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Fondation Gianadda

Rodin et Giacometti dévoilent leurs secrets à la Fondation Gianadda

Auguste Rodin et Alberto Giacometti sont deux habitués de la Fondation Gianadda. Mais jamais, ici comme ailleurs, ils n’avaient été réunis pour une exposition destinée à mettre en lumière et à commenter la résonnance possible entre l’œuvre des deux artistes. C’est ce défi que s’est fixé la fondation de Martigny, à découvrir dès le 27 juin.

Alberto Giacometti n’a jamais rencontré Auguste Rodin. Lorsqu’il est arrivé à Paris en 1922, Rodin était décédé depuis cinq ans. Mais l’œuvre du Maître reste un modèle pour la sculpture moderne. Les biographes de l’artiste suisse racontent qu’il a lu plusieurs ouvrages sur Rodin dans sa jeunesse. A l’âge de 14 ans, en1915, alors qu’il voyageait pour la première fois de sa vie, il était entré dans une librairie et avait acheté un livre sur le travail de Rodin. Un livre si cher qu’il ne lui restait plus d’argent pour payer sa pension, le soir, ce qui lui a valu de devoir reprendre sa route de nuit, à pied dans les Alpes, en plein mois de décembre …

Une immersion au cœur de deux univers

Plus de cent ans plus tard, grâce à son partenariat avec le Musée Rodin et la Fondation Giacometti, à Paris, la Fondation Gianadda réunit des œuvres de ces deux génies si inspirés et si différents l’un de l’autre. Les thèmes de l’exposition portent sur l’étude et la comparaison de leur travail, en s’attardant notamment sur le modelé, les groupes, la référence à l’art ancien, le socle, la déformation, etc. L’un des points forts de l’exposition est la double présence des deux versions iconiques de  L’Homme qui marcheréalisées par Rodin en 1907 et par Giacometti en 1960, qui révèlent plusieurs points communs. Plus qu’une simple exposition, c’est à un véritable cours d’histoire de l’Art que nous convient les organisateurs en réunissant et en expliquant quelque 130 œuvres qui se retrouvent pour la première fois face à face… Une rencontre exceptionnelle entre deux monstres sacrés.

Martine Péters

L’exposition « Rodin – Giacometti » est à visiter du 27 juin au 24 novembre 2019 tous les jours de 9h00 à 19h00 à la Fondation Gianadda, à Martigny.

 

 

Cet article est paru dans le numéro de juin 2019 du magazine suisse Générations que vous pouvez retrouver à l’adresse suivante:
https://www.generations-plus.ch

6. peinture 202 x 125, 19 juin 2017

1. Peinture 202 x 125, 19 juin 2017 Acrylique sur toile, 202 x 125 cm Photo ©DR ©2018, ProLitteris, Zurich

Les œuvres de Pierre Soulages marqueront de leur élégant mystère les murs de la Fondation Gianadda dès le 15 juin. Une ode à la couleur noire, porteuse de vie et de lumière.

 

Pierre Soulages est un peintre de l’abstraction, de ceux qui ont choisi de ne pas représenter ce qui nous entoure, mais d’explorer le cœur de la peinture en elle-même. En collaboration avec le Centre Pompidou, la Fondation Gianadda propose une rétrospective retraçant le parcours de cet artiste majeur de notre époque.

Les premières œuvres réalisées autour des années 50, utilisent des matériaux inattendus comme le brou de noix ou le goudron. Le ton est alors donné: dès ses débuts Soulages est déjà en marge.
Cette particularité ne fera que s’accentuer par la suite.
Tout au long de son évolution artistique il restera fidèle à sa conviction: pour lui, « une peinture est un tout organisé, un ensemble de formes sur lequel viennent se faire ou se défaire les sens qu’on lui prête. » 

La dernière partie de l’exposition s’attarde sur la période allant de 1979 à nos jours, durant laquelle Pierre Soulages s’engage dans ce qu’il va appeler « l’Outrenoir », un univers qui dépasse les frontières de la couleur. Cette nouvelle technique utilisant la résine, consiste à recouvrir l’intégralité de la toile de noir et à travailler la matière pour jouer avec la lumière en introduisant une vie et une force nouvelles à ses tableaux.  Le peintre va travailler toute sa vie sur l’art de peindre dans des tonalités sombres, tout en y introduisant des contrastes et des effets lumineux réfléchis par la surface du noir.
Ces toiles charbonneuses constituent un voyage interpellant, parfaitement en adéquation avec le but que s’est toujours fixé cet artiste atypique: toucher les sensibilités sans passer par la représentation.

Martine Bernier

Pierre Soulages, du 15 juin au 25 novembre 2018, à la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny.  http://www.gianadda.ch

 

Cet article est paru dans le numéro de juin du magazine Générations:https://www.generations-plus.ch/?q=magazine

 

260px-Claude_Monet,_Impression,_soleil_levant

Jeudi.
A dix heures du matin, nous sommes plusieurs personnes à nous approcher de l’entrée de la Fondation Gianadda dès son ouverture.
Nous l’avons déjà vue deux fois, mais il est hors de question de reporter cette nouvelle visite.

La star est arrivée…
Le tableau culte « Impression soleil levant » de Monet est accroché depuis la veille.
Et le fait qu’il soit là est un véritable miracle, comme le confiait Léonard Gianadda dans une interview à la Télévision Suisse Romande.
Comment manquer un tel rendez-vous?

