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Société

Je suis en colère, je l’avoue.
J’ai entendu hier aux informations que des enfants s’étaient piqués avec des aiguilles de seringues souillées qui ont été jetées dans la cour de leur école par des toxicomanes inconscients.
Cette colère gronde en moi depuis plusieurs semaines déjà, bien  avant cette nouvelle: une personne qui m’est chère a vécu la même mésaventure il y a peu et est encore actuellement sous traitement préventif, dans l’attente du verdict des prochaines prises de sang.

Ce simple geste d’abandonner une seringue usagée peut bouleverser la vie de ceux qui vont la ramasser par erreur, par jeu ou par devoir.
Je ne vais pas monologuer sur un fait de société où l’on ne peut même pas faire appel à la conscience de ceux qui abandonne ces seringues, puisque, apparemment, ils ont dépassé le stade où ils peuvent s’inquiéter des conséquences.

Mais je ne sais plus où j’avais lu que 400 enfants étaient piqués par année en France à peu près dans les mêmes conditions.
Avouez qu’il y a de quoi être en colère..

Martine Bernier

 

Le concept de culpabilité et d’innocence me tracasse depuis très, très longtemps.
Les erreurs judiciaires qui, dans certains pays, se terminent par la mort d’innocents que l’on croyait coupables, me glacent le sang.
Lorsque j’ai lu, il y a plusieurs années, que la fondation Projet Innocence, aux États-Unis, se sert des tests ADN pour innocenter des condamnés qui croupissent parfois en prison depuis des années, j’ai eu le sentiment que la science était essentielle à la justice.
En moins de dix ans, 200 personnes ont été blanchies grâce à l’ADN.
C’est réconfortant…
Ce qui l’est moins, c’est de savoir que 25% de ces personnes innocentes avaient avoué le crime qu’elles n’avaient pas commis.
Toutes les questions possibles ont alors été posées.
Y compris celle de l’éventuelle violence policière.
Et là encore, la science a fourni une explication.
Des tests en laboratoire ont montré qu’une pression psychologique « même légère » suffit à faire avouer une faute à une personne innocente sur quatre.
Avouez que cela donne à réfléchir…

Martine Bernier

 

Pour l’un des journaux pour lesquels je travaille, le Journal de L’Entraide Familiale Vaudoise, j’effectue une recherche qui dure depuis plusieurs mois dans les archives de la publication.
J’ai la chance de travailler pour de grands journaux, pour des magazines, des guides.
Le journal  de l’Entraide, lui, comme je l’ai déjà expliqué, est un journal associatif, modeste, que j’assume entièrement.

Il est modeste, oui.
Pourtant j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux.
Parce qu’il est le reflet d’une époque, des vrais problèmes du quotidien, et des solutions apportées depuis des années par les membres de cette association bénévole qui oeuvrent aux quatre coins du canton de Vaud, en Suisse.
 Plongée dans mes archives, donc, presque à la manière d’une Gastounnette Lagafounette coiffée d’une lampe frontale, j’ai trouvé ces témoignage sdatant de mars 1973.
Dans ce numéro, il est beaucoup question du travail des femmes.

A une époque où beaucoup commençaient à revendiquer leur droit à l’épanouissement professionnel, deux femmes ont écrit ceci:

« Infirmière, 32 ans, mère de deux enfants de 3 et 6 ans, je travaille chez un médecin quatre fois deux heures par semaine.
A mon avis, une femme, même mère de famille de plusieurs enfants, doit, dès qu’elle réalise qu’elle dispose d’un peu de temps libre, penser à se recycler ou à renforcer son bagage intellectuel et à reprendre petit à petit une vie professionnelle.
A condition bien sûr que son enrichissement ne se fasse pas au détriment de sa famille, que son nouveau travail ne soit pas une cause de culpabilité et qu’elle sache, étant moins disponible, l’être mieux.
Elle doit. Pourquoi?
Pour qu’elle soit et se sente à juste titre coéquipière à part entière – de l’extérieur elle apportera un air frais enrichissant pour toute la famille.
Pour se réaliser pleinement.
Parce que, tôt ou tard, elle devra affronter la vie extérieure: autant être dans la course! »
(…)

****************

« Mon mari et moi nous nous sommes mariés il y a plus de cinq ans, alors que nous étions encore l’un et l’autre en cours d’études.
Nous avions tous les deux une « vocation » professionnelle, et mon mari tenait absolument à ce que je termine mes études.
Un enfant et né entre-temps, il y a deux ans, et grâce à une belle-mère infiniment accueillante, j’ai pu préparer et obtenir mon diplôme.
J’envisageais à l’époque de rester à la maison quelques années pour élever mon (peut-être mes) enfant.
Mais nous avons découvert que le « marché » du travail dans ma profession était à peu près saturé, et qu’il m’aurait été pratiquement impossible de trouver un emploi après avoir arrêté quelques années.
Je précise que le problème financier ne joue pratiquement aucun rôle dans notre cas, mais je juge parfaitement raisonnable qu’à notre époque une femme qui se marie soit capable, le cas échéant, de reprendre le rôle du chef de famille. Ce serait téméraire et infantile de croire le contraire. (…)
Je crois avoir trouvé un mode de vie qui convient à toute la famille, qui me satisfait intellectuellement et qui, pour le moment, ne frustre personne.
Je vous avoue encore que lorsque j’avais arrêté de travailler ou d’étudier pendant presque un an à la suite de mon accouchement, j’avais l’impression de devenir bête. J’attachais beaucoup trop d’importance à des futilités ménagères, je n’arrivais plus à fournir un effort intellectuel prolongé, je finissais même par me désintéresser de tout ce que faisait mon mari dans sa profession.
Je crois qu’il est infiniment dangereux de garder les yeux fixés sur son nombril, même si ce nombril  s’élargit jusqu’au  cadre de sa petite famille.
J’apporte plus aux miens en élargissant mon horizon qu’en essayant de trop bien faire pour eux seuls. »

Ces témoignages m’ont touchée parce qu’ils sont d’une parfaite justesse.
Ils reflètent l’intelligence de femmes qui ont compris qu’être épouse et mère est heureux, mais n’est pas une finalité.
Ces  textes m’ont ramenée à des exemples reçus au cours de ces derniers mois où l’on me parlait de femmes Africaines prenant en main leur destin et celui de leur village en créant des coopératives, des emplois.
Je me reconnais dans ces femmes du monde entier qui, depuis des générations, refusent de vivre au crochet de leurs hommes, qui s’accomplissent, qui s’investissent dans un travail ou même bénévolement dans une cause  et refusent des destins de « Blanche-Neige ».

Martine Bernier