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Livres jeunesse

Chaque livre que je lis m’apporte quelque chose.
Il en est des livres comme des gens: certains nous déçoivent et prennent un autre chemin que le nôtre, d’autres nous suivent toute une vie durant, d’autres encore s’égarent, d’autres nous enchantent et nous offrent une nouvelle facette d’eux-mêmes à chaque retrouvailles.
Mais l’un d’eux m’a laissé un sentiment de malaise qui ne m’a jamais quittée.
J’étais à l’école, dans le années 1970, je crois.
Notre professeur nous a demandé de lire « Le Pays où l’on n’arrive jamais ». d’André Dhôtel
J’ai trouvé ce titre extraordinaire… et je me réjouissais de le découvrir.
Ce qui m’est arrivé ne m’est arrivé que deux fois dans ma vie… j’ai détesté ce livre.
Autant j’avais adoré son titre, autant l’histoire d’errance de Gaspard et de son ami fugueur m’a déçue.
Je m’étais imaginé quelque chose de très différent… 
La sensibilité de l’auteur ne correspondait pas à la mienne.
J’avais, je pense une attente beaucoup trop éloignée de la réalité du récit.
Comme j’étais très jeune, je me suis demandé avec inquiétude si cela marquerait la fin de mon goût pour la lecture…
J’ai lu le livre jusqu’au bout, comme cela nous avait été demandé, ayant à chaque page le sentiment de plus en plus fort de malaise, comme si je m’enfonçais dans une brousse inhospitalière.
Pourtant, cet ouvrage avait reçu le Prix Fémina et avait été un grand succès de librairie.
Beaucoup de mes camarades de classe l’avait d’ailleurs beaucoup aimé.
Mais j’avais sans doute besoin de réalité, pas de merveilleux…
Plusieurs fois par la suite, j’ai essayé de le relire avec le sentiment d’être passée à côté de quelque chose… et j’ai toujours été arrêtée dès les premières pages par le même sentiment de rejet.
Il a donc quitté ma vie.
Mais, étonnamment, des années plus tard, je pense toujours que ce titre est l’un des plus beaux que j’ai croisés…

Martine Péters


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Les héros fictif de mon enfance n’avaient pas de visages.
Je veux dire par là qu’aucun acteur ne leur prêtait leurs traits.
Pour certains, ce fut le cas par la suite, mais pas au moment où je les découvrais entre les pages de mes livres.
La première fois que j’ai reçu un livre d’Henri Vernes, ma mère a dit: « Ce n’est pas un livre pour elle: c’est un livre de garçon! ».
Chic!
Je l’ai aussitôt emporté dans ma tanière et je l’ai lu en deux ou trois heures.
Je venais d’entrer dans le monde de Bob Morane…

Vive feu la collection « Marabout Junior » qui m’a permis de passer des jours entiers  à lire toutes les aventures de  Bob Morane, de Doc Savage, mais aussi des épisodes des vies de personnages prestigieux comme J.F. Kennedy, Mermoz, Pasteur, Charlie Chaplin, St Exupéry et tant d’autres.
J’adorais cette collection, autant que j’aimais les livres de « Marabout Mademoiselle ».

Dès que je voyais un livre avec le petit Marabout à lunettes, je mettais tout en oeuvre pour l’obtenir.
Cette collection a passionné des milliers d’enfants et de jeunes adolescents… et j’en faisais partie.
Figure de proue de la littérature pour les jeunes de l’époque, Bob Morane a évidemment été happé par le cinéma.
Lorsque j’ai découvert le héros et son acolyte Bill Balantine en chair et en os, j’ai été déçue.
Pas par le jeu des acteurs, non.
Simplement parce que je leur préférais les dessins qui ornaient les pages de couverture des romans.
Je pouvais les imaginer à ma guise, en suivant les descriptions de l’auteur.
Aujourd’hui, je cherche à me procurer ces ouvrages.
J’en possédais la collection quasi complète, mais des êtres indélicats s’en sont débarrassés, profitant que j’avais le dos tourné pour les vendre ou les jeter.
Tsss…
J’ai donc bien envie de demander à mon Capitaine d’hanter les brocantes avec moi… pour reconstruire l’un des petits piliers de mes souvenirs d’enfance…

Martine Bernier

Lorsque mon Capitaine me parle de son enfance, passée chez ses grands-parents, dans la campagne, au gré du vent, je pense immanquablement à Huckelberry Finn.
Pas Tom Sawyer, non: Huck, son jeune acolyte, ce vagabond sympathique qui fuyait la civilisation avec un esclave, tous deux réfugiés sur un radeau qui leur a permis de descendre le Mississippi.

Je retrouve en l’enfance de mon Capitaine et dans le caractère de l’enfant qu’il était des similitudes étonnantes avec ce personnage auquel je vous une tendresse particulière depuis longtemps.
Huck est malin comme un singe, sympathique, très inventif et indépendant, plein de fantaisie, sans une once d’égoïsme ou de prétention.
Il a horreur des contraintes et de l’injustice, vole au secours de ceux qui le touchent, est prompt à s’indigner, aime sa liberté, la nature…
Il ne veut en aucun cas être éduqué, « domestiqué ».

Quand j’écoute parler Celui qui m’accompagne, c’est ce petit bonhomme sorti des pages d’un livre qui prend vie devant moi.
Celui qui préférait prendre les chemins buissonniers plutôt que celui de l’école, qui usait des ruses les plus sophistiquées pour échapper à la surveillance des adultes, qui filait comme un lièvre lorsqu’il sentait planer un danger.
Celui qui pêchait, connaissait le bruit du vent dans les arbres, savait parfaitement se débrouiller dans la nature, en connaissait chaque sentier, chaque oiseau.

La vie l’a un jour rattrapé et il a dû regagner une « civilisation » qu’il fuyait, entrer dans un moule dont il ne voulait pas.
Il a grandi, mûri, a vécu une vie d’homme bien remplie.
Mais chaque jour, je réalise que l’enfant qui courait sur les chemins ou qui rêvassait sur un tas de foin est toujours là, intact, au fond de lui.

Si vous aviez envie de savoir ce qu’est devenu Huck lorsqu’il est devenu adulte, sachez qu’il n’a pas vraiment changé.
Il ne hante plus les rives du Mississippi, mais vit au pied des montagnes qu’il aime.
Et dans son regard brille toujours la même étincelle de celui qui ne manque pas de ressources pour étonner ceux qui l’entourent!

Martine Bernier