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Mon Capitaine

Ce jeudi soir, mon Capitaine devait faire une présentation de son travail devant les autorités de la région.
Dans la conversation que nous avons eue à ce sujet, il me précise qu’il a pour habitude de commencer ces séances juste à l’heure, ce qui m’a fait lui demander:
– Tu ne respectes donc pas le « quart d’heure vaudois »? 
Non. Pile à l’heure!

Pour ceux qui ne le connaitraient pas, le quart d’heure vaudois est une tradition permettant de commencer un événement quinze minutes plus tard que prévu pour permettre aux retardataires de ne pas manquer le début.
Mon Capitaine, qui  connaît cette habitude, a poursuivi:

– J’aurais plutôt envie d »instaurer le Quart d’heure du Brigadier!
– Le quart d’heure du brigadier… ça existe vraiment?
– Oui, on l’utilise à l’armée.
– Mais qu’est-ce que c’est?

Et il m’a expliqué que, à l’armée donc, lorsqu’un Capitaine prévoit un rassemblement par exemple pour 8 heures, la personne chargée de réunir les hommes les fera venir bien avant pour être sûr que tout le monde soit à l’heure.
J’en apprend tous les jours!

MP

Cela faisait plusieurs semaines que mon Capitaine attendaient de moi une tâche que je rechignais à accomplir.
Les dernières fois qu’il avait rendu visite à son coiffeur attitré, les résultats m’avaient plongée dans un abîme de perplexité.
Ce monsieur se sentait-il investi d’une mission, celle d’enlaidir mon  beau Capitaine à chacune de ses visites?!
J’en ai parlé à ma tendre moitié qui a décrété que  » la prochaine fois, c’est toi qui me couperas les cheveux. »
Hum.
Toiletter mes chiens, j’arrive plus ou moins à le faire, mais m’aventurer à toucher une chevelure… c’était osé.
Ce samedi, l’un de ses amis qui passait la journée avec nous, lui a demandé en riant s’il ne serait pas temps d’aller chez le coiffeur.
Et il lui a répondu qu’il attendait que je prenne ses cheveux en charge puisque le travail de son coiffeur ne me convenait pas.
Il a donc été décidé que j’allais passer à l’assaut dimanche matin.
Tard dans la nuit, en cachette, j’ai révisé en visionnant soigneusement des tutos.
Et le Jour J, nous nous sommes installés dans mon salon de coiffure improvisé.
J’ai travaillé avec une extrême prudence, bien décidée à éviter toute fausse manoeuvre.
Au bout d’une vingtaine de minutes, mon oeuvre était terminée.
J’était extrêmement fière: il était magnifique avec ses cheveux ni trop longs ni trop courts.
Seulement voilà.
Je ne dois jamais oublié que j’ai devant moi un homme formidable, soit, mais qui a bourlingué et qui a son caractère.
Il a filé à la salle de bain pour vérifier le travail, a fermé la porte et… a eu l’outrecuidance de retoucher l’Oeuvre!
Lorsqu’il s’est présenté devant moi, j’ai grimacé:
– C’est trop court.
– Tu sais que je n’aime pas quand c’est trop long là et là.
– Alors, il ne fallait pas me demander de le faire.

Soyons honnêtes… j’exagérais.
Un peu plus tard, je suis allée le voir et, au bord de l’hilarité, je lui ai avoué:
– En fait… tu es très beau et ta coiffure est très réussie. J’étais simplement vexée que tu aies repris ma coupe. Tu m’en veux?
– Oui.
– Mais… tu te moques de moi?
– Oui!

L’opération « Coupe du Désert » s’est terminé dans un fou rire.

Martine Péters

Nous avons à peu près tous un attachement démesuré pour un vêtement qui nous accompagne depuis longtemps.
Pour ma part c’était un jean qui, après de longues années était tellement usé voire élimé que j’ai dû me résoudre à m’en séparer la mort dans l’âme.
Il faut dire que je vous parle d’un temps que les moins de 15 ans ne peuvent pas connaître: l’époque où, lorsque l’on achetait des jean’s, on achetait plus de tissu que de trous.
Mon Capitaine a lui aussi un vêtement fétiche: une chemise rose saumon à manches courtes qui lui va merveilleusement bien.
Lorsque je l’ai rencontré, il la portait déjà. 
Onze ans plus tard, cette fidèle compagne a perdu de sa superbe…
Décolorée par le soleil, usée jusqu’à la corde, elle a vécu et bien vécu.
A plusieurs reprises donc, en la voyant émerger de mon panier de repassage, j’ai expliqué à mon Capitaine que ce n’était plus acceptable.
– Il va falloir que tu te décides à t’en séparer: elle n’est plus portable…
A chaque fois, sa réponse est la même:
– Mais… elle va encore très bien pour travailler dans le jardin!
Et à chaque fois, compatissante, je craque…
Je repasse encore et encore la chemise essouflée, jusqu’à la prochaine fois.
Il y a deux ou trois semaines, devant son état pitoyable, j’ai prévenu mon Capitaine:
– Cette fois, ce n’est plus possible! On la jette!
– Ecoute… puisqu’elle a été lavée, je la mets encore pour cette fois, puis je m’en débarrasse.
J’ai bien noté…

Samedi matin.
Avant de m’atteler à l’écriture d’un article commandé, je file m’occuper du repassage.
Et là… je me retrouve face à la fameuse chemise!
J’ai aussitôt réagi:
– Tu es là? 
– Oui?
– Ce n’est pas croyable! Ta chemise est à nouveau là alors que tu m’avais promis que tu la jetais!
– Ah bon?
– Cette fois, c’est moi qui la mets à la poubelle. Je t’ai offert plusieurs autres chemises qui te vont très bien aussi…
– Non, ne la jette pas! Elle va très bien pour aller…
– … au jardin, je sais. Sauf que tu sors du jardin avec elle sur le dos, tu prends la voiture et elle continue à t’accompagner partout. Elle n’est plus en état. Dis lui au-revoir, elle s’en va!
– Nooooon!!!

Bref. 
J’ai encore craqué.
J’ai repassé le chef-d’oeuvre en péril.
Mais je n’ai pas pu m’empêcher de lui murmurer, avant de la placer sur un cintre:
– Toi, je te préviens, si je te vois sortir de l’enceinte de la maison sur son dos, couic! Je m’occuperai de toi lorsque nous serons seules!
 
Croyez-moi si vous le voulez, j’ai eu l’impression de l’entendre ricaner.

Martine Péters