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Le musée d’Orsay a  l’excellente idée de consacrer, jusqu’au 1er juillet, une exposition aux Nus de Degas.
Lui qui fut l’un des piliers de l’Impressionnisme  a placé la peinture au coeur de sa vie qui ne ressemblait en rien à une existence dissolue.
Ce peintre au regard triste et profond était droit, estimé pour ses qualités morales  et sa sensibilité, mais également connu pour son caractère difficile.

Né en 1834 ans une famille aisée, il a suivi des études de Droit pour faire plaisir à son père, banquier, tout en passant beaucoup de temps à copier les grandes oeuvres.
Des cours de peinture à l’École des Beaux-Arts de Paris suffisent à le convaincre que sa vocation n’est pas dans les prétoires.
Il commence à peindre pour de bon, voyage en Italie, s’engage dans l’infanterie en 1870 lorsque la France entre en guerre contre la Prusse.
De retour à Paris, Degas participe au mouvement impressionniste.
Ses oeuvres plaisent, surprennent, se renouvellent constamment…
Degas devient un maître de la couleur, de l’angle inattendu…
Les Nus que le public peut voir à Orsay ont tous un point commun: les femmes y ont toujours le visage détourné.
Éternel célibataire qui craignait les rapports charnels avec les femmes, redoutant, dit-on, d’attraper une maladie honteuse et bien souvent mortelle, Edgar préfère peindre ces créatures qui semblent pourtant le fasciner.

En dehors de sa propre peinture, Degas avait une passion: il adorait collectionner les toiles des autres, tout comme le faisaient son père et son grand-père avant lui.

Dans cette vie sobre, un drame va se jouer.
Dans les années 1880, il commence à perdre la vue.
Que peut-il arriver de pire à un artiste?
Il continue à peindre autant qu’il le peut, puis s’adonne à la sculpture.
La cécité qui le gagne le rend de plus en plus sauvage, acariâtre, aigri.

En 1881, il présente au public une merveille: la « Petite Danseuse », une merveilleuse statuette qui fera scandale.
Une jeune fille de 14 ans, Marie Van Goethem, a posé pour lui, durant de longues séances au cours desquelles le maître hurlait dès que la jeune fille osait prendre une mimique contraire à son souhait ou émettre une opinion sur l’Art.
Quand il allait trop loin, Marie pleurait, ce qui calmait Degas qui s’excusait maladroitement.
Sa statue, il l’habillera de tissu: un corset de satin, une jupe de tulle et un bandeau dans les cheveux.
Le caricaturiste trouvera la statue « affreuse », tandis qu’Elie de Mont ajoutera, dans « La Civilisation »:  « Votre rat d’opéra tient du singe, de l’Aztèque et de l’avorton ».
Les critiques pleuvent, y compris d’inconnus fustigeant son oeuvre.

La remarque qui offensera le plus Degas viendra d’un jeune coq qui, voulant briller devant ses camarades, a dit:  » Quel laideron, celle-là! J’espère bien qu’elle fera le rat à l’Opéra plutôt que la chatte au bordel! »

Il ne croyait pas si bien dire.
La petite Marie n’est jamais devenue une grande danseuse, mais a sombré dans la prostitution.

Quant à Degas, il  mourra d’un anévrisme cérébral en 1917, à l’âge de 83 ans.

Lui qui voulait devenir connu tout en restant inconnu est aujourd’hui, jusqu’en juillet, le Roi d’Orsay.

 

Martine Bernier

Bibliographie; « Le roman vrai de l’Impressionnisme », Thomas Schlesser et Bertrand Tillier, Editions Beaux-arts

 

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