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Intimité

Cette semaine a été extrêmement importante pour moi et pour toute ma famille.
Pour mon fils aîné, Sébastien, et son épouse, Magaly, en particulier.
Mardi, le 16 septembre, leur  bébé est né.
Aurélien…
Je n’en ai pas parlé jusqu’ici pour préserver l’intimité de cette petite famille qui se crée, mais les émotions ont été extrêmement fortes.
Mardi, lorsque Magaly est entrée à l’hôpital pour que l’accouchement soit provoqué, je savais qu’elle allait vivre les heures les plus importantes de sa vie.
Comme les sages-femmes l’avaient prévenu que cela risquait d’être long, mon fils était parti travailler le matin, prêt à revenir immédiatement dès qu’il serait appelé.
De mon côté, je recevais des SMS de la part de la future jeune maman, me tenant au courant de ce qu’elle vivait.
À midi, j’avais un repas suivi d’une séance de travail qui a duré jusqu’à passé 15 heures.
Les dernières nouvelles me donnaient l’impression que la naissance n’interviendrait que dans la nuit.
Mais à 17h33 très exactement, Aurélien est né… et, comme pour l’annonce de la naissance de Tanawee notre autre bout de chou, j’ai été submergée par une vague d’émotion et de joie.
Le lendemain, mon Capitaine et moi avons pris la direction de la maternité avec, dans les mains le gros paquet de naissance que je prépare pour l’arrivée de chacun de nos petits-enfants.
Magaly avait encore sur le visage la fatigue liée aux heures difficiles qu’elle venait de vivre, mais également une luminosité nouvelle au fond des yeux…
Son petit était en pédiatrie.
Poids plume, il avait particulièrement besoin de soins et d’attention au cours de ces premières heures.
Seuls ses parents avaient le droit d’aller le voir, ainsi que ses grands-parents.
Lorsqu’est venu mon tour, je n’ai pas voulu le prendre dans mes bras.
Sa petite main bandée était reliée à une perfusion destinée à le nourrir, son coeur était surveillé par des électrodes: je ne voulais pas rajouter à son inconfort…
Et puis… un nourrisson n’a besoin que de la chaleur de ses parents…
Mon fils l’a pris dans ses bras et me l’a présenté.
Je l’avais déjà vu en photos, mais là…
J’ai commencé à lui parler.
Et ce petit bout d’homme aux traits fins a eu une réaction à laquelle je ne m’attendais pas.
Il a tourné la tête vers moi, écarquillant les yeux comme s’il cherchait à voir d’où venait cette voix.
J’ai continué à lui parler et lui… à me témoigner son intérêt.
Mieux encore, son visage s’est détendu, il… souriait.
Ce que, m’a dit mon fils, il n’avait pas encore fait jusqu’alors.
J’avais toujours appris que les premiers sourires des nourrissons étaient dus à des maux de ventre jusqu’à ce que j’apprenne que le sourire était également leur première manière de communiquer.
Ce moment-là, je ne l’oublierai pas…
Vous allez vous moquer de moi si je vous confie qu’il s’est passé quelque chose à cet instant…
Même Sébastien, qui en a été le témoin, l’a souligné… précisant encore que j’avais eu droit à son premier sourire…

En sortant de l’hôpital, j’avais le sentiment que ce petit bonhomme avait déjà sa personnalité.
Vif, concerné…
Quand je pense à lui me vient le mot « attentif ».
Comme, lorsque j’ai rencontré son cousin Nawee pour la première fois, où le mot « bienveillant » était très présent.
Comme je sais les jeunes parents très sollicités, je ne vais pas me manifester physiquement pendant ces premiers jours de vie de leur bébé.
Il n’a besoin que d’eux et tous trois apprennent à faire connaissance avec bonheur.
Je serai là ensuite pour débuter une nouvelle histoire… puisque chaque relation avec chacun de nos petits-enfants est une histoire très particulière…