Cette oeuvre, je l’ai déjà vue à Paris.
Mais la savoir ici, à Martigny est un événement inespéré, un exploit.

Nous revoilà donc devant la porte, en compagnie des arrivés matinaux.
D’emblée, il est facile de reconnaître ceux qui ont déjà vu l’exposition et qui sont revenus pour découvrir ce tableau qui a laissé son nom au mouvement impressionniste: comme nous, ils vont tout droit à l’emplacement où il est accroché, refaisant ensuite le tour de l’exposition.

Mais au départ, nous sommes les premiers, mon Capitaine et moi, à nous diriger vers lui, héritant du privilège de l’admirer seuls durant de longues minutes.
Et, comme toujours, la magie de Monet opère…
Vu de près, la toile est constituée de petits traits rapides et précis, de virgules de couleur posées exactement au bon endroit, dans la bonne nuance capable de créer l’illusion.
D’un peu plus loin, l’ensemble se fond, se mélange, offrant aux regards un ensemble vaporeux, suggéré  mais fidèle aux motifs.
L’orangé tonique d’un soleil levant fait exploser ce petit matin un peu maussade capturé par l’artiste.

En 2014, j’avais lu un article du Point expliquant que la date de création du tableau était remise en question depuis 1974.
Jusqu’alors, il était tenu pour acquis qu’il avait été peint le 13 novembre 1872, vers 7h35, à l’hôtel de l’Amirauté donnant sur le port du Havre.
Mais en 1974 paraît Le Catalogue raisonné de l’oeuvre de Monet, de Daniel Wildenstein, où la toile est datée de 1873.
Pourquoi?
Parce qu’aucun document historique ne prouvait la présence de Claude Monet en Normandie en 1872 alors qu’il en existait pour 1873.
Il aurait donc postdaté son oeuvre, selon les spécialistes.

Et parce que l’histoire liée à ce tableau est décidément unique, j’ai envie de transcrire ici deux extraits du livre  Claude Monet -Une vie de Michel Decker (1992, Editions Perrin), parlant du contexte dans lequel s’est amorcée sa légende:

A l’époque, avec la plupart de ses collèges et camarades des Batignolles, Monet avait décidé de boycotter le Salon de 1873, salon qui avait refusé Renoir et Jongkind.
Ils décident donc d’organiser une exposition parallèle, et de publier le catalogue des oeuvres présentées, dont la réalisation a été confiée à Edmond, frère de Renoir.
Et voici ce qu’écrit Michel Decker:

Voyez-vous, dit Edmond Renoir à Monet, vos titres sont vraiment trop monotones: Sortie du village, Entrée du village, Bateaux sortant du port du Havre… Et celle-ci, comment va-t-on l’appeler? « Bateaux entrant dans le port du Havre »?
– Non, répondit calmement Monet. Pour celle-là, mettez « Impression ».

Et cette toile, qui figura au répertoire sous le numéro 98, porte finalement le titre: « Impression, soleil levant ». 

(…)

Sur quelques pages, l’auteur explique que les oeuvres exposées ne plaisent pas au public.
Beaucoup ne les comprennent pas, s’en moquent.
La presse démolit l’exposition.
Et c’est un article paru dans le Charivari daté du 25 avril 1874, sous la plume de Louis Leroy, qui va achever de construire la légende du tableau.
Le journal ne jouissait pas d’une très large audience, et pourtant…
L’article s’intitulait: Exposition des impressionnistes.
Il se trouve facilement sur Internet

“Oh ! Ce fut une rude journée que celle où je me risquai à la première exposition du boulevard des Capucines en compagnie de M Joseph Vincent, paysagiste, élève de Bertin, médaillé et décoré sous plusieurs gouvernements !
L’imprudent était venu là sans penser à mal ; il croyait voir de la peinture comme en voit partout, bonne et mauvaise, plutôt mauvaise que bonne, mais non pas attentatoire aux bonnes moeurs artistiques.

Je le conduisis devant le champ labouré de M. Pissarro.
A la vue de ce paysage formidable, le bonhomme crut que les verres de ses lunettes s’étaient troublés. Il les essuya avec soin, puis les reposa sur son nez.– – Par Michalon s’écria-t-il, qu’est-ce que c’est que ça ?
– Vous voyez. Une gelée blanche sur des sillons profondément creusés.
– Ça des sillons, ça de la gelée  Mais ce sont des grattures de palette posées uniformément sur une toile salie. Ça n’a ni queue ni tête, ni haut ni bas, ni devant ni derrière.
– Peut-être…mais l’impression y est… ce n’est ni fait ni à faire. Mais voici une vue de Melun de M. Rouart où il y a quelque chose dans les eaux, par exemple, l’ombre du premier plan est bien cocasse.
– C’est la vibration du ton qui vous étonne ?
– Dites le torchonné du ton, et je vous comprendrai mieux….
Je jetai un coup d’oeil sur l’élève de Bertin: son visage tournait au rouge sombre. Une catastrophe me parut imminente, et il était réservé à M. Monet de lui donner le dernier coup…
– “IMPRESSION, Soleil levant”
– Impression, j’en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… Et quelle liberté, quelle aisance dans la facture ! Le papier peint à l’état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là…”

Louis Leroy voulait railler les artistes.
Il a donné un nom à leur mouvement, sans le vouloir…

Quant à la toile qu’il a dénigrée et qui rayonne  pour quelques jours à Martigny, elle vaut aujourd’hui 30 millions d’euros…

Martine Bernier

A voir à la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, jusqu’au 11 juin.