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Guy Bedos

J’ai du chagrin.
Un chagrin très proche de celui que j’ai ressenti lorsque Pierre Desproges nous a faussé compagnie.
Cette fois, c’est Guy Bedos qui s’en est allé, et j’en ai le coeur tout retourné.
J’avais envie, pour lui dire au-revoir, de rediffuser le texte que j’avais écrit lorsque nous étions allés l’applaudir au Crochetan, à Monthey (Suisse), mon Capitaine et moi.
C’était en 2013…

Martine Péters

Comment vous dire…
Quand un artiste que j’aime passe dans la région, c’est, pour moi, un peu comme si un vieil ami était de passage et nous disait: « On en profite pour passer une soirée ensemble? » 
Cela ne se refuse pas.
Hier soir, donc, mon Capitaine et moi étions présents au Théâtre du Crochetan pour « Rideau », le spectacle de Guy Bedos.
Il faisait doux, je n’avais pas pris de veste.
Un détail qui a son importance, ce que j’ignorais en arrivant.

Un roulement de tambour, un rond de lumière, et  Guy Bedos est arrivé sur scène en trottinant, ouvrant son spectacle sur  un: « C’est encore moi! ».
Et la salle a  applaudi, applaudi…
On y est attaché, à cet homme de révolte, de coeur et d’esprit…

Hier soir, dans le public, il y avait pas mal de malades.
Cela toussait un peu partout… y compris sur scène où notre hôte nous a avoué avoir un « petit quelque chose ».
Ce qui ne l’a pas empêché d’enchaîner ses sketchs et une longue revue de presse où chacun en a pris pour son matricule.
Aaah, Monsieur Sarkozy, comme vous lui manquez, à notre  Bedos…
Il vous appelle désespérément, comme une baleine appellerait son petit: « Nicolaaaaaas…. Nicolaaaaas… Revieeeeeennnnns….. »
Bien sûr, à la tête de la République, il y a celui aujourd’hui qu’il appelle Fanfan,  qu’il semble d’ailleurs bien aimer.
Mais, même s’il fait des bêtises lui aussi, ce n’est pas pareil.
Vous, pour lui, vous étiez parfait: il n’avait qu’à vous copier, dit-il.
Dans sa revue des choses qui l’énervent, tout et tout le monde y passe, de gauche comme de droite.
Y compris Arnaud Montebourg dont il dit l’une des choses les plus justes que j’ai pu entendre à son sujet: « Je l’aime bien, mais il a un petit air… (il accompagne sa phrase d’une grimace et d’un geste précieux) de marquis! ».

Il s’embrouille un peu dans ses fiches, fait quelques allusions aux particularités de  la Suisse,  repart au petit galop sur ses chevaux de bataille: la Syrie, le racisme, la bêtise humaine, la politique française…
Pas par habitude, non.
Parce qu’il n’a jamais supporté aucune forme de racisme ou d’injustice.
Il cite Jacques Brel, qu’il a connu: « J’ai mal aux autres »…
Et on le croit…
Sur scène, on le suit dans ses  facéties, il nous fait rire, grommelle, s’indigne, s’énerve un peu, s’étend sur le sol de tout son long, précisant qu’il préfère se coucher là plutôt que sur le divan d’un psychanalyste, c’est plus hygiénique.
Il s’assied sur le bord de la scène, jambes pendantes, taquine le public qu’il semble bien aimer lui aussi…
Certains passages sont un peu longs.
Il s’en rend compte mais continue.
Après tout, zut, il est là pour s’exprimer.

Il nous fait la causette, glousse à certains de ses bons mots.
Puis arrive la fin du spectacle.
Après un rappel, il sort un mouchoir démesuré qui semble taillé dans un drap, et y enfouit son visage pour cacher ses pleurs.
Ce spectacle, c’est une tournée d’adieux.
Il nous propose donc de lui chanter « Ce n’est qu’un au-revoir »…
Précisant ensuite que ce n’est pas lui qui fait ses adieux mais nous!
Nous reverra-t-il?  C’est peut-être la dernière fois…
Que va-t-il nous arriver avant qu’il ne revienne?
Tant de dangers nous guettent, y compris sur la route du retour!
Sa manière à lui, douce et fine de nous faire comprendre que, bon… il a est né en 1934, quand même… alors un prochain spectacle, il faudra voir…
Il est pudique, tendre et grinçant, nous sortant de temps en temps une bonne grosse énormité dont il a le secret et qui provoque des « oooooh »! et des rires.
Il s’en va, oui.
Mais il y en a eu tant d’autres qui sont partis aussi… pour mieux revenir!
Donc, nous l’attendrons!

En sortant du théâtre, plus question de douceur: il pleut à verse.
Non, pas à torrent: il s’agissait d’un déluge.
Moi qui aime la pluie, je suis servie!
Sur la route du retour, en traversant les villages, nous avons vu les ruelles légèrement en pente dégouliner de ruisseaux nouveaux-nés.
Le ciel était zébré d’éclairs bleus, sans qu’aucun coup de tonnerre ne résonne.
C’était impressionnant…
Et j’ai repensé à Bedos qui jouait l’inquiétude au sujet de son public.
Pour nous, c’est bon, nous sommes rentrés entiers.
A votre tour, prenez soin de vous, Monsieur Bedos.

 

Nous avions très envie de le voir, ce film réunissant des acteurs que nous aimons: Jane Fonda, Géraldine Chaplin, Guy Bedos, Claude Rich et Pierre Richard.

« Et si on vivait ensemble? » , c’est un morceau de l’histoire de cinq vieux amis qui, se sentant décliner, décident de tous vivre sous le même toit, histoire d’éviter la maison de retraite.
Qu’il est paradoxal, ce film tendre, grave et très drôle à la fois…
Invitée constante, la mort est là, en filigrane, toujours présente.
Les questions les plus graves se posent, dans ce scénario: que faire des dernières années qui nous restent à vivre, comment les passer au mieux, éviter la solitude?

Mais le vrai charme du film, c’est le bonheur de voir jouer ces acteurs.
Jane Fonda, incroyable de beauté et d’intelligence, Géraldine Chaplin, fine et juste, Guy Bedos, parfait d’humanité et de fragilité cachée, que je ne me lasse pas de retrouver, Pierre Richard, attachant dans son rôle d’homme dont la mémoire s’en va, et le malicieux Claude Rich, qui campe un vieux monsieur lubrique et ravi de l’être.

Ah, Claude Rich!
Quand je le regarde, je pense aux tableaux de Chagall,  aériens.

La réalisation de ce film n’est pas extraordinaire, mais les acteurs sont tellement bons que, lorsque le générique de fin arrive, on a l’impression d’avoir à peine assisté à la bande annonce, tellement le temps a passé rapidement.
Nous aurions aimé rester encore en compagnie de cette équipe pleine d’audace, de tendresse et de simplicité.

Martine Bernier