avril 2019
L M M J V S D
« Mar    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  

Catégories

Littérature

Chaque livre que je lis m’apporte quelque chose.
Il en est des livres comme des gens: certains nous déçoivent et prennent un autre chemin que le nôtre, d’autres nous suivent toute une vie durant, d’autres encore s’égarent, d’autres nous enchantent et nous offrent une nouvelle facette d’eux-mêmes à chaque retrouvailles.
Mais l’un d’eux m’a laissé un sentiment de malaise qui ne m’a jamais quittée.
J’étais à l’école, dans le années 1970, je crois.
Notre professeur nous a demandé de lire « Le Pays où l’on n’arrive jamais ». d’André Dhôtel
J’ai trouvé ce titre extraordinaire… et je me réjouissais de le découvrir.
Ce qui m’est arrivé ne m’est arrivé que deux fois dans ma vie… j’ai détesté ce livre.
Autant j’avais adoré son titre, autant l’histoire d’errance de Gaspard et de son ami fugueur m’a déçue.
Je m’étais imaginé quelque chose de très différent… 
La sensibilité de l’auteur ne correspondait pas à la mienne.
J’avais, je pense une attente beaucoup trop éloignée de la réalité du récit.
Comme j’étais très jeune, je me suis demandé avec inquiétude si cela marquerait la fin de mon goût pour la lecture…
J’ai lu le livre jusqu’au bout, comme cela nous avait été demandé, ayant à chaque page le sentiment de plus en plus fort de malaise, comme si je m’enfonçais dans une brousse inhospitalière.
Pourtant, cet ouvrage avait reçu le Prix Fémina et avait été un grand succès de librairie.
Beaucoup de mes camarades de classe l’avait d’ailleurs beaucoup aimé.
Mais j’avais sans doute besoin de réalité, pas de merveilleux…
Plusieurs fois par la suite, j’ai essayé de le relire avec le sentiment d’être passée à côté de quelque chose… et j’ai toujours été arrêtée dès les premières pages par le même sentiment de rejet.
Il a donc quitté ma vie.
Mais, étonnamment, des années plus tard, je pense toujours que ce titre est l’un des plus beaux que j’ai croisés…

Martine Péters


Lorsque j’étais jeune adolescente, je passais beaucoup de temps dans ce petit magasin de livres de deuxième main que j’ai déjà décrit ici. https://www.ecriplume.com/2012/05/la-galerie-boutique-magique/La Galerie…
Ma caverne d’Ali-Baba tenue par  Monsieur-dont-je-ne-connaissais-pas-le-nom…

J’ai repensé à lui cette semaine, en me retrouvant face à un livre qui a beaucoup compté pour moi.

L’histoire commence alors que je devais avoir 12 ou 13 ans.
J’étais désormais une habituée du magasin où je venais toujours seule et où je passais un temps fou au milieu des bouquins.
Un jour où j’étais à l’étage,  Monsieur-dont-je-ne-connaissais-pas-le-nom est monté avec une caisse de livres qu’il a commencé à ranger tandis que j’explorais un rayonnage.
Je suis passée sans m’attarder sur un très vieil ouvrage qui tombait quasiment en ruines.
Ce qui a fait réagir mon hôte:
–  Tu fais ce que tu veux, mais tu devrais jeter un coup d’oeil à celui-ci…
– Mais il est en morceaux…
– C’est vrai, mais regarde son titre.

Je l’ai pris avec précaution et j’ai lu: « Le Livre des Merveilles de Marco Polo ».
C’est vrai que c’était alléchant, même si je ne connaissais pas le Marco Polo en question, mais il était vraiment en piteux état…
En voyant mon expression, Monsieur-dont-je-ne-connaissais-pas-le-nom a soupiré:
– Bon. Prends-le, je te le donne, mais tu me promets que tu le liras.
– D’accord! Merci!

