A l’intérieur, des photos anciennes de la maison et de son intérieur, la photocopie du récit d’une anecdote concernant Clémenceau, et… l’original d’une page très ancienne de la Revue des Arts consacrée à Monet.

J’ai été profondément émue… et j’ai aussitôt écrit à François pour le remercier et lui dire l’émotion qu’il avait suscitée en moi.

Que des êtres de ce genre, aussi généreux et passionnés existent… quel cadeau!

Martine Bernier

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Il y a un lieu qui compte beaucoup  pour moi, depuis toujours: La Pointe du Raz…

Un jour, lorsque j’étais enfant et que nous étions en Bretagne, ma mère m’a dit: « Les racines de la famille sont ici. »

La première fois que je suis allée dans ce lieu sauvage où les vagues sont violentes, mon père vivait encore.
J’avais six ou sept ans, je crois.
Il m’a emmenée tout au bout, jusqu’au dernier rocher de la pointe, là où l’on dit que le Diable a sa porte.
Un vieux guide nous accompagnait.
C’était glissant et impressionnant.
Les vagues se fracassaient sur les rochers dans un bruit d’enfer qui me grisait déjà.
Il m’a tendu la main. J’ai préféré celle de mon père.
Je pressentais peut-être que je ne pourrais plus m’y accrocher encore bien longtemps.
J’ai signé ce jour-là un pacte d’amour avec ce lieu magique.
La Pointe du Raz, c’est le bout du monde, le bout de la terre.
L’endroit où tous les regards se dirigent vers le large, vers la ligne d’horizon.
Comme si nous recherchions inconsciemment un rivage qui n’existe pas…

La Pointe, c’est le lieu où les pêcheurs parmi les plus courageux du monde, vont pêcher le bar de ligne sur leurs petits bateaux, près des falaises.
C’est l’un des secteurs les plus exposés de la Bretagne.

La Pointe…
Beaucoup plus tard, j’y suis retournée, plusieurs fois.
Très tôt le matin pour fuir les touristes.
Toujours la même ivresse…
A chaque fois, je m’installe sur un rocher et je peux regarder la mer pendant des heures…
Les goélands viennent se poser près de moi en m’ignorant superbement.
Et je respire… cet air unique qui tonifie plus qu’aucun autre.

La mer est bleue, les vagues toujours aussi violentes contre les rochers, les oiseaux toujours aussi présents.

Quand le monde me pèse, je me branche sur ce site.

J’écoute la mer, les oiseaux, je regarde les images.
Les souvenirs qui chantent.

http://www.bretagnepanoramique.com/lieu.php?num=1
http://www.lapointeduraz.com/

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