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Eya

Alors que nous étions tous attablés pour le repas de son anniversaire, Eya, 7 ans, jouait avec ma main.
Intriguée par son manège, je la regarde.
Elle a l’air contrariée.
– Qu’est-ce que tu fais?
Elle me montre mes doigts en faisant la moue:
– Mais… qu’est-ce que tu as mis sur tes ongles?
– Heu… du vernis, pourquoi?
Mais!!!!  On ne le voit pas!
– C’est normal, c’est juste du vernis transparent.
Elle me lance un regard perplexe:
– A quoi ça sert, si on ne le voit pas?
– A donner un aspect brillant aux ongles…
Elle secoue la tête, dépitée:
–  Mais non. Tu dois mettre de la couleur.
Je n’aime pas avoir les ongles rouges…
Oh mais ce n’est pas grave: tu peux mettre du rose!
– J’en mets parfois, mais, très, très pâle. Si tu le voyais, tu me dirais encore qu’il ne sert à rien!
– Alors un beau rose très rose!
– Nooooon!
Avec son petit minois, Eya est craquante.
Elle me regarde une nouvelle fois, désolée, réfléchit et poursuit, triomphante:
–  Je sais! Il y a du vernis noir! Tu aimes bien le noir!
– Oui… mais pas sur les ongles!
– Tu peux choisir autre chose: il y a toutes les couleurs!
Au secouuuuurs! Je ne veux pas ressembler à un arc-en-ciel!
Amusée, elle m’adresse un sourire compatissant:
– T’inquiètes pas, Mamitine, on va y arriver…

Martine Bernier

 


Ce samedi était porteur de beaucoup de craintes et d’appréhensions.
Aucune personne normalement constituée ne pouvait avoir envie que les violences qui ont été vécues à Paris à trois reprises déjà ne reprennent alors qu’une nouvelle manifestation était attendue dans la capitale.
Ces scènes de violence, les propos de ceux qui attisent la haine et sèment la discorde, les gestes insensés des spécialistes de la casse de masse, le peu d’écoute et d’empathie des uns face au désespoir des autres me désolent.

En cette même journée, quelques jours après la date officielle de son anniversaire, nous fêtons les 7 ans d’Eya dans une ambiance légère et joyeuse, ponctuée par ses rires et sa malice de petite fille.

Une journée à deux visages…

Martine Péters (Bernier)



100 ans, ce n’est rien en regard de l’Histoire du monde…
C’était hier…
Ce dimanche, mon Capitaine a revêtu son uniforme pour participer à la cérémonie du 11 novembre.
Nous y sommes allés en famille, mêlant trois générations.
Ce moment est toujours grave, et plus encore aujourd’hui où était célébré le centième anniversaire de l’Armistice de 14-18.
Impossible de ne pas être  bouleversés par le drame vécu par toutes ces familles séparées, brisées, par l’horreur vécue.
J’écoute la lecture des noms inscrits sur le monument au mort.
Cette année, l’un d’eux m’interpelle particulièrement: celui d’Auguste Mougey, jeune instituteur tombé au Front, dont j’ai reconstitué l’histoire.
Je pense à lui, à eux, à mon grand-père paternel…
Eya, 7 ans, a eu un cours d’Histoire sur le sujet à l’école.
Elle a écouté ce qui lui a été expliqué, a vu des photos terribles qui l’ont marquée.
Petit sourire dans ce contexte grave: elle a expliqué à sa maîtresse que son papy a participé à cette guerre.
Légère confusion de dates et de lieux!
Pourtant, ce dimanche, la petite Eya ne rit plus…
Elle qui n’a jamais vu son papy en uniforme est impressionnée.
Elle sait aujourd’hui qu’il a été militaire, se fait expliquer la signification de toutes les médailles qu’il porte.
Mais juste après la cérémonie, après qu’elle ait chanté la Marseillaise avec les enfants du village, elle pleure.
Je me penche vers elle:
– Ma puce… pourquoi pleures-tu?
– Parce que… il y a tellement de gens qui sont morts… c’est tellement triste…

J’ai échangé un regard avec sa maman, ma belle-fille.
Nous avions le coeur brisé.
Comment trouver les mots?
Eya sait désormais ce qu’est la guerre.
J’aimerais tellement que nous vivions dans un monde où cette notion soit inconnue…

Martine Bernier