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Société

Ils n’ont encore jamais connu de drames ni de malheurs, parce que quelqu’un les a protégés, a voulu qu’ils soient épargnés.
Alors, ils en provoquent, ils en inventent, ils en créent.
Donnant l’image de personnages sans conscience…
A quoi pensent ces êtres qui, sur un caprice, en suivant un scénario intérieur qu’ils sont seuls à connaître, peuvent mettre en péril ce que d’autres ont mis toute une vie à essayer de bâtir?
Comme s’ils ne savaient pas que ce qu’ils brisent ainsi, ce sont ces moments de bonheur qu’ils regretteront amèrement plus tard.
Comme s’ils ne savaient pas qu’en blessant ceux qui les entourent, en faisant voler l’harmonie en éclats, ils se pénalisent eux-mêmes.
Hypothéquant au passage sans le savoir l’équilibre futur de leurs propres enfants qui, un jour, leur reprocheront d’être ce qu’ils sont… et ce qu’ils n’ont pas su être…

Martine Bernier

 

Frederick Winslow Taylor est né en 1856 aux Etats-Unis.
Devenu ingénieur, et s’est intéressé au monde du travail, et plus particulièrement à la meilleure façon d’obtenir un rendement maximum de la part des employés.
A force d’y réfléchir, il a fini par créer le Taylorisme, qu’il appelait également l’organisation scientifique du travail.
Discipline stricte, organisation millimétrée, aucune perte de temps… cette anecdote tirée de son livre « La Direction scientifique des entreprises », que l’on trouve un peu partout sur Internet, y compris sur Wikipédia, exprime bien sa méthode:


« La scène se passe aux États-Unis en 1898 dans une aciérie. Une équipe charge dans des wagons des gueuses de fonte. Chaque ouvrier prend une gueuse, pesant 40 kg chacune, avance sur un plan incliné qui conduit au wagon et jette sa charge dans le fond. Au bout de sa journée, il en a ainsi transporté treize tonnes.
Un monsieur s’approche de l’un des ouvriers, un petit Hollandais […].
– Vous gagnez un dollar quinze par jour, je crois, dit le monsieur. […] Voulez-vous gagner désormais un dollar quatre-vingt-cinq ?
– Que faudra-t-il faire ?
– C’est tout simple. Quelqu’un viendra demain et vous ferez exactement ce qu’il vous dira toute la journée. Quand il vous dira de prendre une gueuse et de la transporter, vous le ferez. Quand il vous dira de vous asseoir et de vous reposer, vous le ferez. Sans discuter. Un bon ouvrier fait ce qu’on lui dit et ne discute pas. Nous verrons de quoi vous êtes capable.
Le lendemain, les choses se passent exactement ainsi. Le petit Hollandais se met au travail ; toute la journée, l’homme qui se trouve auprès de lui, avec un chronomètre, lui dit : maintenant ramassez une gueuse et transportez-la ; maintenant asseyez-vous et reposez-vous… travaillez… reposez-vous.
Le petit Hollandais obéit sans discuter. Et à cinq heures et demie, il touche en effet soixante-dix cents de plus que d’habitude.
Il faut préciser que ce jour-là, il n’avait pas manipulé treize tonnes, mais cinquante. »

Avec ses idées, il rejoignait celles d’Henry Ford  qui avait installé le travail à la chaîne.
Des méthodes que Charlie Chaplin avait dénoncées dans son merveilleux film Les Temps Modernes.

Pas de place pour la créativité, l’initiative, pas d’humanité à l »égard des travailleurs, des conditions idéales pour dégoûter n’importe quel être humain normal de son travail, des ouvriers transformés en simples exécutants répétant le même geste à longueur de journée…
Pour ce cher Monsieur Taylor, il y avait ceux qui pensaient, les cols blancs, et ceux qui exécutaient, les ouvriers.
Le rendement était peut-être au rendez-vous, mais il était rejoint par un taux d’absentéisme grandissant.
Le Taylorisme avait plus de détracteurs que d’adeptes.
Il fut donc suivi par un autre mouvement, le post-taylorisme, partant du même principe que le précédent, mais corrigeant ses dérives les plus importantes.

L’organisation du travail de masse a évolué, et les études ne manquent pas, mettant en avant les dérives actuelles du monde du travail, liées à notre société moderne.
Les conditions de travail de certains, sous nos latitudes comme ailleurs rappellent que le taylorisme a encore des disciples.

Et pour moi, l’ingénieur Taylor rejoint dans mon esprit l’architecte Claude-Nicolas Ledoux qui avait imaginé les Salines d’Arc et Senens.
Il voulait une  cité parfaite selon ses propres normes, où le directeur pouvait surveiller depuis son pavillon les moindres faits et gestes de ses employés.

Mais que se passait-il donc l’esprit de ces hommes incapables de concevoir que l’être humain a besoin de s’épanouir pour être vraiment efficace?

Martine Bernier

 

 

 

Comme pas mal de gens en cette période, je reçois dans la semaine un courrier m’informant que j’ai payé trop d’impôts et que, ô bonheur, je vais être remboursée.
Pour ce faire, je dois faire parvenir un numéro de compte à mon interlocutrice.
Hop, hop!
Chose dite, chose faite par mail .
Je croyais l’affaire entendue lorsqu’une réponse m’arrive par courrier électronique, me demandant s’il serait possible de fournir un numéro de compte sur lequel apparaîtrait également le nom de mon Capitaine.
Voui, nous sommes mariés, mais nous ne portons pas le même nom.
J’appelle donc mon interlocutrice pour lui expliquer que, non, je ne peux lui donner ce qu’elle souhaite, mais que, comme elle a pu le constater, c’est de ce compte que partent les virements.
Donc… tout est logique.
Enfin… logique pour moi, mais pas pour ceux qui ont conçu le programme informatique gérant ce domaine.
Pour eux comme pour ceux qui ont conçu nos lois et ceux qui estiment sans doute qu’il ne vaut pas la peine d’ajuster ce point de droit, c’est le nom du mari qui prime, égalité des droits ou pas.
– Et bien, mince… c’est le genre de choses qui me révolte!

Mon interlocutrice avait un débit de paroles assez lent et a eu l’air assez perplexe:
– Ah bon?
– Oui. Vous êtes une femme, vous aussi. Cela ne vous irrite pas de voir que nous n’existons pour ainsi dire pas aux yeux de la législation, y compris si c’est nous qui réglons nos factures?
– C’est vrai… maintenant que vous me le dites… c’est un peu énervant.
– Hum… un peu… le mot est faible.
– Ecoutez, j’ai une solution: ma collègue va effectuer le remboursement à la main et utilisera les coordonnées que vous m’avez fournies. Mais chaque année, si vous devez être remboursée, il faudra savoir que vous devrez me retéléphoner pour me redonner ce numéro de compte.

Je n’ai pas demandé s’il ne serait pas plus simple de le conserver dans notre dossier.
Je me suis contentée d’opiner:
– Très bien. Cela me permettra de prendre de vos nouvelles. Et vous, de m’entendre vitupérer contre le système!

Non mais!
« Nous » n’est pas constitué d’une seule personne mais bien d’un « Je » et d’un autre « Je », si je ne m’abuse?

Martine Bernier