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Intimité

Lorsqu’une fillette perd son père avant même d’avoir 10 ans, elle ne s’en remet jamais vraiment.
Toute sa vie, même lorsqu’elle a largement dépassé l’âge adulte, le jour anniversaire de ce décès prématuré est difficile.
Toute sa vie, lorsqu’elle aura passé le stade des pourquoi, elle se demandera… et si?
Et si les secours avaient été sur place plus rapidement?
Et si ses collègues avaient su quoi faire?
Et si l’ambulance était arrivée à temps à l’hôpital?
Et….s’il avait vécu?
Comment aurait été notre relation?
Sa présence aurait-elle changé ma vie, aurait-elle modifié mes choix?
Qu’aurait-il pensé de moi?

Un jour, l’enfant devenu grand atteint l’âge que son père avait lors de sa disparition.
Cette année-là est particulièrement difficile.
Elle réalise qu’il était vraiment bien jeune.
Elle se demande si elle va partir, elle aussi…
Et puis le temps passe.
Elle est toujours là.
C’en est presque anormal, indécent.
Et, à chaque anniversaire, elle se dit: c’est étrange, je suis plus vieille que mon père…

Chaque année, elle évite d’en parler.
C’est un peu comme une bulle aux parois épaisses, posée pour l’éternité sur cette case du calendrier.
Le monde a continué, se refermant sur un chagrin que personne n’a jamais consolé vraiment.
Mais la bulle elle, resurgit chaque année.
Et fait rejouer sans cesse, en boucle, le déroulement de ces heures là.
Quand la vie a basculé…
C’est une douleur à vivre seule, elle le sait.
Donc elle avale la boule de larmes qui se forme dans sa gorge et fait comme si…

Et puis, un jour anniversaire, quelqu’un qui la connait très bien arrive avec un bouquet de roses, les lui offre en disant simplement: « je sais que c’est un mauvais jour… »
Ce quelqu’un là, normalement, devrait surtout avoir envie de ne plus la voir, ne devrait même pas se souvenir de la date, et certainement pas avoir envie de lui dire qu’il y pense.
Pourtant, il est bien là.
Et la petite fille qui dort au fond de la femme qu’elle est devenue pleure en silence, en se sentant moins abandonnée.

Il ne faut pas laisser les enfants se remettre seuls d’un chagrin aussi immense.
Il ne faut pas croire qu’ils en guérissent.

Je déteste le 14 octobre.
Mais je remercie la vie qui, si elle m’a joué des tours pendables, a aussi mis sur mon chemin certains êtres lumineux.
Dont un capable de m’apporter les fleurs que je n’ai jamais pu déposer sur la tombe de mon père.

Martine Bernier

Jean dit :

Certains de vos textes me bouleversent. Comme celui-ci…

Yann dit :

Je pense a toi… Je t aime très fort!

Cette semaine est à nouveau un peu angoissante pour moi.
Ce lundi en fin d’après-midi et vendredi, sensiblement aux mêmes heures, je dois retrouver les spécialistes qui « me suivent ».
Découvrir avec eux si la situation ne s’est pas dégradée, voir si les traitements ont eu un effet ou s’il faut tout revoir à zéro, réajuster, recommencer.
Ce ne sont pas des moments agréables à passer.

Est-ce parce qu’Il sait que j’ai pas mal d’appréhensions que Celui qui m’accompagne m’a offert un week-end particulièrement doux?
A sa façon…
Sa façon est celle d’un homme qui, l’air de ne pas y toucher, écoute la moindre de mes envies et les réalise, dans la mesure du possible.
En deux jours, l’appartement a eu droit à des améliorations le rendant encore plus confortable, plus douillet.
Ses meubles arrivent peu à peu, chaque week-end.
Il laisse toujours un peu plus de lui dans le nid que, bientôt, il ne quittera plus.
Ce que j’appelle pompeusement « nos Jardins Suspendus » ont pris leur visage d’automne, avec des fleurs nouvelles, des couleurs différentes, une harmonie douce.
A tous les niveaux, nous vivons dans cet environnement de verdure qui m’a tellement manqué lorsque j’étais enfant.

Lorsqu’arrive le dimanche soir et que nous savons qu’il partira dans la nuit, nous aimons parler, évoquer nos projets.
C’est l’instant où la semaine s’apprête à basculer en mode « séparation forcée », « cavaliers seuls ».

