février 2020
L M M J V S D
« Jan    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
242526272829  

Catégories

Catégories

Bichon havanais

La nuit était tombée.
J’étais installée dans le canapé, plongée dans un ouvrage sur Matisse.
A côté de moi, Pomme méditait, couchée sur le dos, les quatre pattes en l’air, la tête posée contre moi.
J’ai eu le malheur de lui dire:

– Ca va? Tu déstresses de ta journée?

La tête à l’envers, elle m’a lancé un regard qui me disait: « Inculte qui ne connaissez rien au yoga, passez votre chemin! »
Vous allez dire que je n’aurais pas dû insister.
C’est vrai… mais je n’ai pas pu m’en empêcher:

– Tu es triste que Bruno ne soit pas là? Tu veux jouer?

Jouer…
Mot magique que j’aurais mieux fait de m’abstenir de prononcer.
En une fraction de seconde, mon Mogwaï s’était retournée comme une crêpe pour se transformer en Gremlins.
Elle a commencé par me mordiller les doigts en sautillant sur place, puis à bondir hors du canapé, galopant à travers tout l’appartement en jappant pour revenir à côté de moi dans un bond de gazelle croisée avec un kangourou hystérique.
Et c’est là que la crise a vraiment commencé.
Surexcitée, elle s’est mise à aboyer tout en jouant avec mes doigts transformer pour l’occasion en « nonosses » croustillants.
Des aboiements aussi joyeux qu’impérieux et stridents.
Pendant une grosse dizaine de minutes, elle a mené le bal, repartant faire trois fois le tour du salon à la vitesse de l’éclair avant de revenir m’intimider sur le canapé.
Je pense que cela aurait pu durer des heures si je ne m’étais pas décidée à la stopper.

– Pomme, ça suffit!
Un »wouaf » suraigu m’a répondu tandis qu’elle se couchait, tête posée sur ses pattes avant et postérieur en l’air, dans la position du chien lion prêt à bondir.
– J’ai dis arrête!
C’est là que mon Mogwaï a compris que je ne plaisantais pas.
Je voulais la calmer avant qu’elle ne se prenne complètement pour un piranha  mangeur de doigts.
Seulement voilà…
Quand elle joue avec mon Capitaine, ce dernier est mort de rire lorsqu’elle le défie de cette façon et l’encourage à le poursuivre de pièce en pièce.
Mon attitude était incompréhensible pour elle.

Elle m’a lancé un long regard de reproche et s’est couchée en poussant un énorme soupir.
Elle l’a pensé si fort que je l’ai presque entendue me dire « Ces humains… même pas drôles… Tu me déçois beaucoup. »
Pendant deux ou trois minutes, nous ne nous sommes ni regardées, ni adressé la parole.
Je commençais à me dire que j’avais vraiment un coeur de pierre, que ce malheureux chien devait être frustré, qu’elle devait m’en vouloir, que…
J’ai été coupée dans mes pensées par un léger ronflement.
Visiblement, elle était déjà passée à autre chose!
Quand, deux heures plus tard, j’ai posé mon livre, j’ai murmuré:
– Pomme? Bisou?
Elle qui semblait dormir profondément a bondi comme un ressort sur ses pattes et est venue couvrir mon visage de léchouilles enthousiastes.
L’heure Gremlins était passée!

Martine Bernier

bélier

Mon Capitaine et moi étions montés à la station des  Crosets, cette semaine.
Pomme était bien sûr de la partie…
Ma mission consistait à découvrir un restaurant perché dans la montagne: le Relais Panoramique.
Accessible en voiture été comme hiver, il a deux particularité: offrir un service hôtelier qui fait de lui un hôtel restaurant de qualité au-dessus du niveau buvette que l’on peut croiser au détour des pistes, et… disposer d’un parc animalier.
Après l’interview, après avoir pris congé du propriétaire, nous sommes ressortis par le parc.
Je m’attendais à des animaux classiques.
Il y en avait, oui… mais pas uniquement.
Tenue en laisse à bonne distance pour ne pas effrayer les hôtes du parc,  Pomme a observé les lapins, les poules, les paons, les poneys, les canards… avant de tomber en amour devant des spécimens de sa taille, voire même plus petits qu’elle.
Trois  cochons miniatures, attendrissants au possible.cochon nain
Réputés pour être très intelligents, ils se sont approchés et ont reniflés mon Mogwaï en émettant de petits bruits discrets de contentement.
Pomme, quant à elle, glissait son museau entre les barreaux en bois de la barrière, et, à en juger par la manière dont elle remuait la queue, avait l’air ravie d’enrichir le cercle de ses relations par la présence de ces proprets cochonnets, très fréquentables.
Elle n’a vu les lamas et les alpagas que de loin, regardant un peu perplexe ces gracieux personnages qui fixaient sur nous leurs yeux ronds tout en mâchouillant distraitement.alpaga
Mais la vraie surprise de la matinée, c’est un peu plus que nous l’avons eue.
Au départ, je ne les ai pas vu.
Leur couleur foncée les rendaient difficiles à percevoir dans leur environnement, d’autant qu’ils bougeaient à peine.

