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Lorsque j’étais enfant, la mise en place et la décoration de l’arbre de Noël était une étape importante dans l’année, comme pour la plupart des familles.
Et elle se terminait toujours par deux rituels immuables: la fixation de la « flèche » sur la cime de l’arbre, et… la pose de l’oiseau bleu, qui resemblait à un paon.
Cet oiseau était fait en verre mercuré, très fragile.
Son corps était si délicat qu’il nécessitait mille précautions.
Il était terminé par une longue queue souple, en pinceau.
J’ai grandi et je n’ai jamais revu l’oiseau  bleu.
J’ai cherché à m’en procuré un autre pour le poser dans les sapins de mes Noëls suivants, mais je n’en ai jamais trouvé lui ressemblant de près ou de loin. 
Les oiseaux n’ont pas leur place sur les sapins de Noël, apparemment. Jusqu’à ce que je reçoive une publicité axée sur la déco de fin d’année telle qu’elle se trouve en Russie.

J’y ai découvert des oiseaux à fixer aux branches.
Il ne ressemble pas à celui de mon enfance, sa queue est composée de plumes.
Je n’en ai pas acheté… mais ils m’ont renvoyée à ce souvenir d’autrefois.

Martine Péters (Bernier)


Ce week-end marquait un anniversaire que je pense être la seule à avoir évoqué.
Il y a 50 ans, un soir d’octobre, mon père n’est pas rentré.
J’ai appris le lendemain qu’il ne rentrerait plus.
Depuis que j’ai rencontré mon Capitaine et qu’il m’a permis de dépasser ce deuil d’enfant qui n’a jamais été accompagné, cette date n’est plus aussi douloureuse.
Mais je pense souvent à la relation que j’aurais pu avoir avec mon père qui aurait 96 ans aujourd’hui.
L’informaticien qu’il était aurait je pense adoré assister à l’avènement de l’informatique.
Et comme le sujet me captive au quotidien, j’imagine qu’il aurait représenté pour nous une source intarissable de conversation…

Aujourd’hui, je suis toujours reconnaissante à cet homme bon, droit et impliqué d’avoir réussi à m’éduquer et à me transmettre des valeurs puissantes au cours des neuf petites années qu’il nous a été donné de passer ensemble.
Il a su être sévère quand il le fallait, n’a pas hésité à m’expliquer longuement pourquoi il l’était.
En m’ouvrant sans restrictions les portes de sa bibliothèque et de sa philosophie personnelle dont il me parlait beaucoup sous le mode de l’exemple, il  a posé les bases de l’éducation qui m’a permis de façonner ma personnalité.

Alors oui, 50 ans après, je pense toujours à lui.
Je suis heureuse qu’il ait fait partie de ma vie…
Comme je sais que je ne l’ai jamais déçu ni peiné, aucun nuage autre que son absence brutale ne vient assombrir le fil de mes pensées: le peu de temps passé ensemble n’a été ni perdu ni gâché.
Et sans doute serait-il heureux de savoir que, même si je signe toujours ici par le nom sous lequel vous me connaissez, j’ai officiellement repris celui de mon père depuis quelques semaines, avec la bénédiction de mon Capitaine de mari… qui aurait adoré le connaître.

Martine Bernier

Lorsque j’étais jeune adolescente, je passais beaucoup de temps dans ce petit magasin de livres de deuxième main que j’ai déjà décrit ici. https://www.ecriplume.com/2012/05/la-galerie-boutique-magique/La Galerie…
Ma caverne d’Ali-Baba tenue par  Monsieur-dont-je-ne-connaissais-pas-le-nom…

J’ai repensé à lui cette semaine, en me retrouvant face à un livre qui a beaucoup compté pour moi.

L’histoire commence alors que je devais avoir 12 ou 13 ans.
J’étais désormais une habituée du magasin où je venais toujours seule et où je passais un temps fou au milieu des bouquins.
Un jour où j’étais à l’étage,  Monsieur-dont-je-ne-connaissais-pas-le-nom est monté avec une caisse de livres qu’il a commencé à ranger tandis que j’explorais un rayonnage.
Je suis passée sans m’attarder sur un très vieil ouvrage qui tombait quasiment en ruines.
Ce qui a fait réagir mon hôte:
–  Tu fais ce que tu veux, mais tu devrais jeter un coup d’oeil à celui-ci…
– Mais il est en morceaux…
– C’est vrai, mais regarde son titre.

Je l’ai pris avec précaution et j’ai lu: « Le Livre des Merveilles de Marco Polo ».
C’est vrai que c’était alléchant, même si je ne connaissais pas le Marco Polo en question, mais il était vraiment en piteux état…
En voyant mon expression, Monsieur-dont-je-ne-connaissais-pas-le-nom a soupiré:
– Bon. Prends-le, je te le donne, mais tu me promets que tu le liras.
– D’accord! Merci!

Je suis rentrée chez moi et j’ai commencé à dévorer les autres livres que j’avais achetés pour une bouchée de pain.
A la fin de la semaine, je les avais terminés et je n’avais plus de sous pour retourner à la boutique.
Seul restait l’ouvrage qui m’avait été offert.
Non seulement il était tout décrépi, les pages ne tenaient ensemble que par la force de l’habitude, mais, en prime, il était couvert d’annotations.
A-t-on idée!!!
Ecrire dans un livre!

Un soir, j’ai commencé ma lecture, un peu dégoûtée par l’état des pages.
« L’an de Jésus-Christ 1253, sous l’empire du prince Baudoin, empereur de Constantinople , deux gentilshommes de la très illustre famille des Pauls, à Venise, s’embarquèrent sur un vaisseau chargé de plusieurs sortes de marchandises pour le compte des Vénitiens… »

L’un de ces deux gentilshommes était Marco Polo…
J’ai été happée dès les premières lignes…
J’ai embarqué avec lui à bord de ce bateau et je l’ai suivi dans ses incroyables aventures et découvertes.
Ses descriptions des lieux et des gens qu’ils croisaient étaient d’une précision folle.

Lorsque je suis retournée à la Galerie, mon hôte était comme d’habitude assis derrière son comptoir, le nez plongé dans un bouquin.
C’est à peine s’il levait le nez pour saluer ses clients.
– Monsieur?
– Oui?
– J’ai lu le livre que vous m’avez donné.
Il a posé ses lunettes sur son front et m’a dévisagée:
Alors?
– Vous aviez raison, c’est un livre merveilleux…
– Je te l’avais bien dit!
Il a souri et a repris sa lecture.

Lorsque j’ai quitté la Belgique pour la Suisse, mes frères et ma mère ont vendu mes livres.
Sans doute au Monsieur de la Galerie qui a dû avoir un choc… mais qui n’a rien dû dire.
Lorsque je suis revenue passer quelques jours à Bruxelles, je ne les ai plus retrouvés à part quelques-uns.
Le Livre des Merveilles ne figurait pas parmi les rescapés.

Il y a une semaine, j’ai repensé à cet ouvrage.
Je l’ai cherché sur Amazon, mais j’ai pris une version qui n’était pas l’intégral et qui m’a forcément frustrée.
Ce matin, j’ai donc commandé la version complète.
Je  n’ai pas retrouvé celle du vieux bouquin de mon adolescence, mais je sais que le charme va réopérer…
A propos, si vous avez envie de découvrir ce texte fabuleux sans débourser un centime… la Galerie n’existe plus, mais vous pouvez trouver le texte complet sur internet en pdf gratuit!

Martine Bernier