Je suis rentrée chez moi et j’ai commencé à dévorer les autres livres que j’avais achetés pour une bouchée de pain.
A la fin de la semaine, je les avais terminés et je n’avais plus de sous pour retourner à la boutique.
Seul restait l’ouvrage qui m’avait été offert.
Non seulement il était tout décrépi, les pages ne tenaient ensemble que par la force de l’habitude, mais, en prime, il était couvert d’annotations.
A-t-on idée!!!
Ecrire dans un livre!

Un soir, j’ai commencé ma lecture, un peu dégoûtée par l’état des pages.
« L’an de Jésus-Christ 1253, sous l’empire du prince Baudoin, empereur de Constantinople , deux gentilshommes de la très illustre famille des Pauls, à Venise, s’embarquèrent sur un vaisseau chargé de plusieurs sortes de marchandises pour le compte des Vénitiens… »

L’un de ces deux gentilshommes était Marco Polo…
J’ai été happée dès les premières lignes…
J’ai embarqué avec lui à bord de ce bateau et je l’ai suivi dans ses incroyables aventures et découvertes.
Ses descriptions des lieux et des gens qu’ils croisaient étaient d’une précision folle.

Lorsque je suis retournée à la Galerie, mon hôte était comme d’habitude assis derrière son comptoir, le nez plongé dans un bouquin.
C’est à peine s’il levait le nez pour saluer ses clients.
– Monsieur?
– Oui?
– J’ai lu le livre que vous m’avez donné.
Il a posé ses lunettes sur son front et m’a dévisagée:
Alors?
– Vous aviez raison, c’est un livre merveilleux…
– Je te l’avais bien dit!
Il a souri et a repris sa lecture.

Lorsque j’ai quitté la Belgique pour la Suisse, mes frères et ma mère ont vendu mes livres.
Sans doute au Monsieur de la Galerie qui a dû avoir un choc… mais qui n’a rien dû dire.
Lorsque je suis revenue passer quelques jours à Bruxelles, je ne les ai plus retrouvés à part quelques-uns.
Le Livre des Merveilles ne figurait pas parmi les rescapés.

Il y a une semaine, j’ai repensé à cet ouvrage.
Je l’ai cherché sur Amazon, mais j’ai pris une version qui n’était pas l’intégral et qui m’a forcément frustrée.
Ce matin, j’ai donc commandé la version complète.
Je  n’ai pas retrouvé celle du vieux bouquin de mon adolescence, mais je sais que le charme va réopérer…
A propos, si vous avez envie de découvrir ce texte fabuleux sans débourser un centime… la Galerie n’existe plus, mais vous pouvez trouver le texte complet sur internet en pdf gratuit!

Martine Bernier

Je ne sais plus qui m’a un jour dit que « les livres, ça coûte cher » et que se cultiver n’était pas à la portée de tous pour cette raison.
Hier, alors que je farfouillais dans les offres de livres électroniques Kindle, sur Amazon, cette réflexion m’est revenue tandis que je constatais une fois de plus que la grande majorité des ouvrages tombés dans le domaine public sont disponibles gratuitement au téléchargement.
Pour ma part, j’ai opté pour certains livres que j’ai lus il y a bien longtemps, et que je n’avais plus dans ma bibliothèque.
Alors oui, c’est vrai, il faut une liseuse ou un ordinateur pour les obtenir, même si beaucoup de livres sont gratuits depuis Gallica (la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France) et qu’il faut simplement les télécharger sur un ordinateur, une tablette, une liseuse etc pour pouvoir les lire en pdf.

Enfin, pour ceux qui n’ont pas envie de lire sur un écran et qui aime le contact avec le papier, ces classiques de  Molière, Racine, Voltaire, Corneille,etc sont vendus à des prix allant de quelques centimes d’euros à 4 ou 5 euros.

Moins cher qu’un paquet de cigarettes.

Chère, la culture?
Pas toujours.

Martine Bernier