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Hier

Il arrive qu’un objet inattendu vous ramène des années en arrière sans que vous vous y attendiez.
Ca a été le cas il y a quelques jours, lorsque je suis tombée en arrêt devant un gros oeuf de Pâques en carton décoré, dans un supermarché belge installé à quelques kilomètres de chez nous.
Je n’en avais plus revus de semblables depuis mon enfance en Belgique…
Ni la Suisse ni la France n’en proposent à la période de Pâques, et c’est donc  un peu émue que je l’ai ramené chez nous, dans l’idée de le donner à mon petit-fils lors de sa prochaine visite. 
Lorsque j’ai ouvert l’oeuf, j’ai réalisé qu’il en refermait deux autres, plu petits mais eux aussi bien décorés.
Ni mon Capitaine ni ses amis n’avaient jamais vu de tels oeufs…
La tradition, en Belgique, lorsque j’y vivais, était de remplir ces oeufs de chocolats et de les offrir.

Ecriplume

 

 

 

Il y a quelques années, j’ai consacré un texte sur Ecriplume à Michel et Betsy, des amis de ma mère, qui étaient non-voyants et que j’ai bien connus (voir le texte ci-dessous).
Un soir de cette semaine, j’en parlais avec mon Capitaine, et je me suis rappelée d’un détail qui m’avait beaucoup marquée.
Michel, qui me demandait toujours de lui décrire ce qui nous entourait et les choses qu’il ne pouvait pas bien imaginer, m’avait questionnée sur les couleurs.
Il souhaitait que je les lui décrive.
C’était une tâche difficile…
Je m’étais dit que je n’y arriverais pas en utilisant uniquement les mots qui, pour la plupart, se référaient à des choses qu’il ne pouvait pas imaginer.
J’ai donc pensé utiliser ses autres sens pour lui donner une idée.
Par exemple, j’avais rapproché ses mains de la flamme de sa gazinière en lui expliquant que le feu évoquait le rouge et l’orange, des couleurs chaudes par excellence.
Le parfum d’une orange était associé à sa couleur.
Celui de la menthe et de la chlorophylle étaient le vert.
Les glaçons du congélateur ou la neige, plutôt rare en Belgique à cette époque, lui parlaient de blanc…
J’avais imaginé des associations de ce genre pour toutes les couleurs.
C’était devenu un jeu entre nous, qui nous mettait en joie.
Je pense toujours à ce couple si particulier et à leur fils, si attachant. 
J’a énormément appris à leur contact… sur eux comme sur moi.

Martine Péters

J’avais 17 – 18 ans et j’effectuais un stage de deux mois dans une crèche lorsqu’un matin, la directrice m’a présenté une nouvelle stagiaire qui devait nous accompagner durant quelques jours.
Elle avait à peu près le même âge que moi, était grande, des cheveux blonds cendrés tout bouclés et, j’allais m’en apercevoir rapidement, était dotée d’un humour pince-sans-rire irrésistible.
Elle s’appelait Godelieve, n’aimait pas son prénom… je l’ai donc rebaptisée Godon.
Durant la période que nous avons passée ensemble, nous avons été très complices.
Nous étions pourtant très différentes.
Elle allait commencer ses études d’infirmière, et savait exactement ce qu’elle allait faire alors que je préparais mon départ de la Belgique sans trop savoir quelle vie m’attendait.
Nous nous occupions des enfants et profitions de l’heure de la sieste pour alimenter nos longues conversations.
Lorsque qu’est arrivé le moment de son départ, elle a sorti de son sac une pochette – cadeau et me l’a tendue:
– Je voulais te laisser un souvenir…
J’étais très touchée.
Je savais que, comme moi, elle n’avait pas beaucoup de sous.
Je lui ai offert le livre que je lui destinais, et j’ai ouvert mon paquet.
J’en ai sorti un curieux objet en bois, plutôt joli, dont je ne connaissais absolument pas l’utilité.
Godon me regardait d’un air amusé et je lui ai demandé:
– C’est un objet que je n’ai jamais vu! Mais… à quoi sert-il?
– Aucune idée! Je l’ai vu dans la boutique, au bout de la rue, et j’ai pensé que c’était peut-être un instrument de musique… Si tu veux, on y passe ensemble toutes les deux pour poser la question, à la fin de la journée?

C’est ce que nous avons fait.
Nous avons été voir la vendeuse avec notre drôle d’instrument de musique et nous lui avons demandé comment faire pour s’en servir.
Elle nous a regardé d’un air interloqué, a souri et a répondu:
– Ah mais non, ce n’est pas un instrument de musique, c’est une cuillère à miel.
Nous sommes ressorties après l’avoir remerciée.
Dehors, Godon avait l’air très dépitée.
Lorsque nos regards se sont croisés, nous sommes parties dans un fou rire qui a duré, duré et que nous n’arrivions pas à maîtriser.
A chaque fois que l’une d’entre nous se reprenait, l’autre essayait de parler en hoquetant et les rires reprenaient de plus belle.
Ca a été le cadeau d’adieu le plus drôle que j’ai jamais reçu!
Depuis, je ne peux pas voir une cuillère à miel sans repenser à Godon.



Martine Péters