L’émotion n’est pas retombée pour moi.
Quatre jours avant la naissance d’Aurélien, Jee, notre Fleur d’Asie, m’annonçait qu’elle attendait un autre enfant.
Elle ne s’y attendait pas… et j’ai été estomaquée, comme elle et comme mon fils cadet, Yann.
C’est une merveilleuse nouvelle, à laquelle je pose un bémol: la santé de ma petite belle-fille qui a connu beaucoup de difficultés pendant la grossesse de Tanawee.
Les conditions sont différentes, la petite famille vit aujourd’hui dans une jolie maison de plain-pied, et Jee sera très surveillée.
Et la famille s’enrichira d’un nouveau membre au printemps prochain…
Avec notre petite Eya, petite perle de la famille, petite-fille de mon Capitaine et trésor de sa fille Héloïse, nous aurons… cinq petits bouts à entourer.

Énormément d’émotions, donc, au cours de cette semaine très chargée à tous les niveaux.
Je l’ai terminée hier soir avec une conversation téléphonique avec Kim, 8 ans, le premier fils de Jee, mon petit-fils de coeur avec lequel j’ai fait mes premières armes en tant que grand-mère.
Je venais d’avoir une conversation joyeuse avec Yann et Jee, comme c’est le cas plusieurs fois par semaine, lorsqu’il a demandé s’il pouvait me parler, comme il le fait de plus en plus souvent.
Télécharger et jouer au même jeu que lui était une bonne idée: nous nous retrouvons autour de ce jeu de dragons à propos duquel nous nous échangeons nos astuces, nos expériences.
Je lui ai expliqué que dès que j’avais un instant, je mettais la dernière main à un « Petit Bac » que j’ai fait évoluer jusqu’à le transformer en un jeu multifacettes que je testerai en famille à notre prochaine réunion.
Il s’y intéresse, pose des questions…
J’étais éreintée lorsque je lui ai dit que j’allais le laisser pour m’occuper de Pomme.
Je lui ai dit au revoir et il m’a répondu:

– À demain?

Oui, à demain, Kim…
J’espère du fond du coeur que j’arriverai à faire naître avec chacun de nos petits-enfants une relation aussi belle que celle que je vis avec lui.
J’ai bon espoir!!!

Martine Bernier

 

Avant que je ne connaisse Kim, le premier enfant de notre Fleur d’Asie, je me faisais du souci.
Quel enfant allais-je avoir devant moi?
Je n’imaginais pas que nous arrivions à l’orée d’une relation très particulière…

Comme nous l’avions décidé voici quelques mois, nous nous arrangeons, mon Capitaine et moi, pour lui réserver une après-midi chaque mois, consacrée au cinéma ou à une exposition.
Je ne manquerais ce moment pour rien au monde.
D’autant que cette fois, nous ne nous étions pas revus depuis plus d’un mois.
Ce qui est trrrrrrèèèèèès long!
Cette semaine, l’affiche était maigrelette.
Nous avons donc opté pour « Opération Casse-Noisette », un dessin animé finalement assez sautillant.

En sortant du cinéma, nous devisions sur les prochains films, présentés en bandes-annonce, discutant sur ce qui nous avait le plus interpellé.
À chaque fois que la séance est terminée, Kim me pose la même question:
– Tu ne vas pas partir tout de suite? Tu restes un peu à la maison? On va faire des courses avant?

Il aime prolonger l’instant et moi aussi…
Dans la voiture, alors que nous roulions vers Evian où nous allions passer quelques heures en famille, sa petite voix a résonné dans mon dos:
– Martine?
– Oui?
– Je voudrais te demander…
– Oui?
– Quand tu es arrivée en Suisse et que ton papa et ta maman étaient morts, comment est-ce que tu as trouvé une maison?

