août 2019
L M M J V S D
« Juil    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Catégories

Gustave Courbet

L’actualité a souvent le don de provoquer en moi des réactions d’incompréhension totale.
Les exemples ne manquent pas.
Alors que notre planète  va mal et que l’urgence absolue semble de devoir trouver des solutions, la Nasa a annoncé cette semaine l’ouverture de la Station spatiale internationale aux touristes de l’espace dès 2020.
Une à deux missions courtes « d’astronautes privés » seront autorisées par an.
Ouvrir l’espace aux touristes.
Perplexe je suis.

Tout autre sujet, mais très révélateur lui aussi.
Cela ne vous aura pas échappé: depuis quelques semaines, vous ne pouvez pas ouvrir un journal ou allumer la radio ou la TV sans entendre parler du foot féminin.
Les filles jouent  depuis  des décennies sans que personne ne leur accorde la moindre importance et, tout à coup, elles font l’objet d’un matraquage médiatique ahurissant.
A tel point que si par malheur quelqu’un ose glisser qu’il n’est pas intéressé par la question, il est taxé de vilain misogyne méprisant qui préférerait voir les femmes derrière les fourneaux que sur un terrain.
Ah bon?
Ce qui est méprisant, n’est-ce pas plutôt le fait que ce n’est qu’aujourd’hui que l’on accorde de l’importance, malheureusement de manière démesurée, à un sport complètement  snobé jusqu’ici?
Avec ce phénomène, un nouveau marché économique s’ouvre.
Quoi qu’on en dise, la surmédiatisation est rarement innocente…

Martine Péters

Encre sur papier : « Les Amants à la campagne » de Gustave Courbet

Gustave Courbet (1819-1877) aurait donc eu 200 ans cette année, un bi-centenaire célébré comme il se doit à Ornans, dans le très beau musée consacré au peintre franc-comtois.
L’exposition « Courbet, dessinateur », a été co-organisée par le musée Jenish de Vevey, en Suisse, et est à découvrir dans un premier temps au musée Courbet d’Ornans jusqu’au 29 avril, puis à Vevey du 3 octobre 2019 au 13 janvier 2020.

« Les Amants à la campagne », Gustave Courbet


J’ai été interpellée par le dessin choisi pour figurer sur l’affiche de la manifestation: une encre sur papier intitulée « Les Amants dans la campagne ».
Un dessin magnifique.
J’ai donc cherché et j’ai trouvé la toile ou plutôt les toiles que Courbet en a tirés.
Car ce sont bien deux tableaux qui ont été réalisés ensuite, portant le même nom que le dessin, l’un d’eux étant  également appelé « Les amants heureux ».
Le personnage masculin représenté est l’artiste lui-même, et le personnage féminin pourrait être la mère de son fils, Virginie Binet.
Plusieurs dessins préparatoires ont été nécessaires pour réaliser ces tableaux, et notamment celui que l’on peut admirer sur l’affiche de l’exposition.

L’idée du musée de se pencher sur les dessins de ce peintre d’exception permet d’approfondir une facette de son talent qui a fait couler beaucoup d’encre à plus d’un titre.
L’authenticité de certains de ses dessins a en effet nourri le débat parmi les spécialistes de la question dans les années 1980.
Un sujet que clarifie le catalogue de l’exposition…

Martine Péters

b4fc72c7-efb3-4278-b92e-857d40cedc96

Les peintres dont nous admirons encore les oeuvres aujourd’hui n’ont pas toujours rencontré le même succès.
Certains ont même défrayé la chronique en essuyant des critiques violentes, accusés de peindre la laideur.
Gustave Courbet en fait partie.
Dans les années 1840, il fait partie des réalistes, représentant les hommes et les  femmes tels qu’ils sont réellement.
Avec des corps qui ont vécu, sur lesquels le temps, la maladie et des vies difficiles ont laissé des marques.
Comme Le Caravage a fait scandale plus de deux siècles avant lui en empruntant le même chemin, il provoque chez une partie du public des réactions de rejet.
Zola aimait sa façon de peindre le réel.
Mais beaucoup ne partageaient pas son avis.
En 1853, lors du Salon Napoléon III découvre  « Les Baigneuses ».
Le tableau le choque tellement qu’il cravache le postérieur du modèle principal lors de la visite officielle.
Loin des figures gracieuses proposées jusqu’alors dans la peinture, Courbet propose un tableau cru, qui n’a rien à voir avec les modèles académiques.
Loin de tourner casaque après cet épisode, il propose un nouveau tableau  au Salon de 1957: « Les Demoiselles des bords de la Seine ».
Cette fois, c’en est trop.

Les Baigneuses

Les Baigneuses

Les critiques se déchaînent.
Dans la « Presse », en juillet 1957, paraît un article signé Paul de Saint-Victor, qui raille:

« Quelle idylle et quelles nymphes! » parlant de « ces deux drôlesses servies sur l’herbe, qui sentent la friture malsaine du vice parisien. »

Quatre ans plus tard, Anatole de la Forge n’a toujours pas digéré le tableau et poursuit à propos de « ces deux fainéantes couchées sur le dos, gravement occupées à cuver leur vin bleu, en regardant, d’un air abruti, les nuages passer. » (Paru dans « Le Siècle » le 10 mai 1861.)

Ils se moquent des modèles, mais le malaise est plus profond.
Leur langueur, insinue Courbet, est provoquée par d’autres raisons que le vin ou la chaleur.
Ciel, des femmes de moeurs contraires!

Courbet provoquait, assumait… et a laissé des tableaux vivants.
Le public a évolué avec les artistes.
Imaginez un Hibernatus se réveillant du passer et découvrant l’Art d’aujourd’hui, qui, au fil du temps, a repoussé les frontières.
Que dirait-il?

Martine Bernier

Références: BeauxArts hors série  « Les Maîtres du Scandale »