Mais, même lorsqu’il est loin d’ici, il arrive à semer des graines de soleil.
Des cartes découvertes au milieu du courrier, un appel juste avant que je ne vive les événements les plus marquants, et ses attentions d’homme prévenant qui ne me laissera jamais sans avoir assuré le confort de la semaine.
Tous les hommes ne se ressemblent pas…

Une demi-heure avant mon rendez-vous, il fait une apparition sur Skype.
Juste pour me dire qu’il est là.
C’est Eric qui prend le relais, fidèle ange gardien.
C’est lui aussi qui recueille mes premières impressions après l’examen.
Mitigées.

Je rentre fatiguée.
Celui qui m’accompagne ne tarde pas à me rejoindre et à me parler.
Il est là.
A sa façon…

Martine Bernier

Lorsque vous décidez de vous installer en couple, vient fatalement le moment, si l’Homme est le deuxième à intégrer le nid, où il faut affronter l’épreuve de l’armoire.
L’épreuve de l’armoire… épisode ô combien cruel pour toute femme normalement constituée.

Je m’explique.
Nous ne disposons pas toutes des dressings hallucinants des stars hollywoodiennes où des riches héritières.
Bon, soit, nos garde-robes sont rarement aussi fournies que les leurs, mais quand même…
En général, l’armoire ou les deux armoires que nous avons à notre disposition suffisent à peine à accueillir nos précieux chiffons.

Lorsque l’Homme demande, avec tous les ménagements possibles, où il pourra déposer ses quelques hardes, la sonnette, que dis-je: la sirène d’alarme retentit.
La triste réalité nous interpelle: il va falloir prendre les choses en main et faire de la place.

C’est mon cas.
Celui qui m’accompagne, très au fait de la psychologie féminine, a adopté une tactique tout en douceur.
Au fil des mois passés ensemble sans habiter tout le temps sous le même toit, il a apporté ses affaires par petites doses.
L’époque est révolue où l’Homme ne possédait que la peau de bête qu’il avait sur le dos, fruit de sa chasse et taillée de ses blanches mains.
Aujourd’hui, même sans être un dandy anglais, il a lui aussi besoin de place.

Dans un premier temps, à force de gros efforts et de sacrifices indescriptibles, j’ai réussi à lui dégager deux tiroirs, un rayon et demi et une demi penderie.
Pour lui tout seul.
Si, si.
A quelques semaines de son installation définitive, il a bien fallu que je me rende à la raison: il a besoin de davantage d’espace pour se sentir à l’aise, même s’il ne s’en plaint pas.

De retour au nid, j’ai donc décidé de consacrer deux heures à « faire le tri ».
Un travail herculéen, mais nécessaire.
Première étape, vider totalement un rayonnage supplémentaire et y déposer religieusement ses vêtements, avec interdiction de revenir en arrière et de récupérer la place gagnée de haute lutte.
Deuxième étape, considérer d’un oeil torve le tas de tissu désormais SDF.
Troisième étape, lutter contre la dépression galopante et prendre chaque pièce une à une pour un tri draconien.

Plus de deux heures plus tard, la place était nette.
Celui qui m’accompagne va faire l’effort de tout laisser derrière lui pour me rejoindre ici où une autre vie l’attend.
Vu sa taille, sa carrure et la taille de son coeur, il a largement mérité plus de la moitié de l’espace du nid.

Martine Bernier

Dominique Rougier dit :

…Et une deuxième armoire ,cela peut peut-être se trouver,avez-vous des magasins de meubles en Suisse ? :)

ecriplume dit :

Hélas, hélas, mon ami… la place!! Il me faudrait quelques mètres ou un mur de plus :)

Marc@ dit :

J’ai beaucoup ri en lisant votre article. J’ai eu l’impression que vous me racontiez mon histoire. Sauf que moi, ma femme n’a jamais réussi à me faire de la place dans ses armoires. Nous avons fini par déménager pour avoir une chambre plus grande où j’ai pu caser ma propre garde-robe. Votre blog est un régal !

karina dit :

Eh oui, une grande vérité! Pas de problème avec la famille du Nouveau, la relation qui commence, autres habitudes, mais: l’armoire, qui était pour moi toute seule! Je comprends parfaitement ta situation, pour moi c »etait la plus grande épreuve dans une merveilleuse relation avec mon Pedro.