J’ai échangé un regard avec mon Capitaine.
Quelques semaines auparavant, Kim m’avait posé des questions et je lui avais répondu.
Il savait désormais que j’avais perdu mes parents très tôt.
Alors que je pensais qu’il n’y pensait plus, sa question me faisait réaliser qu’il y pensait.
Et… cela m’a bouleversée.
Par définition, les enfants s’intéressent modérément à ce genre de choses.
Les souvenirs des « grands » sont assez barbants!
Et là…
Je n’arrive pas à réaliser que découvrir mon histoire intéresse Kim qui y semble sensible.

– Ma maman vivait encore quand je suis partie. Elle est morte l’année suivante. J’ai d’abord travaillé dans un endroit où j’ai pu loger sur place.
– Mais… pourquoi tu es partie puisque ta maman vivait encore?

Mince…
Il avait saisi la faille, ma douleur…
Je lui ai répondu sans travestir la vérité, en choisissant mes mots.
Je n’avais pas d’autre choix que de m’évader et de construire ma vie seule.
J’ai ajouté que ce que j’ai vécu ne lui arrivera jamais: il est très entouré, très aimé, et ne connaîtra pas la solitude, l’obligation de fuir.
Tous les adultes qui l’entourent sont comme moi attentifs à son bonheur, à son bien-être…
Notre conversation a continué sur ce ton.
Il était incroyablement impliqué.
Puis, parlant de son absence durant ce mois d’août où il est parti en vacances chez son papa, je lui ai expliqué que lorsqu’il est absent, il nous manque à tous, énormément, et que nous sommes très heureux quand il revient.
Il m’a expliqué ce que lui-même ressent quand il est séparé de sa maman et de mon fils.
Des phrases simples, mais fortes.
Et j’ai eu droit à cette phrase:
– C’est comme quand tu ne viens pas… tu me manques.

Il n’a pas vu que j’avais les larmes aux yeux…
Lorsque nous sommes rentrés chez lui, son petit frère, notre feu-follet rieur arpentait la maison en tous sens dans son youpala perfectionné tandis que sa maman nous présentait l’une de ses amies et sa petite fille.
Kim s’est installé à côté de moi dans le canapé et m’a montré un « jeu de dragons » avec lequel il joue sur sa tablette.
Cette fois, je lui ai promis de l’installer en rentrant.
Nous sommes restés plus longtemps que d’habitude.
En partant, je l’ai pris dans mes bras et je lui ai murmuré:
– Toi… je suis très heureuse de t’avoir retrouvé!
Il m’a embrassée.

Dans la voiture, nous parlions avec mon Capitaine de cette famille qui nous rend si heureux, de nos enfants et petits-enfants qui vivent tous des moments de vie très importants.
Parlant de Kim, je lui ai dit:
– C’est inexplicable… il n’est pas de mon sang, mais il a dans ma vie une importance unique. Même si j’ai vingt petits-enfants, Kim restera toujours le premier. Le jour où je l’ai rencontré compte parmi les plus importants de ma vie.
Et mon Capitaine, qui assiste à ce que je vis avec Kim, m’a répondu, lui qui a plutôt tendance à se taire sur ce genre de sujet:
– Oui… c’est une adoption d’amour…

J’ai eu Kim au téléphone deux fois depuis notre sortie.
Des conversations longues, douces, légères et parfois très fortes.
J’assiste à l’éclosion d’un bel humain…

Martine Bernier

La route vers le paradis!

La route vers le paradis!

Aujourd’hui est un jour particulier: mon amie, la Dame de Chiboz, fête son anniversaire.

J’ai de la chance… beaucoup de chance.
La rencontrer à une période de ma vie où je revenais de tout, où j’avais accumulé certaines blessures dont je sais que l’on ne guérit jamais, m’avait rendue méfiante.
Mon Capitaine commençait à me réapprendre la confiance, jour après jour, lorsque cette femme extraordinaire est entrée dans nos vies.
Je me souviens encore de ce jour.
J’étais montée à Chiboz, que je ne connaissais pas, pour prendre des renseignements sur le restaurant familial.
Renseignements qui devaient figurer dans le guide sur lequel j’ai la chance de travailler régulièrement*.

