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Bichon havanais

Mon Capitaine avait juste le temps de regarder un petit bout du match de rugby de ce soir-là…
Tandis que l’Afrique du Sud talochait joyeusement l’Ecosse, je le voyais savourer les phases de jeu les plus palpitantes.
L’ancien joueur qui sommeille en lui s’est brusquement réveillé: il fallait qu’il enseigne son savoir en la matière à quelqu’un.
Et si possible de façon pratique.
Pomme qui passait par là, toujours très intéressée par ce colosse auquel elle voue un amour inconditionnel, s’est retrouvée propulsée dans le rôle de volontaire désignée.
Celui qui m’accompagne l’a prise dans ses bras, l’a ébouriffée et chahutée à sa façon.
Comme d’habitude, j’ai protesté:
– Arrête! Tu vas lui faire mal.. ou peur!
– Mais.. je lui apprends à jouer au rugby!
– Elle n’aime pas ça!
– Mais si!

Comme pour lui donner raison, mon Mogwaï a sauté de ses genoux et s’est rué vers son panier.
Ma petite Pomme si délicatement féminine s’est emparée de l’une de ses balles en peluche, l’a secouée dans tous les sens, l’a plaquée au sol, l’a coincée entre ses pattes, a posé sa tête dessus et nous a donné une véritable démonstration de mêlée solitaire.
Nous contemplions la scène, à la fois sidérés et hilares.
Très fier de son élève, mon Capitaine m’a regardée d’un air à la fois modeste et satisfait:
– Alors? Elle n’aime pas le rugby? Tu vois!

Martine Bernier

 

– Viens Pomme: je vais réajuster ta coupe Spirou!

Zou, voilà mon Mogwaï transformé en client de mon salon de toilettage improvisé.
Pomme a l’habitude, moi aussi…
Ce que je ne lui ai pas dit, c’est que je la contrôle sous toutes les coutures en prévision de sa visite annuelle chez le vétérinaire, prévue pour le lendemain.

Le jour J, devant le cabinet, elle fait preuve d’un enthousiasme plus que modéré à l’idée de devoir y entrer.
Mais la chance est avec nous: elle n’a pas à attendre.
Le vétérinaire nous emmène immédiatement dans la salle de consultation.
Première conclusion: en un an, mon Mogwaï a pris 500 grammes.
Horreur, malheur, enfer et damnation!!!
Autant dire que les récompenses vont être limitées, le temps de retrouver sa ligne de jeune fille.
C’est moi qui la dépose sur la table de soins.
Et je suis les directives du vétérinaire pour la tenir correctement pendant qu’il vérifie ses oreilles.
Pomme me lance des regards désespérés: « Au secours! L’obsédé des oreilles est de retour! Sauve-moi! »
Je commence à ressentir des remords, mais je n’ai pas le choix: elle doit subir son check-up, d’autant que je sais qu’aucun geste n’est douloureux.
Deuxième étape, la pire pour elle: il faut lui couper les ongles.
Et, depuis l’an dernier, elle n’a pas fait de progrès, n’aimant toujours pas qu’un inconnu lui trifouille les pattes.
Le vétérinaire me demande de la maîtriser… et c’est en ayant le sentiment d’être une félonne que je maintiens ma pauvre Pomme tandis qu’elle passe à ce qu’elle ressent être une torture.
Elle est stressée, se blottit contre moi dès que le vétérinaire a terminé l’opération, et me regarde.
Elle attend visiblement que je la sauve des griffes de ce « sauvage » qui se permet des comportements tout à fait inadmissibles à chaque fois qu’il la rencontre.
Je la réconforte, la caresse avec toujours les mêmes mots: « C’est presque fini… »
Presque???
Mais???
Pomme n’a pas le temps de m’interroger sur le sens de ma phrase que, déjà, le vétérinaire repasse à l’attaque, cette fois armé d’une seringue.
En deux secondes, le vaccin est injecté, sans qu’elle ait rien senti.
Ou du moins sans qu’elle ait manifesté quoi que ce soit.
La visite est terminée, nous pouvons repartir.
En sortant, nous croisons une dame qui tire sur la laisse de son chien qui tente de suivre Pomme vers la liberté.
Je l’entends lui expliquer: « Allez, viens, c’est par là! Non, pas par là: ici! »

De retour au bercail, mon Mogwaï fonce devant « l’armoire aux récompenses ».
– Heu… écoute, tu en as déjà eu une ce matin, et vu le verdict de la balance, tu es un poil au-dessus de ton poids de forme. Donc, pas de récompense… mais énôôôôôrme câlin!