Le kangourou caméléon se trouve... devant le poteau!

Le kangourou caméléon se trouve… devant le poteau!

C’est mon Capitaine qui a un regard d’aigle, qui les a découverts le premier.
– Ils sont là!

« Ils », c’étaient deux kangourous foncés.
Je ne sais pas si Pomme a été très impressionnées par leur présence, mais moi, je l’ai été.
Rencontrer deux kangourous à 1880 mètres dans les montagnes valaisannes, avouez que ce n’est pas courant!

Martine Bernier

 

La journée avait été chargée, parfois même un chouillat compliquée, remplie de ce que j’appelle les « noeuds à dénouer ».
Terme pudique pour désigner les soucis auxquels chacun de nous doit  trouver des solutions au quotidien.
Mon Capitaine était absent, la soirée bien avancée.
Je venais de terminer tout les textes que j’avais à écrire et toutes les tâches  que j’avais à finir, et je me suis installée dans mon bon vieux canapé râpé qui me tendait ses accoudoirs aguicheurs.
Au menu de la soirée j’avais prévu un immense et délicieux vide sidéral passé à regarder un ou deux enregistrements d’une série américaine dont les épisodes s’oublient à peine ont-ils été ingurgités.
Seulement voilà.
Pomme n’avait pas exactement les mêmes projets que moi.
Pleine d’enthousiasme, elle a sauté à côté de moi et m’a tapoté le bras du bout de la patte.
Je lui ai posé un chaste baiser sur la tête en l’assurant de mon indéfectible affection, ce qui, visiblement, n’a pas suffi.
Elle a recommencé son manège en me grattant le bras un peu plus fort.
– Oui, oui, je t’aime aussi…

Outrée de voir mon manque de réceptivité, elle a poussé l’un de ces aboiements aigus que je ne supporte pas et qu’elle utilise lorsqu’elle veut attirer mon attention pour une raison urgente.
– Hé! Tu es malade! Tu vas me crever le tympan! Qu’est-ce qu’il y a? Nous sommes sorties il y a vingt minutes! Tu ne vas pas me dire que….?!

Elle ne l’a pas dit, mais elle l’a pensé.
Clairement, le mot « sortie » l’a inspirée.
Avec des bonds de gazelle ascendant kangourou , elle a sauté autour de moi, faisant preuve d’un enthousiasme délirant.
Bon. Soit.
J’ai cédé.
Elle m’a entraînée vers la porte et je l’ai emmenée dans le jardin où elle a passé un long moment à renifler l’herbe, cherchant sans doute la trace du hérisson qui vient de temps en temps squatter la haie.
Il était 21 heures passées, et je n’avais pas follement envie de rester plantée là.
Pomme non plus d’ailleurs: elle a filé vers la porte, n’ayant sans doute pas prévu que la soirée serait aussi fraîche.
Nous sommes remontées et j’ai repris ma place dans le canapé, avec volupté.
J’ai à peine eu le temps de prendre la télécommande.
Mon regard a croisé celui de mon Mogwaï.
Un regard à la fois sévère et plein d’espoir.
– Mmm?? J’ai oublié quelque chose? Tu as mangé, tu as de l’eau fraîche, je t’ai donné une friandise, tu as eu un « nonosse »  ce matin, Bruno ne t’a pas caché tes « baballes »…
Oui, je sais, mon français n’est pas franchement châtié quand je parle avec Pomme.
J’ai honte.
Mais au moins, elle me comprend.
Elle penchait la tête de droite à gauche, réagissant à chaque mot qu’elle connaît.
– Heu… un câlin, peut-être?
Non, pas câlin.
J’ai été lui changer son eau une fois encore, par acquis de conscience.
De retour au salon,  elle était là, assise au milieu de la pièce, raide comme la Justice.
– Pas question que je te laisse aller boire dans l’arrosoir, si c’est à ça que tu penses. Si tu ne veux pas dire ce que tu veux, tant pis.
Et hop: direction le canapé… Pomme sur mes talons.
Elle s’est assise à côté de moi, me fixant de ses immenses yeux foncés.
Un regard tellement pénétrant qu’il en devenait dérangeant.
– Mais enfin, qu’est-ce que tu veux? La fenêtre?

Et là, comme si elle n’attendait que cela, elle m’a piétinée délicatement pour atteindre la vitre, derrière moi.
Elle s’est assise, une fesse sur les coussins, l’autre sur mon épaule, vissée à son poste d’observation avec vue sur le jardin des chats.
Elle voulait son spectacle à elle et je ne l’avais pas compris.
J’ai lancé l’enregistrement tandis qu’un petit soupir discret parvenait jusqu’à mon oreille, émis par ma boule de poils mogwaïenne.
Elle l’a pensé si fort que j’ai cru l’entendre me dire:
« Et bien… il lui a fallu le temps! Qu’est-ce qu’elle peut être lente, parfois… »

Martine Bernier