J’ai d’abord rencontré Emilie, sa fille, qui a répondu à mes questions et m’a parlé de l’histoire de cette maison dont je percevais l’âme avec une intensité étonnante.
Plusieurs fois dans la conversation elle m’a parlé de sa maman, me disant qu’il fallait vraiment que je la rencontre.
Mais elle était absente à ce moment-là.
Ce n’est qu’à la fin de ma visite qu’elle est arrivée.
Nous avons échangé quelques mots et j’ai immédiatement été interpellée.
A tel point que je lui ai demandé un peu plus tard si elle serait d’accord que je consacre un article à son parcours de vie, à l’histoire de sa famille.
Elle a accepté et je suis remontée un jour d’automne, avec mon Capitaine cette fois.
Je voulais qu’il comprenne pourquoi j’étais aussi touchée.
Nous nous sommes installés à la table de la cuisine privée de Chiboz, près du grand âtre.
Et là, nous l’avons écoutée…
Elle parlait de sa voix posée, tranquille, avec ce délicieux petit accent canadien qui est le sien.
La Dame de Chiboz a un don inné de conteuse.
Elle nous a parlé de l’histoire de ses aïeux, de l’enfance tragique de son père, des destins de chaque membre de cette famille à laquelle elle est très attachée.
Elle nous a raconté son parcours étonnant d’enfant émigrée de Sicile en Belgique, puis de Belgique au Québec.
Elle est revenue sur son arrivée en Suisse, alors qu’elle était jeune infirmière acceptant une place en Valais.
Puis a parlé de celui qui est devenu son mari, de cette famille qui l’a accueillie et qu’elle a aimé comme la sienne, de cette région dont elle a étudié l’histoire, pour laquelle est s’est investie.
Nous sommes restés plusieurs heures là, à l’écouter…
Fascinés…
C’est à ce moment-là que Yolande est réellement entrée dans ma vie.
Depuis, nous n’avons plus arrêté de nous écrire, de nous parler, célébrant comme une fête chacun des moments passés ensemble.
Je l’appelle « La Dame de Chiboz » car il y a en elle une noblesse et une bonté telles que je n’avais jamais rencontrées auparavant.
Elle n’impose rien, a un sens des valeurs identique au mien, est d’une générosité et d’une sensibilité qui la rendent précieuse à tous ceux qui l’approchent.
Elle nous a ouvert les portes de son univers, et nous nous sommes très vite attachés à elle, puis à son mari, dont la sagesse et la culture forcent le respect et la tendresse.
Le savoir également… car Michel ne se contente pas de la culture livresque…
Il  a expérimenté toutes les facettes de la vie dans et avec la nature et est devenu un puits de science au fil des ans.
Nous avons découvert leurs trois filles, leurs beaux-fils et leurs petits-enfants, leurs proches, une famille remplie d’amour et de malice.

Avec le temps, nous avons emmenés nos amis, nos familles à Chiboz et tous ceux qui y montent tombent sous le charme des lieux et des habitants.
Aujourd’hui, comme souvent le matin, j’ai écrit à la Dame de Chiboz.
Je lui ai dit merci pour ce cadeau qu’elle me fait en étant dans ma vie avec cette sagesse discrète dont elle ne se vante pas.
Elle n’est pas une donneuse de leçon, ne se prend pas pour un gourou ou pour une élue.
Elle est là, tout simplement.
Mais dès qu’elle ouvre la bouche pour parler, ce sont des mots de sagesse qui nous parviennent.
Il y a des êtres ainsi… bienfaisants.
Heureux anniversaire à elle…

Martine Bernier

 

 

* Le Guide des Buvettes et Auberges d’alpage de Suisse romande » de Terre et Nature