Bof.
Pomme n’est pas un petit chien très câlin.
Elle file sur le canapé, attend que je l’y rejoigne, se contente de me lécher la joue… et file se poster à nouveau devant « son » armoire.
– Non, tu n’as pas compris: la récompense, c’était le câlin!
Tsss… son regard en dit long.

En fin de journée, Pomme, qui ne m’a pas quittée pendant des heures, vient me faire part de sa désapprobation.
Elle n’a clairement pas aimé certains épisodes, mais je pensais qu’elle allait oublié son incursion chez le vétérinaire une fois dehors.
Grossière erreur.
Assise sur le sol en « tailleur », à un ou deux mètres de moi, elle me fixe.
Elle ressemble aux petits chiens Tibétains qui surveillaient les temples et semblaient investis d’un savoir universel.
Elle veut converser… je connais le scénario.
– Je sais que tu n’es pas contente, mais là, tu vas avoir la paix pour des mois!! Et tu es en pleine forme!
Elle ne cille pas, continue à me fixer, droite comme la Justice.
– Tu ne vas pas me faire la tête jusqu’à demain, quand même? Qu’est-ce que je peux faire pour me faire pardonner?
Elle ne bouge pas.
J’ai compris.
La situation est suffisamment grave pour avoir recours à la dernière solution.
Je pose à un édredon côté de moi, sur le lit.
Je n’ai rien besoin de dire.
Juste un petit geste de la tête qui déverrouille l’interdiction majeure.
D’un bond, elle saute sur le lit qui lui est d’habitude formellement interdit, et se couche dignement sur l’édredon en me tournant le dos.
Elle boude.
– Arrête… tout va bien, maintenant…
Elle se colle a moi et fait semblant de dormir, le temps que je termine le livre que j’ai commencé.
Tandis que je pose le bouquin, elle saute dans son panier.
Elle sait que ce moment très exceptionnel auquel elle vient d’avoir droit ne doit pas s’éterniser.
Au moment d’éteindre la lumière, nous échangeons un dernier regard.
– Bonne nuit, Pomme…
Un petit soupir me répond.

Martine Bernier
 

Aujourd’hui, mon Capitaine doit s’absenter pour la journée et ne rentrera que ce soir.
De mon côté, ma journée est très chargée.
Mais avant de la commencer, je veux rafraîchir l’appartement.
Ce qui implique de revêtir mon uniforme de super héros: Tornadeblanche.
Pomme me suit.
Elle s’installe dans chaque pièce que j’investis, à quelques mètres de mes outils de travail, aspirateur et autres, et me contemple.
Assise en bouddha, elle est irrésistible, posant sur moi un regard posé, presque résigné.
Lorsque j’attaque le couloir, elle s’assied au sommet des escaliers, intéressée.
Sur le balcon où je retire les feuilles et les pétales qui jonchent le sol après le coup de vent d’hier soir, elle vient vérifier que je ne fais pas de bêtises.
Lorsque j’ai enfin terminé, je me dirige vers mon bureau et mon ordinateur.
Et là, je dois bien constater que, même avec la porte-fenêtre grande ouverte, il fait chaud, très chaud.
Et mes cheveux, que je porte longs, n’arrangent pas les choses.
Une seconde de réflexion…
Je suis seule pour la matinée, n’ayant un rendez-vous que dans l’après-midi.
En principe, je n’attends personne… je peux donc adopter la coiffure que je ne m’autorise que dans la stricte intimité, lorsque je suis en tête-à-tête avec moi-même et que la température est élevée.
Je plonge la main dans l’un de mes tiroirs et en sors un chouchou ridicule… mais bien utile pour ce que je compte en faire.
Et hop, en un geste, je ramène ma crinière au sommet du crâne.
Je n’ai pas le temps de me remettre à mon clavier que Pomme est là, près de moi.
Inquiète, elle est debout sur ses pattes arrières, prend appui sur moi, me dévisage et semble douter de mon état mental.
Bon, je sais que je ressemble provisoirement à un ananas, mais quand même!
J’éprouve le besoin de me justifier face à mon Mogwaï inquisiteur:

– Je ne suis pas folle: j’ai seulement chaud!

Elle me regarde encore et encore… et finit par me lécher le bout du nez.
Dans son regard, il y avait un message qui me disait à peu près ceci:
– Tu es complètement dingue, mais je t’aime quand même…

Martine Bernier