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Paroles d’Homme

Tableau de Jean Lugrin

Mon ami Jean Lugrin, dont j’aime depuis très longtemps le regard qu’il porte sur le monde et la vie, m’a fait le cadeau de m’envoyer, comme il l’a fait pour ses proches, cette illustration et ce texte lumineux qu’avec son consentement, je partage avec vous.
Vous verrez:  c’est requinquant!
Et, tiens… j’essaierais bien certaines de ses suggestions!

MP

En cette période de confinement, je vous apporte des bonbons.
Je pense néanmoins aux horticulteurs qui doivent avoir le bourdon.
Mes bonbons ne feront pas les affaires des dentistes, sûr que non.
Mes douceurs, vous les avez, c’est en vous que déjà, elles le sont.
Toutes ces envies frustrées par le rythme de vie que nous vivions.
C’est le moment d’en réaliser. Installez-vous, couchés sur votre sofa.
Parlez à voix haute à Alois, son nom, …, non je ne m’en rappelle pas,
et dites-lui vos aspirations les plus secrètes : devenir enfin papa,
apprendre le latin ou le grec ancien, lire l’Iliade et l’Odyssée, Kafka,
prendre, par correspondance, des leçons de chant ou de tablas,
peindre des paysages exotiques sur les pages du Journal du Jura,
celui de la Côte convient aussi, apprendre par cœur tout Wikipedia,  
passer la journée à renforcer vos beaux abdominaux, attention dégâts !
Il y a tant de choses insoupçonnées en nous, que l’on peut faire seul.
Il y en a beaucoup d’autres que l’on peut faire à deux, sauf la gueule.
Il y en a encore où toute la famille participe, même le petit et l’aïeul.
Il y a énormément à faire avant que tout soit fini, bien avant le linceul !
Ainsi, ces journées dans l’appartement n’auront plus assez d’heures,
Peut-être, vous rendrez-vous compte, enfin, ce que c’est LE BONHEUR !

Jean  Lugrin

Lorsque je l’ai entendu pester vigoureusement, j’ai tout de suite pensé que je ne devais pas être étrangère à ce léger débordement venant de Celui qui m’accompagne.
Je me doutais bien que ranger le meuble de cuisine alors qu’il n’avait pas terminé de fixer la dernière porte ne devait pas être une bonne idée.
Tandis qu’il vissait vigoureusement les dernières vis en grognant, je suis restée prudemment dans la salle de bain et… j’ai attrapé le fou rire.
Oui, je sais, je ne devrais pas…
Mais je n’y peux rien, le côté cocasse de la situation m’amusait.

Quelques minutes plus tard, alors que mon Capitaine quittait la cuisine pour ranger ses outils, je l’ai suivi.
Il s’est retourné et, le rire toujours au bord des lèvres, je lui ai dit, d’une traite:
 – Quand je t’ai entendu exploser, j’ai stratégiquement décidé de prendre mes quartiers dans la salle de bain et de ne plus en sortir. J’ai comme l’impression que je ne suis pas étrangère à ce « nom d’un chien de nom d’un chien de nom d’un chien ». Je me trompe? 
– Non mais franchement… remplir l’armoire alors que je n’avais pas monté la porte!!!!
– Heu.. pardon… je suis insupportable, non?

Il a toujours ce regard  de la couleur d’un torrent, et ces petites rides si touchantes au coin des yeux lorsqu’il sourit.
Il m’a regardée et a répondu:
– Mais non…  
 

Homme stoïque.
Quand je dis qu’il est unique, mon Capitaine!

Martine Bernier