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Degas

Le Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, Degas 1873

Les peintres étaient les photographes d’autrefois…
Je ne me lasse pas de découvrir l’architecture, les paysages, les costumes, les coutumes etc, à travers les toiles qu’ils nous ont laissées. 
Celle-ci me touche particulièrement.
La maman d’Edgar Degas, Célestine Musson, était une Créole de la Nouvelle-Orléans. 
Lors d’un séjour qu’il a passé chez son frère, dans la capitale de la Louisiane, entre 1872 et 1873,  le peintre a réalisé plus que jamais l’importance qu’avait là-bas le coton, y compris pour sa famille maternelle.
Son oncle possédait un établissement de courtage du coton et c’est là que l’artiste a peint ce tableau.
Comptez: quatorze homme y figurent, et tous sont parfaitement installés dans leur rôle respectif…
Il y a celui qui vérifie un échantillon, le caissier penché sur ses comptes,  ceux qui évaluent la qualité du coton… et puis il y a les deux frères de Degas, René, qui lit sont journal, et Achille, oisif et adossé au guichet…
Lorsque ce tableau a été présenté à la deuxième exposition impressionniste, en 1876, il n’a pas été bien reçu. 
Emile Zola ne le trouvait pas assez réaliste.
Mais le temps l’a détrompé: cette toile est devenue l’une des plus célèbre de Degas…

Martine Bernier


petite_danseuse_de_Degas

Elle s’appelait Marie Genevieve van Goethem,  et son histoire me poursuit depuis des années.
J’ai d’ailleurs déjà parlé d’elle sur Ecriplume: Le particulier Edgar Degas et la petite Marie

Marie est la jeune fille que Degas a choisie pour poser pour lui lorsqu’il a créé la sculpture « La Petite Danseuse de 14 ans ».
Celle-ci a fait scandale, en 1881, lorsque le public l’a découverte.
Ce bronze avait la particularité de porter un tutu en gaze de tulle et un véritable ruban lui retenant les cheveux.
Pour la première version de cire de sa statue, qu’il a présentée à l’exposition des Impressionnistes, Degas avait été jusqu’à commander une queue-de-cheval à un fabricant de poupées.
La petite danseuse portait alors un corsage en soie et des ballerines miniatures.
La première sculpture naturaliste de l’histoire de l’art dit Frédéric Taddéï dans son livre « D’Art d’Art ».
Le public l’a détestée, moquée, critiquée…

Puis les temps ont changé et le monde a admiré l’artiste qui a été le premier a utiliser des matériaux aussi divers dans la sculpture.

Marie, elle, n’est pas devenue danseuse étoile.
Lorsque j’ai vu pour la première fois la statue au Musée d’Orsay, je suis tombée sous son charme et j’ai cherché à  savoir qui était le modèle.
Marie et ses deux soeurs, Antoinette et Charlotte, fréquentaient l’Opéra national de Paris.
Marie était née en 1865.
Ses parents étaient originaires de Belgique et se sont installés à Paris dans l’espoir d’améliorer leur situation économique.
La famille était pauvre et, malheureusement, leur installation dans la capitale française n’a pas arrangé les choses.
Logées dans le 11e arrondissement, les trois soeurs ont vite été confrontées aux bas-fonds parisiens.
À l’Opéra, elles étaient utilisées comme figurantes ou marcheuses, des emplois qui n’impliquaient pas de contrats fixes.
Marie, dit-on, a sombré dans la prostitution.
C’est tout un univers social et une misère humaine qui se cache derrière cette statue de petite fille sage…

Lundi, à la Fondation Gianadda, je suis tombée en arrêt devant une reproduction en résine de celle-ci, dans un format inhabituel.
Elle faisait  36 centimètres et trônait  sur un socle en bois.
Quand je la regarde, je vois à la fois le talent d’un artiste brillant, une jeune fille au destin déjà écrit, et un univers social triste à pleurer…
Je ne lui ai pas résisté.
Elle poursuit désormais sa vie dans mon salon, avec son tutu en tulle et son ruban décoloré…

Martine Bernier

 

 

 

 

 

 

 

Le musée d’Orsay a  l’excellente idée de consacrer, jusqu’au 1er juillet, une exposition aux Nus de Degas.
Lui qui fut l’un des piliers de l’Impressionnisme  a placé la peinture au coeur de sa vie qui ne ressemblait en rien à une existence dissolue.
Ce peintre au regard triste et profond était droit, estimé pour ses qualités morales  et sa sensibilité, mais également connu pour son caractère difficile.

Né en 1834 ans une famille aisée, il a suivi des études de Droit pour faire plaisir à son père, banquier, tout en passant beaucoup de temps à copier les grandes oeuvres.
Des cours de peinture à l’École des Beaux-Arts de Paris suffisent à le convaincre que sa vocation n’est pas dans les prétoires.
Il commence à peindre pour de bon, voyage en Italie, s’engage dans l’infanterie en 1870 lorsque la France entre en guerre contre la Prusse.
De retour à Paris, Degas participe au mouvement impressionniste.
Ses oeuvres plaisent, surprennent, se renouvellent constamment…
Degas devient un maître de la couleur, de l’angle inattendu…
Les Nus que le public peut voir à Orsay ont tous un point commun: les femmes y ont toujours le visage détourné.
Éternel célibataire qui craignait les rapports charnels avec les femmes, redoutant, dit-on, d’attraper une maladie honteuse et bien souvent mortelle, Edgar préfère peindre ces créatures qui semblent pourtant le fasciner.

En dehors de sa propre peinture, Degas avait une passion: il adorait collectionner les toiles des autres, tout comme le faisaient son père et son grand-père avant lui.

Dans cette vie sobre, un drame va se jouer.
Dans les années 1880, il commence à perdre la vue.
Que peut-il arriver de pire à un artiste?
Il continue à peindre autant qu’il le peut, puis s’adonne à la sculpture.
La cécité qui le gagne le rend de plus en plus sauvage, acariâtre, aigri.

En 1881, il présente au public une merveille: la « Petite Danseuse », une merveilleuse statuette qui fera scandale.
Une jeune fille de 14 ans, Marie Van Goethem, a posé pour lui, durant de longues séances au cours desquelles le maître hurlait dès que la jeune fille osait prendre une mimique contraire à son souhait ou émettre une opinion sur l’Art.
Quand il allait trop loin, Marie pleurait, ce qui calmait Degas qui s’excusait maladroitement.
Sa statue, il l’habillera de tissu: un corset de satin, une jupe de tulle et un bandeau dans les cheveux.
Le caricaturiste trouvera la statue « affreuse », tandis qu’Elie de Mont ajoutera, dans « La Civilisation »:  « Votre rat d’opéra tient du singe, de l’Aztèque et de l’avorton ».
Les critiques pleuvent, y compris d’inconnus fustigeant son oeuvre.

La remarque qui offensera le plus Degas viendra d’un jeune coq qui, voulant briller devant ses camarades, a dit:  » Quel laideron, celle-là! J’espère bien qu’elle fera le rat à l’Opéra plutôt que la chatte au bordel! »

Il ne croyait pas si bien dire.
La petite Marie n’est jamais devenue une grande danseuse, mais a sombré dans la prostitution.

Quant à Degas, il  mourra d’un anévrisme cérébral en 1917, à l’âge de 83 ans.

Lui qui voulait devenir connu tout en restant inconnu est aujourd’hui, jusqu’en juillet, le Roi d’Orsay.

 

Martine Bernier

Bibliographie; « Le roman vrai de l’Impressionnisme », Thomas Schlesser et Bertrand Tillier, Editions Beaux-arts